Ti-Loup et la lecture

Je me souviens à peine d’avoir appris à lire. La légende veut que je n’avais pas trois ans. Mes souvenirs se limitent à peu près à ma soeur qui m’apprenait dans un de ses anciens livres d’école qui parlait de Léo et Léa. Je me souviens de m’être fait chicaner par ma soeur après le premier jour parce que j’avais oublié les leçons de la veille. Ma mère m’a dit qu’après ce jour-là, elle a interdit à ma soeur de m’apprendre à lire (elle avait quoi, 10 ou 11 ans, on ne peut pas lui reprocher son impatience!). Puisque je m’obstinais à apprendre, elle m’avait montré elle-même. Je n’ai aucun souvenir de ce bout-là.

Je me souviens par contre de la maternelle. On avait évalué mon niveau de lecture à celui d’une enfant de deuxième année, et l’enseignante devait limiter le temps que j’étais autorisée à passer dans le coin de lecture, parce que c’est la seule chose que j’aurais faite si elle m’avait laissée faire. On pensait donc me faire sauter la première année, et à la fin de l’année je passais une moitié de ma journée dans la classe de maternelle et l’autre, dans une classe de première année. En maternelle, l’enseignante me faisait pratiquer ma calligraphie, déjà déficiente (ça ne s’est pas beaucoup amélioré avec le temps). Et l’année suivante, j’ai appris que je passerais directement en deuxième année. Je n’ai donc pas grand souvenir de l’apprentissage de la lecture comme tel. Il me semble que ça a dû se faire tout seul. Mais je me souviens du rapport privilégié que j’ai toujours entretenu avec les livres.

Je n’ai pas poussé mon fils à apprendre à lire. Je ne regrette pas mon parcours, mais je ne le souhaite pas nécessairement aux autres. Au secondaire, j’ai souffert d’avoir un an de moins que tout le monde et de finir quand même première de classe. J’aurais peut-être profité d’avoir des notes un peu moins bonnes et une vie sociale un peu plus remplie. Ma mère m’a aidée à aprrendre, mais c’est moi qui avais pris la décision : je voulais absolument savoir lire. Si mon fils m’avait dit la même chose, je ne lui aurais pas refusé mon aide. Mais il a toujours été content de jouer aux légos ou au hockey dehors et de me laisser lui lire ses livres de bibliothèque, alors je n’ai pas insisté. En maternelle, je l’ai aidé à lire les petits livres qu’on lui donnait, mais quand il avait du mal à déchiffrer certains mots, je n’insistais pas. Je ne voulais pas le décourager, et il n’était pas prêt à en faire plus.

Cette année, par contre, il apprend vraiment à lire. Les petits livres quotidiens sont un peu plus complexes, et il se débrouille très bien. Il doit dire chaque jour s’il a lu le livre seul ou avec de l’aide, et on s’obstine souvent sur la définition d’aide… J’essaie de lui faire comprendre que c’est normal d’avoir besoin d’aide quand on a six ans et qu’on commence à peine son apprentissage. Mais ce que je trouve le plus formidable, c’est qu’il veut lire! Comme il apprend à lire en français et qu’il habite dans un univers anglophone, il a du mal avec les panneaux, mais à table, il lit les étiquettes des aliments et me demande souvent de quel côté c’est en français. Ses livres préférés, ces temps-ci, ce sont les albums d’Astérix et Obélix. Quand je ne suis pas disponible pour les lui lire, il regarde les images, mais depuis une semaine ou deux, je l’entends lire certains mots, ceux qui sont écrits en très gros, les “Paf”, “Clang”, etc. Et c’est fou comme ça me réjouit!

En habitant ici, j’ai accepté le fait que mes enfants ne partageront pas exactement ma culture. J’essaie de la leur transmettre autant que je peux, mais ici l’anglais domine et je n’y peux pas grand-chose. Quand je vois mon fils essayer de déchiffrer un album d’Astérix, par contre, moi qui ai lu, relu et re-relu des albums d’Astérix, des Shtroumpfs, de Boule et Bill et de Tintin toute mon enfance, ça me fait quand même chaud au coeur. On a d’ailleurs acheté les dessins animés d’Astérix et Obélix durant notre voyage au Québec cet été, et Ti-Loup adore ça, malgré le caractère tellement primitif des dessins par comparaison aux émissions d’aujourd’hui. Comme on n’écoute pas beaucoup de télévision en général et que son “temps d’écran” passe plutôt en jeux vidéo (américains, bien sûr!), ce n’est pas comme ça que je vais lui transmettre ma culture. Je me rends compte que ce sera probablement par la lecture!

Enfin, j’espère…

 

Joyeuse Halloween

C’est fait, c’est terminé! Cette année, Papa a abandonné ses velléités d’homme à tout faire. Avec un gros projet à terminer pour la compagnie qui l’embauche à contrat, il a acheté des bonbons plutôt que de faire des biscuits et on a acheté les costumes des enfants. Après avoir beaucoup joué au jeu Lego Pirate des Caraïbes sur la Wii, Ti-Loup voulait se déguiser en pirate. Cocotte voulait faire comme lui. Costco avait de beaux costumes dans les bonnes grandeurs. Papa se sent coupable de contribuer à la fièvre de la consommation qui caractérise maintenant l’Halloween… mais il va s’en remettre.

Cocotte est revenue de la prématernelle avec deux sacs à surprise remis par les parents d’autres bouts de choux… Une mère avait glissé sa carte de visite dans le sac (une entreprise s’adressant aux parents, quelle coïncidence!) et une autre avait ajouté un beaume pour les lèvres Avon, orné de son nom et de son adresse électronique. Suis-je la seule à trouver ça plutôt insultant? Comme si les enfants avaient besoin qu’on fasse déjà de la publicité sur leur dos à trois et quatre ans? Au moins, ça s’adressait aux parents et non aux enfants eux-mêmes…

La Coop avait fixé à 18 h 30 l’heure de début de la cueillette de bonbons. Quelques minutes avant, les enfants étaient tous dehors, ils n’en pouvaient plus d’attendre, et on a commencé notre tournée. Même si le pourcentage de résidents qui distribue des bonbons n’est pas très élevé, ceux qui le font sont généreux et comme il y a quand même 91 familles, les enfants ont ramassé un gros sac de bonbons en à peine 30 minutes! Après, on a marché jusqu’à un quartier près de chez moi où on trouve des maisons patrimoniales réaménagées en plusieurs appartements. C’est toujours noir de monde puisque partout ailleurs dans le coin, ce sont des blocs à apparements fermés à clé. Là, les maisons sont décorées, les gens qui donnent des bonbons aussi. Ça vaut le coup juste pour l’ambiance.

Au retour, on a trié rapidement les bonbons, j’ai fait un sac de ce que les enfants ont rejeté pour l’apporter au travail (mes collègues sont toujours heureux de me débarrasser des sucreries de trop) et il était déjà 21 h quand les enfants se sont couchés. Je sens que ce soir, on va payer pour leur manque de sommeil! Mais ils vous diraient que ça en a valu la peine… Aujourd’hui, sachant que les enfants auraient du mal à fonctionner, l’école de Ti-Loup les envoie tous au cinéma! Ils vont voir Ernest et Célestine, que nous avons regardé la semaine dernière pour préparer Ti-Loup, lui qui panique en regardant Curious George.

J’espère pouvoir afficher des photos bientôt…

Brouillard

Ça fait presque une semaine qu’on vit dans la purée de pois. Je n’avais jamais vu du brouillard comme ça avant de déménager à Vancouver. Tous les automnes, on a une journée ou deux où on a l’impression de marcher dans un nuage : la proximité de l’océan, j’imagine. Mais cet automne, c’est vraiment particulier! On en est à une sixième journée de brouillard de suite. Il se lève parfois quelques heures, mais il revient vite tout couvrir. De la tour à bureau où je travaille, par moments, on ne voit pas les autres immeubles des alentours. On se croirait vraiment en plein ciel plutôt qu’au douzième étage. Parfois, le brouillard est si dense qu’il nous mouille quand on marche dedans. J’ai eu plusieurs fois le réflexe de vérifier si mes lunettes étaient sales pour me rendre compte que non, ce n’est que le brouillard!

En pleine saison d’Halloween, je trouve ça plutôt pertinent, le brouillard. Les automobilistes et les pilotes d’avion, eux, trouvent ça moins agréable. Et puis, c’est comme n’importe quoi, je finirais par m’en lasser. Mais il y a un côté féérique et magique qui m’interpelle. En plus, dans l’état de fatigue dans lequel je me trouve (Cocotte s’étant réveillée à 3 h du matin la nuit dernière, puis encore à 3 h 30 juste comme je me rendormais), la brume est encore plus d’actualité…

Quand on se compare…

Il y a quelques mois, un appartement pour personnes handicapées s’est libéré à la Coop. Nos appartements adaptés pour les personnes en fauteuil roulant sont de petits 3 1/2, qui conviennent donc mieux à une personne seule, et ils sont pratiquement tous occupés par des gens d’âge mûr ou âgés ayant une maladie dégénérative. Leurs occupants reçoivent tous une aide gouvernementale parce qu’ils ne peuvent pas travailler, et la majorité d’entre eux ne déménagent que s’ils doivent aller habiter dans un endroit où ils pourront recevoir davantage de soins… sinon, c’est les pieds devant.

La plupart des personnes que nous avons rencontrées en entrevue pour occuper l’appartement se libérant étaient du même acabit. C’est probablement le contraste qui a tant fait ressortir Karine du lot. Karine est une jeune femme brillante, dans la jeune vingtaine, qui s’est endormie au volant il y a plusieurs années (probablement pas longtemps après avoir obtenu son permis de conduire) et a eu un accident qui l’a laissée paraplégique. Elle a encore l’usage de ses bras, mais la mobilité de ses mains est limitée. De toute évidence, elle n’a pas perdu ses facultés de raisonnement et a été admise en droit à l’université cet automne. Elle devait donc déménager à Vancouver au moment même où nous cherchions un nouveau membre. Nous sommes tous tombés sous son charme.

Karine prend l’autobus à peu près à l’heure à laquelle je pars travailler. Parfois, je la salue à l’arrêt. Parfois, nous sortons en même temps et faisons un bout de chemin ensemble. Ce matin, quand je suis sortie, elle était arrêtée au beau milieu de la ruelle. Je me suis approchée d’elle pour voir ce qu’elle faisait là. Son fauteuil roulant électrique était tombé en panne! Elle était impuissante, incapable de faire quoi que ce soit d’autre que peser sur le bouton “On”, pour simplement constater que le fauteuil s’éteignait immédiatement. J’ai offert de l’aider. Je l’ai poussée sur le côté de la ruelle et elle a appelé l’aide-soignante qui était chez elle. Mais ces fichus fauteuils roulants sont si lourds que même à deux, nous n’arrivions pas à monter la pente du trottoir pour que Karine puisse rentrer chez elle.

Nous avons finalement obtenu l’aide d’un autre voisin qui passait par là et avons réussi à ramener Karine à la maison, sous la pluie qui commençait à tomber dru. Mais Karine ne voulait pas rentrer chez elle: elle a cinq cours le mardi! Elle voulait aller à l’université, comme tant d’autres jeunes adultes. Et je suis persuadée qu’elle n’avait pas envie que deux voisins qu’elle connaît plus ou moins soient obligés de la pousser de peine et de misère. Je suis certaine qu’elle aurait tout donné pour ne pas être à la merci de bons samaritains pour pouvoir simplement rentrer chez elle, désespérée de ne pas pouvoir se rendre à l’école. Elle a déjà dû manquer un cours il y a deux semaines lorsqu’une panne d’électricité survenue à l’heure du déjeune a cloué l’ascensceur au sol – et son appartement est au sixième étage! Ça m’a fait plaisir d’aider Karine, mais pour elle, ça a sans doute été une expérience humiliante qui lui prouve encore une fois à quel point elle est à la merci des autres.

Aujourd’hui, je suis donc particulièrement contente d’avoir mes deux jambes et mes deux mains, et de pouvoir sauter sur le trottoir sans effort. Quand on se compare…

Où est passé mon bébé?

Cocotte vient d’avoir trois ans. Et une semaine plus tard, je peux aussi officiellement annoncer qu’elle est propre!!!!!!!!

Eh oui, il y a longtemps qu’on se doutait bien qu’elle serait capable d’être propre, mais qu’elle s’obstinait à ne pas utiliser le petit pot pour nous défier. Je me rends maintenant compte de l’importance qu’avait la prématernelle dans sa décision. Avant de commencer l’école, elle refusait tout net de faire caca dans le petit pot. Couche ou pas, elle faisait caca dans ses culottes. Depuis son premier jour de prématernelle, elle n’a plus eu un seul accident pour le caca! En effet, elle savait qu’elle devait être propre pour aller à la prématernelle. Alors j’ai l’impression qu’elle se gardait une porte de sortie: si elle n’aimait pas la prématernelle, elle n’aurait qu’à avoir des accidents pour se faire renvoyer. Mais elle a aimé ça, et elle ne porte plus de couche depuis. Je ne dis pas qu’il n’y aura plus d’accidents, mais nous avons officiellement dit au revoir aux couches… et comme il y a longtemps qu’elle ne fait plus pipi la nuit, même si on ne lui avait pas enlevé sa couche encore, elle est vraiment propre à 100 %.

Ce qui veut dire que je n’ai vraiment plus de bébé! Ma fillette est grande, on l’en a enfin convaincue. (Elle voulait toujours jouer à être un bébé quand elle refusait d’être propre. Maintenant, elle ne veut plus qu’on dise qu’elle est un bébé.) Les couches, c’est fini! Pour toujours! Woo hoo! Bon, j’ai quand même une certaine nostalgie de mes tout petits bébés dans leur grosse couche de tissu qui leur faisait un derrière gigantesque, mais je ne m’ennuierai pas des couches qui débordent de partout. Et puis, de toutes petites culottes de toute petite fille, c’est bien mignon aussi!

À trois ans, Cocotte semble avoir un peu rattrapé les autres du côté de la grandeur, même si elle demeure dans les petites. Elle est extrêmement volubile et je passe mon temps à lui demander de baisser le ton (on va finir par l’ammener chez le médecin, j’ai l’impression qu’elle a les oreilles bloquées par la cire!) Elle continue de faire des crises (p. ex., elle refuse de se faire examiner par un médecin), mais moins souvent qu’avant. La plupart des repas se passent maintenant sans larmes (je sais, c’est une drôle de réussite, mais croyez-moi, c’est un véritable changement!). Elle continue de nous défier et de faire le contraire de ce qu’on lui demande, elle continue de provoquer son frère exprès, mais au moins ce n’est pas toujours. Je ne sais pas si c’est le retour à l’école ou une nouvelle maturité, mais il me semble que depuis quelques semaines, on respire un peu mieux…

Oh, et elle a de beaux cheveux! Tout le monde me fait des commentaires sur ses cheveux, même les passants que je ne connais pas. Il faut dire que c’est assez frappant, comparé aux autres filles de son âge, elle a vraiment des cheveux d’adulte, blonds, qui frisent en boudins… Elle est pas mal mignonne, même si ce n’est pas aussi important que son intelligence et son imagination débordante!

Mon moment préféré de la journée avec Ti-Loup, c’était le coucher quand je lui chantais une chanson en lui disant bonne nuit. Avec Cocotte, c’est très différent: le soir, elle est souvent insupportable, sans doute parc qu’elle est brûlée en raison de l’absence de sieste (que je vous ai sûrement déjà expliquée) et je n’ai pas souvent l’occasion de lui chanter une chanson. Non, avec elle, mon moment préféré, c’est au réveil. Elle m’appelle encore la plupart du temps (même si elle est maintenant capable d’ouvrir les portes, elle ne l’a encore jamais fait pour se “sauver” de sa chambre) et quand je vais la chercher, elle est encore toute chaude et elle se blottit contre moi. Je lui fais un gros câlin et on descend ensemble en se tapotant le dos mutuellement. Souvent, elle reste collée contre moi pendant quelques minutes avant que je la dépose sur le divan pour aller prendre ma douche. Mais ces quelques minutes où elle me dit si elle a bien dormi et où on parle de la journée qui commence me font presque oublier tous les coups qu’elle m’a assenés. Presque…

Ma fille, donc, a trois ans. Quelqu’un m’a demandé, le jour de sa fête, “Est-ce que tu as l’impression que ça a passé vite?”, et j’ai répondu “Oh non, ça a été trois longues années!”. C’est vrai que les journées sont dures, mais les années passent quand même vite. Ce que je trouve surtout dur c’est de réaliser qu’elle a l’âge que Ti-Loup avait quand elle est née. Quand Cocotte est née, Ti-Loup, c’était mon grand garçon, raisonnable, mûr, il se levait, s’habillait seul et allait jouer une heure en bas pendant qu’on essayait de se remettre de notre nuit entrecoupée. Cocotte, elle, s’habille seule seulement si on insiste, elle n’est pas du tout aussi raisonnable ni aussi mûre. Elle a tout simplement une personnalité différente, mais c’est aussi mon bébé et on l’a donc peut-être moins poussée vers l’indépendance? Tant pis! J’en profite pendant que j’ai encore le droit de lui faire des câlins et de lui donner des bisous!

Les trois dernières années (et peut-être surtout les deux dernières) n’ont pas été de tout repos. Je ne sais pas combien de fois j’ai eu envie de pleurer le soir, épuisée, devant la pile de vaisselle et de linge à laver. Je regarde mon amie qui n’a qu’un enfant, et parfois je lui envie tout son temps libre, elle dont le garçon est déjà pas mal autonome et n’a pas besoin d’une surveillance de tous les instants. Mais je savais que ça allait être dur. Je ne savais pas à quel point, c’es sûr. Mais un jour, ma Cocotte si têtue va être devenue une adulte (plus ou moins) raisonnable et elle va quitter la maison et je vais pleurer comme une Madeleine. Je sais que je ne regretterai pas de l’avoir eue, même si elle va m’en avoir fait vivre de toutes les couleurs. Et je sais que les qualités qui la rendent si difficile aujourd’hui, son intelligence, sa détermination, son indépendance, vont en faire une adulte intéressante et allumée avec laquelle j’aurai beaucoup de plaisir à rire des frasques de son enfance.

Je lui souhaite quand même d’avoir une petite fille juste comme elle pour que je puisse prendre ma revanche! Après tout, Cocotte est une soie avec sa grand-mère, ce n’est qu’avec nous qu’elle est insupportable!

Bonne fête ma grande… Je t’aime!

Imagination fertile

Dimanche, je revenais d’une autre petite sortie pour faire des commissions avec Cocotte (Ti-Loup a le rhume et préférait donc rester couché sur le divan à la maison à se plaindre de son mal de tête. Cocotte aussi est malade, mais Ti-Loup, lui, a un rhume d’homme. Je ne pensais pas que ça commençait si jeune, mais à seulement six ans, il est déjà tellement plus malade que sa soeur!). Nous marchions main dans la main sur le trottoir, presque de retour chez nous, quand Cocotte se rend compte qu’elle n’a pas dit un mot depuis au moins trois secondes et elle ne peut pas laisser se perdre une aussi bonne occasion de monopoliser toute mon attention:

- Maman, what are you doing?

Soupir! Elle demande tout le temps ça, à tout le monde, même quand c’est super évident. Ça me tanne un peu alors je réponds souvent quelque chose d’absurde:

- Je me brosse les dents.
- Non! (Cocotte ricane). Non, you’re riding in a auto.
- Ah, bien sûr!
- Oui, you’re riding in a auto and I’m riding on a mauve horse.

Eureka!

Je viens de faire une découverte bien tardive qui change tout… Mes deux enfants sont absolument charmants… séparément! Ce n'est que quand ils sont ensembles que j'ai du mal à les supporter!

Aujourd'hui, normalement, je serais allée faire des commissions avec les deux pour que Papa puis travailler. Mais j'ai eu un flash: Ti-Loup peut rester à la maison, il va jouer tranquille avec ses Legos ou aller jouer dehors dans la cour, il n'a pas besoin d'une grande supervision, et ça va être plus facile avec juste un enfant. Eh! Bien, Cocotte a été charmante! Notre sortie s'est bien passée, je n'ai pas perdu patience parle qu'il y en avait juste un qui me posait constamment des questions et n'arrêtait pas de parler, pas deux en même temps… Nous avons fait une très belle sortie, et Papa a pu travailler tranquille. Pas d'enfants qui se tapent dessus ou s'assoient l'un sur l'autre ou se lancent des jouets par la tête… Une vraie bouffée d'air frais!

C'est peut-être juste de la chance. Mais je crois plutôt que j'ai trouvé une piste de solution. Diviser pour mieux régner! Évidemment, je ne peux pas toujours faire ça puisque je veux passer du temps avec Ti-Loup aussi et que si je laisse Cocotte à la maison, Papa ne pourra pas vraiment travailler. Mais de temps en temps, ça fait du bien!

Des fois, les étoiles sont bien alignées!

Je vous ai sûrement parlé de ma bonne amie qui est partie habiter en Australie… Même si elle et son mari ont choisi de vivre à Vancouver, ils n’y ont pas des racines très profondes : ses parents sont en Écosse, sa belle-famille, en Afrique du Sud et son frère, en Nouvelle-Zélande. Alors quand son employeur lui a offert un contrat de 18 à 24 mois en Australie, elle a sauté sur l’occasion, surtout que les conditions étaient géniales : tous leurs frais étaient payés là-bas, ils peuvent louer leur maison pour un montant supérieur à leur hypothèque ici, son mari était lui aussi embauché par l’entreprise et ça allait lui donner une expérience de gestion pour son CV. Elle est donc partie il y a 6 mois, et on ne s’était pas vraiment donné de nouvelles depuis, si ce n’est quelques bribes sur Facebook.

Et justement, lundi, sur Facebook, son mari lui a souhaité un beau voyage à Vancouver. Je me suis dit qu’occupée comme elle est toujours, elle n’aurait sûrement pas le temps de nous voir. Qu’elle a plein d’autres amis à qui elle accorderait sans doute la priorité. Que si elle voulait me voir, elle m’aurait écrit… Plein d’idées défaitistes inspirées par mon manque de confiance en moi habituel. Mais bon, on s’entend vraiment bien (quand elle est ici), nos enfants s’entendent bien, nos maris s’entendent bien… alors j’ai décidé de prendre la chance de me faire rejeter et je lui ai envoyé un courriel mardi soir en expliquant qu’elle n’aurait sûrement pas le temps de me voir, mais bla bla bla.

Elle a répondu hier : elle venait d’atterrir, le voyage avait été décidé à la dernière minute, elle n’avait pas eu le temps de contacter personne, mais n’avait aucun plan. Elle s’ennuyait des sushis de Vancouver et se demandait si on avait envie d’en commander pour le souper. Ce n’est qu’en lisant son message que je me suis rendu compte à quel point je m’étais vraiment ennuyée d’elle… Je l’ai appelée, on s’est donné rendez-vous pour souper à la maison, et on a passé une soirée géniale! On a pu rattraper le temps perdu, elle nous a montré des photos des enfants, elle a confirmé qu’ils ont toujours l’intention de revenir, et elle a même dit qu’elle essayerait de venir faire la course Terry Fox avec nous dimanche.

Parfois, il faut faire taire les voix négatives qui essayent de nous faire croire qu’on n’en vaut pas la peine, et il faut foncer un peu! Qui ne risque rien n’a rien. Quand on essaie un peu, parfois, les étoiles s’alignent juste comme il faut!

Chat errant

Je ne vous ai pas raconté les mésaventures estivales de notre chat…

Un beau jour, alors que Papa était en conférence téléphonique, ça a cogné à la porte. Il a répondu et s’est trouvé face à notre voisin, son chat dans les bras. Le voisin, silencieux, semblait s’attendre à une réaction de la part de Papa, qui, distrait par l’appel en cours, ne savait pas trop quoi dire… jusqu’à ce qu’il se rende compte que ce n’était pas le chat du voisin qu’il avait dans les bras. C’était notre chat! Ils se ressemblent, mais le nôtre a des pattes blanches, et le chat du voisin est en fait une chatte. Papa a récupéré le chat, croyant qu’il s’était simplement sauvé dehors comme ça lui arrive parfois et miaulait à la porte, a remercié le voisin et est retourné à son appel.

Le soir venu, le voisin a cogné à la porte et m’a raconté avoir trouvé notre chat… sur son lit, dans sa chambre! Il était donc sorti par notre porte patio, avait escaladé le mur de brique d’au moins 5 pieds de haut (alors qu’il semble maintenant avoir du mal à sauter sur notre congélateur où on mettait auparavant sa nourriture), était passé sous la porte de leur patio, entré par leur porte patio et avait monté les escaliers avant d’aller se coucher sur leur lit, où dormait déjà leur chatte. J’en suis restée bouche bée! Notre chat tolère assez bien la chatte du voisin, mais celle-ci feule quand il vient trop proche. Mais appremment, ça ne lui dérangeait pas de partager avec lui un grand lit, en autant qu’ils soient chacun tourné du côté opposé.

Notre chat s’est depuis glissé dans leur appartement au moins quatre ou cinq fois, et a pris l’habitude de vider le plat de nourriture de leur chatte, ce qui rend la chose un peu moins drôle parce que c’est tannant pour eux et que ça le rend malade. On a commandé une porte moustiquaire (notre porte patio n’étant pas d’un format habituel) parce que si on ne peut pas ouvrir la porte patio l’été prochain, on va mourir de chaleur! En attendant, on ne laisse qu’une petite ouverture par laquelle le chat ne peut pas se faufiler… mais encore hier, Cocotte a ouvert la porte un peu plus et le voisin nous a ramené notre chat.

Heureusement, notre voisin trouve la chose très amusante. Il est très sympathique, et c’est tout un énergumène : il a des tatouages partout et, malgré ses 50 ans, de multiples piercings. Il porte souvent un kilt noir avec des chaînes partout… et il nous rapporte notre chat en lui faisant des guiili-guili, en lui parlant comme un bébé et en disant qu’il trouve ça trop mignon qu’il ait encore voulu aller voir sa blonde. Je pense que sa conjointe, par contre, trouve ça moins amusant, alors on fait très attention… Mais c’est peine perdue: notre chat finit toujours par se sauver.

À suivre!