Imagination fertile

Dimanche, je revenais d’une autre petite sortie pour faire des commissions avec Cocotte (Ti-Loup a le rhume et préférait donc rester couché sur le divan à la maison à se plaindre de son mal de tête. Cocotte aussi est malade, mais Ti-Loup, lui, a un rhume d’homme. Je ne pensais pas que ça commençait si jeune, mais à seulement six ans, il est déjà tellement plus malade que sa soeur!). Nous marchions main dans la main sur le trottoir, presque de retour chez nous, quand Cocotte se rend compte qu’elle n’a pas dit un mot depuis au moins trois secondes et elle ne peut pas laisser se perdre une aussi bonne occasion de monopoliser toute mon attention:

- Maman, what are you doing?

Soupir! Elle demande tout le temps ça, à tout le monde, même quand c’est super évident. Ça me tanne un peu alors je réponds souvent quelque chose d’absurde:

- Je me brosse les dents.
- Non! (Cocotte ricane). Non, you’re riding in a auto.
- Ah, bien sûr!
- Oui, you’re riding in a auto and I’m riding on a mauve horse.

Maman

Mon fils m’a surpris hier soir:

- Maman, on dit maman (prononcé avec le “man” à la française, comme on proncerait “ment” du verbe “mentir”) mais les Québécois, comme Laure (une petite fille de sa classe), ils disent maman (prononcé avec le “man” à la québécoise, un peu nasal, presque plus proche de “mama”).
- Euh… oui… qui est-ce qui t’a parlé de ça?
- Madame A, mon professeur
- …

Je vais donner à Madame A, qui a un accent “français” et est sans doute d’origine nord-africaine, le bénéfice du doute. Elle n’a peut-être pas mentionné ça pour se moquer de la prononciation des Québécois. Peut-être qu’elle parlait juste des différences d’accent en général et que c’est un des exemples qu’elle a donnés. Ou peut-être même que c’est un des enfants “Québécois” de la classe (dont les deux parents sont Québécois et qui ont donc seulement le français comme langue maternelle) qui lui a demandé pourquoi elle prononçait “Maman” de cette façon là. Mon fils semble quand même en avoir retenu que la bonne prononciation était celle à la française, mais il a cinq ans et il ne fait donc pas dans la nuance.

Non, au bout du compte, ce que je trouve triste dans tout ça, c’est que mon fils ne s’inclut pas parmi les Québécois… Pourquoi le ferait-il, vous me direz? Justement, c’est ça qui me fait de la peine.

Clin d’oeil

Excusez l’anglais, mais celle-là il fallait que je vous la présente textuellement… Cocotte m’a surprise avec cette question l’autre jour :

- Maman, when am I going to be a baby in your tummy again?

Comme quoi elle n’a pas encore tout, tout compris!

Joyeuses Pâques

Bon, je suis un peu en retard, mais ces temps-ci je n’ai ni le temps, ni une grosse envie d’écrire sur mon blogue. Je n’ai aucune bonne raison… Ça reviendra sûrement. Cela dit, j’ai quand même une petite histoire à vous raconter.

Jeudi dernier, en partant pour le travail, je lance comme toujours aux enfants “Je m’en vais, qui veut un câlin?”. Ils se précipitent tous les deux, mais Ti-Loup arrive en bondissant.

- Tu es un lapin ce matin?
- Non, je suis un lièvre.
- Ah… (Il sait ce qu’est un lièvre? Étonnant, me dis-je.) Et c’est quoi un lièvre?
- C’est… euh… un lapin… sauvage?

Ben coudonc! Apparemment, il sait vraiment ce que c’est! Bon, ce ne serait pas si surprenant pour un enfant québécois, mais avec les miens, c’est dur de savoir qu’est-ce qu’ils ont intégré en français. Je n’aurais pas pensé que lièvre faisait partie du lot, mais ça a l’air que oui.

Joyeuses Pâques!

Lost in translation

Dimanche matin, je demande à Cocotte si elle veut choisir un chandail et un pantalon pour s’habiller:
- Maman, can I wear my stickers and a jupe?

Ça ne m’a pris que quelques secondes à comprendre parce que j’étais en contexte. Si elle m’avait sorti ça ailleurs, je n’aurais jamais compris. Mais elle venait de saisir une paire de collants. Pas d’autocollants, bien sûr! Des collants de laine, qui se portent et qu’on met avec une robe ou une jupe.

Les collants et les jupes, ça fait partie des choses dont son père ne discute jamais, alors elle ne connait pas vraiment les mots anglais, ou en tout cas ils lui viennent plus facilement en français. Mais apparemment, les deux sens de “collants” se sont court-circuités dans sa tête. Pas bête, en fait!

Impressionnant

Hier, Ti-Loup avait obtenu la permission d’amener Jérémie à la maison pour jouer après l’école. Jérémie est en première année et habite tout près de chez nous alors il prend l’autobus avec Ti-Loup. Il y a deux semaines, Ti-Loup est allé jouer chez Jérémie après l’école, hier, c’était son tour d’amener son ami chez lui. La maman de Jérémie avait demandé à son autre fils, Léo, un grand de troisième année, s’il voulait lui aussi venir chez nous (auquel cas elle serait venue elle aussi) ou s’il préférait rentrer à la maison. Il avait décidé de venir chez nous. Ti-Loup était aux anges.

Hier après-midi, cependant, la maman de Léo a reçu un appel de l’école pour dire que son aîné était malade. Elle est allée le cherche à l’école, mais c’était déjà la fin de la journée et le temps de prendre l’autobus scolaire. Elle était donc devant un dilemme. Soit elle ramenait les deux enfants, mais Jérémie manquait sa sortie chez Ti-Loup à laquelle il avait très hâte, soit elle demandait à Papa de prendre Jérémie à l’autobus en même temps que Ti-Loup (puisqu’elle n’arriverait probablement pas à temps à l’arrêt pour le ramasser, et puis en plus, Léo étant malade, ça n’aurait pas été agréable pour lui).

Sauf qu’elle n’avait pas notre numéro de téléphone. Elle a demandé à la secrétaire de l’école, qui lui a affirmé n’avoir que mon numéro au travail (il va falloir que je vérifie ça, ce n’est pas normal), et elle n’osait pas me déranger au travail. Elle a donc demandé à Ti-Loup s’il connaissait le numéro de téléphone de Papa. Ti-Loup a réfléchi et lui a demandé s’il pouvait le dire en anglais. Et il lui a donné le bon numéro!

J’avoue que je n’aurais pas pensé qu’il y arriverait. Il y a quelques mois, Papa avait dans la tête une vieille chanson dans laquelle il y a un numéro de téléphone (867-5309). Ti-Loup essayait de chanter avec lui, et Papa lui avait dit que tant qu’à mémoriser un numéro, il devrait en mémoriser un vrai. Il s’était donc mis à chanter la chanson en disant son propre numéro plutôt que celui de Jenny, dans la chanson. Très bon truc mnémonique, mais Ti-Loup se trompait souvent en chantant alors je n’aurais pas pensé qu’il s’en rappelle après plusieurs mois!

Encore une fois, j’avais sous-estimé mon fils… Jérémie et Ti-Loup ont pris l’autobus ensemble et ont joué aux légos jusqu’à l’heure du souper. La maman de Jérémie est venue le chercher avec Léo, qui finalement n’était pas vraiment malade (c’est un enfant extrêmement gêné et je soupçonne fort un mal de ventre d’anxiété). Et nous, on sait que si un jour notre fils est séparé de nous dans une foule, il va pouvoir donner aux policiers le numéro de téléphone de son père, ce qui devrait nous aider à le retrouver!

Ah, l’amour!

Samedi, Ti-Loup était invité à la fête d’une de ses amoureuses… C’est-à-dire une des deux filles de sa classe qu’il a l’intention de marier plus tard. Il était le seul garçon invité à la fête, où il y avait sept ou huit filles en comptant la soeur aînée de la fêtée, avec laquelle Ti-Loup a d’ailleurs beaucoup joué. Pourtant, il a joué avec elles sans aucun problème et je n’ai pas du tout eu l’impression qu’il était la cinquième roue du carrosse, même qu’à son arrivée les filles se sont précipitées sur lui tellement elles étaient heureuses de l’accueillir. Moi, j’ai jasé avec les parents de la fillette et appris qu’apparemment, la rumeur court dans la classe que quand on embrasse un garçon on se marie avec lui.

Au retour, Ti-Loup s’est d’ailleurs remis à me poser des questions sur le mariage, mais cette fois-ci la conversation a pris un tour différent :
- Maman, la prochaine personne qui va déménager dans notre Coop, c’est Daniel?
- Oui.
- Et l’autre qui va habiter avec lui, c’est Antoine?
- Oui.
- Est-ce que ce sont des frères?

Je l’attendais, cette conversation-là. En fait, je suis surprise qu’elle n’ait pas eu lieu avant. Il y a de nombreux couples gais dans notre Coop, des hommes comme des femmes, mais en fait, il y en a un seul avec lequel nous sommes suffisamment amis et qu’on croise assez souvent pour que Ti-Loup ait pu remarquer que ce sont deux hommes qui habitent ensemble. Il ne nous a pourtant jamais posé de questions sur le sujet. Et ça m’a toujours rendu heureuse de voir que pour un enfant qui n’est pas exposé aux préjugés auxquels ma génération l’était encore dans notre enfance, la situation n’était même pas digne d’intérêt. Mais je crois que maintenant qu’il est exposé à des filles qui lui parlent de mariage (et je sais très bien que c’est tout à fait innocent, mais en même temps, je crois qu’il est déjà pas mal confiant dans ses convictions qu’un jour il va se marier avec une fille), tout à coup il s’est mis à se poser des questions. Alors voilà, c’était le moment de répondre en m’assurant de ne pas faire tout un plat de la situation pour ne pas qu’il ait l’impression que c’était anormal.

- Non, Daniel et Antoine ne sont pas des frères.
- Alors pourquoi ils habitent ensemble?
- Parce que ce sont des amoureux.
- Ah… Est-ce que deux hommes ou deux femmes ont le droit de se marier ensemble?
- Oui. Dans certains pays ce n’est pas permis, mais ici on a le droit de marier qui on veut.
- Ah…

Et la conversation a changé de sujet. Ti-Loup était curieux, il a eu la réponse à sa question et est passé à autre chose. Honnêtement, il a eu l’air moins surpris d’apprendre que deux hommes ou deux femmes pouvaient se marier que d’apprendre qu’on ne peut pas marier plus d’une personne. Et moi, je suis bien contente de voir que ça ne le préoccupe pas plus que ça. Peut-être que les élèves homosexuels ou bisexuels de sa génération auront la vie plus facile que ceux de la mienne!

Spécial Saint-Valentin

Pour vous mettre de bonne humeur, voici ma conversation d’hier avec Ti-Loup :

- Quand je vais être grand, je vais me marier avec Karine et avec Léa (noms fictifs).

(Ne pas rire… Surtout ne pas rire! Mon fils me parle de quelque chose d’important pour lui. Je ne veux pas qu’il pense que je ris de lui! Grande respiration, on réfléchit à une réponse intelligente…)

- Mmm… Malheureusement, mon homme, on ne peut pas se marier à deux personnes en même temps.
- Est-ce que je peux me marier avec une et plus tard me marier avec l’autre?
- Certaines personnes se marient, et plus tard ils décident qu’ils ne veulent plus être mariés avec cette personne-là et ils divorcent, et après ils peuvent se marier avec quelqu’un d’autre. Mais il faut arrêter d’être marié avec la première personne. On n’a pas le droit d’être marié avec plusieurs personnes en même temps.

Mon fils me regarde comme si je venais de lui dire quelque chose de vraiment bizarre.
- Pourquoi on ne peut pas?
- C’est comme ça, c’est la loi. Dans certains pays on peut, mais pas au Canada.

Est-ce que je suis en train de brimer mon fils d’un mode de vie alternatif? Rectifions :
- Certaines personnes ont plus qu’une blonde ou un chum en même temps. Mais ils ne peuvent pas être mariés à plus qu’une personne en même temps.
- La mama de Karine lui a dit qu’elle pouvait être mariée à plus qu’une personne en même temps.

Mon fils est naïf. Il croit tout ce qu’on lui dit. Marie, à l’école, lui a dit qu’elle sait plus de choses que la maîtresse et quand j’ai dit à Ti-Loup que ce n’était pas possible pour une petite fille de 5 ans (sa maîtresse écrit quand même des lettres aux parents sans fautes), il a répondu “Mais Marie me l’a dit!”, comme s’il ne pouvait pas imaginer que quelqu’un puisse mentir. Même si lui, il ne se gêne pas pour détourner la vérité avec nous. Mais je m’éloigne du sujet. Karine est LA préférée de Ti-Loup dans sa classe alors je ne veux (peux?) pas trop la dénigrer devant lui.

- Je pense que Karine a dû mal comprendre ce que sa mère lui a dit, parce que je suis absolument certaine qu’on n’a pas le droit d’être marié à plusieurs personnes en même temps et je suis sûre que sa maman le sait elle aussi.

Plus tard, avant le dodo:
- Maman, est-ce que quand on est adulte on peut être avec quelqu’un et… (il cherche ses mots) vivre avec quelqu’un sans être marié?
- Oh oui! Plein de gens ont un amoureux sans être mariés.
- Est-ce qu’ils portent un anneau?
- Certaines personnes portent un anneau même s’ils ne sont pas mariés. Habituellement, ceux qui ont un anneau sur ce doigt-là en particulier, c’est pour montrer aux autres qu’ils sont mariés ou qu’ils ont déjà un amoureux qu’ils aiment beaucoup et donc qu’ils ne veulent pas en avoir d’autre. Mais n’importe qui peut porter un anneau juste parce qu’il trouve ça beau si il veut.
- Oh…
- Mais tu sais, la plupart des gens VEULENT être mariés seulement avec une personne ou avoir seulement un amoureux à la fois (J’aurais peut-être été plus honnête en disant que la plupart des gens VEULENT que leur conjoint ait seulement eux comme amoureux, mais bon, il a cinq ans et la monogamie demeure la norme dans notre société.)
- Oh…

On a laissé ça là pour hier soir. Mais je me demande si ça va revenir sur le sujet… Que voulez-vous, mon fils a DEUX meilleures amies dans sa classe. Une classe de 17 dont seulement 5 garçons, donc il a l’embarras du choix. Disons que je ne m’inquiète pas encore! Je suis sûre que les filles vont se faire un devoir de lui expliquer, un jour, qu’elles ne veulent pas qu’il soit marié avec elles deux. En attendant, j’ai assez pété sa baloune!

Joyeuse Saint-Valentin pour demain!