Brouillard

Ça fait presque une semaine qu’on vit dans la purée de pois. Je n’avais jamais vu du brouillard comme ça avant de déménager à Vancouver. Tous les automnes, on a une journée ou deux où on a l’impression de marcher dans un nuage : la proximité de l’océan, j’imagine. Mais cet automne, c’est vraiment particulier! On en est à une sixième journée de brouillard de suite. Il se lève parfois quelques heures, mais il revient vite tout couvrir. De la tour à bureau où je travaille, par moments, on ne voit pas les autres immeubles des alentours. On se croirait vraiment en plein ciel plutôt qu’au douzième étage. Parfois, le brouillard est si dense qu’il nous mouille quand on marche dedans. J’ai eu plusieurs fois le réflexe de vérifier si mes lunettes étaient sales pour me rendre compte que non, ce n’est que le brouillard!

En pleine saison d’Halloween, je trouve ça plutôt pertinent, le brouillard. Les automobilistes et les pilotes d’avion, eux, trouvent ça moins agréable. Et puis, c’est comme n’importe quoi, je finirais par m’en lasser. Mais il y a un côté féérique et magique qui m’interpelle. En plus, dans l’état de fatigue dans lequel je me trouve (Cocotte s’étant réveillée à 3 h du matin la nuit dernière, puis encore à 3 h 30 juste comme je me rendormais), la brume est encore plus d’actualité…

Une nouvelle famille

Ça faisait longtemps que je n’avais pas passé une aussi belle fin de semaine.

Toute notre petite famille s’est rendue à Kelowna pour le long congé afin d’assister à une cérémonie à la mémoire de la grand-mère de Papa, décédée en octobre dernier. Tous les cousins de Papa y sont venus, et c’était la première fois que je les rencontrais. En fait, c’était aussi la première fois que Papa les rencontrait – sauf son cousin le plus âgé, qu’il avait déjà vu quand il avait trois ans et dont il ne se souvenait donc pas du tout. Et même si un seul cousin a emmené sa fille (de 15 ans), et qu’il n’y avait donc pas d’enfants de l’âge des miens, qu’à celà ne tienne: ils se sont amusés comme des fous. Ti-Loup a réussi à convaincre la cousine, la petite-cousine, un cousin et la tante de Papa de jouer au baseball avec lui. On a fait des feux. On a fait griller des guimauves. On les a laissés se coucher tard. Et à l’exception d’une énorme crise de Cocotte et de nombreux réveils nocturnes, qui nous ont fatigués, ça a vraiment bien été. Même à l’église, les enfants ont été raisonnablement tranquilles! Et le voyage en auto s’est, miracle des miracles, plutôt bien passé (même s’ils n’ont pas dormi une minute).

J’en repars avec un grand regret: ne pas pouvoir passer plus de temps avec ce côté de la famille. Un des cousins de Papa habite en Ontario et a trois enfants; je peux donc comprendre qu’on ne puisse pas le voir souvent. Mais trois cousins sont à Calgary et les deux autres, en Colombie-Britannique. Même s’ils n’habitent pas la porte à côté, ce sont quand même des distances qui se font en auto. C’est sûr que je ne ferais pas ce genre de chemin tous les ans, mais il reste qu’ils ne s’étaient pas vus depuis plus de trente ans! J’ai l’impression que la mère de Papa et ses frère et soeur ne doivent pas faire de gros efforts pour réunir la famille… Maintenant qu’on s’est rencontrés et très bien entendus, au moins avec les trois enfants de l’oncle de Papa, on espère refaire ça avant les prochaines funérailles…

J’ai aussi été fascinée en réalisant à quel point la famille de la grand-mère de Zak est peu nombreuse. Celle-ci, Marie, est née en 1924, la troisième d’une famille de sept. Son frère aîné, Bill, ne s’est jamais marié et n’a pas eu d’enfants; il est mort au début des années 1980 et je ne l’ai donc bien sûr pas connu. La suivante, Ann, a eu une seule fille, la cousine dont la mère de Papa est la plus proche. Cette fille au deux enfants qui ont environ notre âge et qu’on voit assez régulièrement puisqu’ils habitent près de Kelowna, et deux petits-enfants qui jouent avec les miens. Ensuite vient Marie, qui a eu trois enfants, la plus grosse famille. De ces trois enfants sont nés huit petits-enfants et dix arrière-petits-enfants, ce qui n’est déjà pas énorme (seulement quatre des huits petits-enfants ont une descendants). Une des autres soeurs de Marie, Kay, a eu une seule fille, qui a un seul fils. Jo, elle, a eu deux enfants que je n’ai jamais rencontrés et je ne sais pas s’ils ont des enfants. La sixième, Stephanie, s’est mariée tard et n’a pas eu d’enfants; et Marilyn a eu une seule fille, qui n’a pas d’enfants.

De cette génération de sept ancêtres nés dans les années 1920, donc, sont issus seulement huit enfants, et de cette génération, environ une douzaine de petits-enfants. Comparons ça à la génération de ma mère, de la même génération que la mère de Zak (à la fin de la Guerre). Elle était la quatrième d’une famille de neuf, qui ont eu un total de vingt-deux enfants (si je n’en oublie pas). Et eux-mêmes ont à ce jour au moins vingt-huit enfants (j’en oublie sans doute) et ce n’est sûrement pas terminé puisque certains sont encore dans la jeune vingtaine. Il faut croire que l’héritage catholique du Québec y est pour quelque chose!

J’ai donc gagné cette semaine une famille que je ne connaissais pas. Une famille qui, contrairement aux parents de Papa, semble savoir s’amuser. Une famille chaleureuse qui ressemble à la mienne dont je m’ennuie tant et qui m’a rappelé à quel point ça me manque, ce genre de soirée où les enfants s’amusent avec certains pendant qu’on peut jaser avec d’autres. Une famille avec laquelle j’espère maintenant pouvoir garder des liens.

Et maintenant, la rentrée!

Le monde est petit…

Le “monde” francophone de Vancouver est particulièrement petit…

Il y a un peu plus de six ans, quand j’ai suivi un cours prénatal sur l’allaitement, il y avait une autre francophone dans la classe. Nous avions la même date d’accouchement prévu, alors à la pause nous avons jasé un peu. Elle m’avait donné sa carte de visite. Ti-Loup était finalement arrivé quatre jours avant, et sa fille, six jours après, la date prévue. Nous avions communiqué par courriel quelque fois, nous nous étions croisées à quelques activités parents-bébés, et nous avions même organisé une sortie juste pour nous deux, une fois. J’aurais vraiment voulu devenir son amie, mais ça n’avait juste pas marché. Elle était sympathique, mais nous n’avions peut-être pas assez d’atomes crochus pour faire les efforts nécessaires.

Au fil des ans, nous nous sommes croisées de temps à autre à des activités pour enfants, ou simplement dans la rue, peut-être une ou deux fois l’an. J’ai rencontré sa deuxième fille, qui a un an de plus que Rose. Et puis cette année, Ti-Loup et… appelons-la Karine, Ti-Loup et Karine, donc, se sont retrouvés dans la même classe. Si vous vous souvenez, c’est elle que Ti-Loup avait l’intention de marier quand il sera grand. J’ai croisé les parents de Karine à quelques activités de rencontre organisées pour la classe. On a jasé un peu, mais la mère de Karine a deux autres amies dont les filles sont dans la même classe et avec lesquelles elle a tissé des liens d’amitié depuis la naissance de leurs enfants. Quand j’essayais de me mêler à elles, je me sentais donc toujours un peu de trop, n’étant pas vraiment dans leur cercle. Je n’ai jamais été la meilleure pour me lier d’amitié…

Et puis la semaine dernière, on a invité les trois filles à faire une sortie pour la fête de Ti-Loup. En effet, quand je lui ai demandé qui il voulait inviter pour sa fête, il a répondu sans hésiter: ces trois filles de sa classe (Karine, Léa et Martine) et son meilleur ami à la Coop. Le problème, c’est que son meilleur ami à la Coop ne parle pas français et ne joue jamais avec des filles. On avait donc décidé de faire une fête à la Coop le vrai jour de sa fête (un soir de semaine, donc juste un gâteau et des ballons dans la cour après un souper tôt en invitant tous les enfants de l’immeuble), puis d’inviter les trois filles à faire une sortie avec Ti-Loup.

On a fait notre sortie, et les parents des filles sont venus les chercher après. Comme on était au parc, ils sont restés une bonne heure de plus et on a jasé. C’était le papa de Karine qui était là, puisque sa maman travaillait, et je me suis sentie moins “exclue” de la gang. Puis vendredi, les parents de Karine nous ont invités à un pique-nique à la plage pour fêter les six ans de leur fille. Les mêmes enfants étaient là et ça a été franchement agréable. Le papa de Karine et un autre père ont organisé des jeux pendant que les mamans jasaient… J’en ai bien profité.

Je ne suis certainement toujours pas aussi proche de ces trois mamans qu’elles le sont l’une de l’autre, et je ne pense pas qu’elles vont se mettre à m’appeler pour aller prendre un café. On continue de mener un mode de vie assez différent du leur puisqu’on n’a pas de voiture et qu’elles ont de toute évidence beaucoup plus d’argent que nous (à en croire leurs plans de vacances, l’endroit où ils vivent, etc.). Mais je ne me sens plus autant comme une cinquième roue au carrosse. Nous avons déjà été invités à la fête d’une autre des trois filles, au début de l’année scolaire, et j’ai bien hâte d’y aller. J’espère que Martine sera dans la classe de Ti-Loup encore cette année…

Les chances sont minces qu’il ait les trois filles dans sa classe encore une fois (il y avait l’an dernier trois classes de maternelle et trois classes de première année), mais les chances sont assez bonnes qu’on se recroise au fil des ans. C’est agréable de tisser tranquillement des liens avec certains parents et de savoir que l’an prochain, je serai déjà en terrain partiellement connu lorsque l’année scolaire commencera. Parce que veut, veut pas, il n’y a pas juste pour les enfants que le nouveau de l’école peut être stressant!

Festival d’été francophone de Vancouver

Samedi dernier, j’ai assisté au grand spectacle du Festival d’été francophone de Vancouver. Il y avait 6 ans que je n’étais pas allée: la dernière fois, j’étais enceinte de Ti-Loup et on avait donc décidé de ne pas faire le voyage sur une île reculée qu’on fait d’habitude chaque année à ce temps-ci de l’année avec la famille de Papa. J’étais allée une ou deux autres fois avant ça, c’est tout. Maintenant qu’on ne fait plus ce voyage (et de toutes façons, l’école n’est pas terminée), je me suis payée la traite. Je ne me souvenais plus à quel point ça fait du bien de se retrouver en “famille”, entourée d’autres personnes assoiffées de culture francophone.

Le spectacle commençait à 19 h. Je suis arrivée seulement 15 minutes à l’avance et nous avons trouvé des places libres en arrière (la scène est montée au milieu d’une rue fermée et des chaises sont placées devant). Dès que Kevin Parent est arrivé sur scène, cependant, les gens se sont levés et se sont précipités devant la scène, dans un espace laissé vide juste pour ça – nous compris. Sauf que les gens assis aux premiers rangs se sont eux aussi avancés… en apportant leurs chaises. Nous nous sommes donc retrouvées debout devant la scène, à côtés d’autres personnes assises. C’était bizarre. En plus, il faisait encore clair et Kevin Parent a fait plusieurs commentaires pendant la soirée sur le fait que c’était bizarre de voir le monde aussi bien: en salle, on éteint les lumières, et en plein air, d’habitude, les spectacles commencent après qu’il ait commencé à faire noir! Il avait l’air un peu déstabilisé.

D’ailleurs, ça a pris du temps avant que le party “lève”. Il faut dire que la moyenne d’âge était probablement de plus de 40 ans et beaucoup de gens ne connaissaient pas vraiment les chansons de Parent. Le public cible du Festival, c’est ceux qui sont ici depuis longtemps et s’ennuient de la culture francophone, alors les “vieux” chanteurs pognent souvent plus. Au prix où sont les billets, ce ne sont pas seulement les vrais amateurs du chanteur qui se déplacent, et ça parraissait beaucoup cette fois-ci. Surtout que Kevin Parent n’est pas particulièrement chaleureux sur scène. Il nous a par contre beaucoup fait vibrer quand il a chanté Le petit roi de Jean-Pierre Ferland, et que tout le monde s’est mis à chanter avec lui – là, on connaissait les paroles! Il a aussi été gentil et chanté mes préférées (La jasette, Seigneur et Boomerang). Son guitariste était vraiment, mais vraiment bon. Bref, j’ai beaucoup aimé, mais j’ai trouvé la foule plate!

Ça s’est animé pour Zachary Richard, par la suite. Je ne connaissais pas beaucoup de ses chansons (il a quand même chanté Au bord de lac Bijou, ma préférée!), mais il a une présence sur scène incroyable! Je pense qu’en trente secondes, il avait gagné la foule. Il nous a fait danser au son des accordéons, de l’harmonica et de la contrebasse, et enfin, l’ambiance dans la foule était dynamique. Son spectacle a duré deux heures!

Au total, donc, trois heures de musique. J’étais au premier rang, accotée à la clôture, au centre de la scène, à peut-être 3 mètres du chanteur. J’aurais pu compter les rides de Zachary Richard – et j’étais bien placée pour me demander à quoi pensait Kevin Parent en montant sur scène vêtu de shorts ayant l’air appropriées pour un gymnase et dont le lacet ressortait à la taille! Et si les billets à l’entrée étaient vendus 30 $, j’ai eu le mien pour 12 $ sur Living Social. Imaginez, 12 $ pour trois heures de musique de Kevin Parent et Zachary Richard! Comme le Festival d’été de Québec, mais sans les files et l’agoraphobie…

J’aurais aimé amener mes enfants, mais ça finissait beaucoup trop tard, rendu à 22 h 30 il y en avait des beaucoup plus grands qui s’emmerdaient et demandaient à leurs parents si c’était enfin l’heure de rentrer. Un jour, peut-être! En attendant, ça m’a juste donné encore plus hâte d’aller au Québec! J’ai hâte de vous voir…

Maman

Mon fils m’a surpris hier soir:

- Maman, on dit maman (prononcé avec le “man” à la française, comme on proncerait “ment” du verbe “mentir”) mais les Québécois, comme Laure (une petite fille de sa classe), ils disent maman (prononcé avec le “man” à la québécoise, un peu nasal, presque plus proche de “mama”).
- Euh… oui… qui est-ce qui t’a parlé de ça?
- Madame A, mon professeur
- …

Je vais donner à Madame A, qui a un accent “français” et est sans doute d’origine nord-africaine, le bénéfice du doute. Elle n’a peut-être pas mentionné ça pour se moquer de la prononciation des Québécois. Peut-être qu’elle parlait juste des différences d’accent en général et que c’est un des exemples qu’elle a donnés. Ou peut-être même que c’est un des enfants “Québécois” de la classe (dont les deux parents sont Québécois et qui ont donc seulement le français comme langue maternelle) qui lui a demandé pourquoi elle prononçait “Maman” de cette façon là. Mon fils semble quand même en avoir retenu que la bonne prononciation était celle à la française, mais il a cinq ans et il ne fait donc pas dans la nuance.

Non, au bout du compte, ce que je trouve triste dans tout ça, c’est que mon fils ne s’inclut pas parmi les Québécois… Pourquoi le ferait-il, vous me direz? Justement, c’est ça qui me fait de la peine.

Histoire de toutous

Il y a un peu plus de six ans, quand j’ai appris à ma meilleure amie que j’étais enceinte, elle m’a emmenée dans une de ces boutiques où on se fabrique un toutou. Elle voulait offrir à Ti-Loup son premier toutou. Nous l’avons encore et les enfants jouent toujours avec lui. Et chaque fois que je le vois, il me réchauffe le coeur parce qu’il me fait penser à celle qui me l’a offert.

Cette même amie part demain pour le Vietnam chercher sa fille. Je ne lui avais pas encore fait de cadeau de “naissance”. J’avais tellement peur que quelque chose arrive et que ça ne fonctionne pas. Après toutes les déceptions qu’elle et son mari avaient eues, je n’osais pas imaginer à quel point ça serait dur pour eux, et je ne voulais pas leur donner quoi que ce soit pour leur fillette avant d’être certaine qu’ils l’auraient pour vrai! Et puis il a été question qu’ils passent par chez nous en chemin vers le Vietnam, alors j’ai pensé qu’ils pourraient prendre mon cadeau en passant. Mais finalement, ils ont dû changer d’itinéraire puisque le détour leur aurait coûté 1000 $… chacun!

Quand j’ai su qu’ils ne passeraient pas par ici, j’ai été très déçue : j’étais tellement contente qu’ils viennent me voir! Je comprenais très bien, évidemment. À ce prix là, ce n’est même pas un choix, quand on peut épargner 2 000 $, on le fait! Mais je me trouve tellement loin d’eux alors qu’ils vivent l’évènement le plus important de leur vie (oui, ça me fait comprendre comment mes proches se sont sentis quand MES enfants sont nés), j’aimerais tellement pouvoir les aider et je me sens si impuissante à l’autre bout du pays. J’avais besoin de faire quelque chose, n’importe quoi. J’ai décidé d’aller à la chasse au toutou.

Papa m’a suggéré de trouver un toutou de la même collection que l’écureuil que Cocotte a reçu à Noël et qu’on trouve si mignon. Après quelques heures sur Internet et un appel téléphonique, j’ai réussi à trouver un hérisson de la même collection dans une boutique de Vancouver. Les enfants et moi sommes allés le chercher. Avant de l’emballer, les enfants lui ont donné plein de câlins, pour s’assurer qu’il soit bien plein d’amour à transmettre à sa future destinataire. Et puis Hedgie, comme ils l’ont appelé (de Hedgehog, hérisson en anglais), allait s’ennuyer de Squirrely (mes enfants ont tellement d’imagination!), alors on a pris des photos pour avoir des souvenirs.

 

 

 

 

 

 

 

 

N’est-ce pas qu’ils ont l’air tout sérieux, presque tristes? Et de plus en plus vieux… J’espère que la fille de mon amie (il va falloir que je lui trouve un surnom, à celle-là, si je suis pour continuer de parler d’elle!) l’aimera elle aussi et que bientôt Hedgie et Squirrely seront réunis pour une belle grande visite!

Quand j’ai expliqué à Ti-Loup que mon amie allait chercher une petite fille orpheline dans un autre pays, il a demandé s’ils allaient retourner visiter la maman de la fillette. J’ai répété que la fillette n’avait pas de maman, que sa maman avait dû l’abandonner parce qu’elle ne pouvait pas s’occuper d’elle comme il faut, que maintenant sa maman allait être mon amie, il continuait de demander “Mais, ils vont aller la visiter plus tard?”. Il ne pouvait pas comprendre qu’une enfant puisse vivre sans sa maman, qu’une maman puisse vivre sans son enfant. Et quand j’y pense, je suis bien contente qu’il ne puisse imaginer une telle situation. Ça montre au moins que j’ai réussi une chose: lui faire sentir que je vais toujours être là pour lui et que je ne pourrais jamais choisir de vivre sans lui.

Bonne chance à mes amis pour leur voyage. On va penser très fort à vous. Et on va mettre le téléphone sur la table de chevet, juste au cas où…

L’inquiétude injustifiée

Quand j’explique à d’autres parents, souvent des francophones dont les enfants sont plus jeunes que les miens, que mon fils va à l’école en français, on s’inquiète souvent de la qualité de l’enseignement qu’il peut recevoir. Plusieurs parents francophones, d’ailleurs, hésitent à y envoyer leurs enfants. Ils ont peur que leur enfant ne parle pas bien anglais s’il va à l’école en français, ou que les autres matières soient négligées parce que l’enseignement est donné en français. Mon avis? C’est de la grosse bullshit – ou, pour être polie, un manque d’information et une inquiétude injustifiée.

D’abord, les enfants qui vont à l’école en français en Colombie-Britannique suivent des cours d’anglais à partie de la troisième année. Pas les cours d’anglais langue seconde qu’on a suivis au Québec! Il s’agit de cours d’anglais langue maternelle. Et puis ces enfants vivent dans un milieu anglophone, même ceux qui ont deux parents francophones. À moins de n’avoir dans son cercle social que des francophones (sans aucun couple mixte) et de ne faire aucune activité autre que dans la communauté francophone, les enfants vont baigner dans un milieu anglais. À l’épicerie, au restaurant, chez leurs amis, au hockey, dans les Scouts, peu importe : c’est l’anglais qui sera la langue dominante hors de chez eux. Et on sait tous que dans une soirée, même s’il n’y a qu’un anglophone et que tous les autres sont francophones, la conversation risque de se dérouler surtout en anglais au profit dudit anglophone. Je connais une famille de francophones ayant déménagé à Vancouver; leurs enfants ne parlaient pas anglais avant d’arriver ici, ils vont à l’école en français, et pourtant les enfants ont appris l’anglais. En deux ans. Parce qu’ils vivent ici. On dit dans le milieu scolaire que le français, ça s’apprend; l’anglais, ça s’attrape.

Mon opinion a été confortée la semaine dernière quand j’ai reçu ce communiqué de la Commission scolaire francophone. Encore une fois l’an dernier, les élèves des écoles francophones de la Colombie-Britannique ont obtenu des résultats supérieurs à ceux des élèves des autres écoles de la province. C’est pourtant une école publique, ouverte à tous, sans examen d’entrée. Je suis consciente qu’elle profite de certains avantages : il y a un peu plus d’argent grâce aux subventions fédérales, certaines classes sont plus petites que dans le système anglophone. Surtout, les parents s’impliquent beaucoup plus, à ce que j’ai pu voir : inscrire son enfant à l’école en français à Vancouver, c’est déjà un geste lourd de sens, un signe que l’éducation est importante pour nous, qu’on s’est informé, qu’on a fait les efforts nécessaires pour que l’enfant aille ailleurs qu’à l’école du quartier. Je ne pense donc pas que ça veuille nécessairement dire que l’enseignement y est meilleur où que les enfants bilingues sont plus brillants.

Mais c’est rassurant pour les parents qui hésitent. Surtout, les résultats montrent que les élèves ayant fréquenté l’école en français ont de meilleurs résultats que les anglophones aux examens d’anglais normalisés en 10e année (secondaire 4). Il n’y a donc pas de quoi s’inquiéter: la maîtrise de deux langues est avantageuse sur le plan de l’apprentissage des langues – des deux langues. Je l’avais toujours su, mais j’aime bien me le voir confirmer.

Il existe des exceptions. J’ai déjà vu une famille où la mère était anglophone, le père francophone ne jouait plus aucun rôle dans la vie des enfants, les enfants (5e, 4e, 2e et 1re années) avaient tous de graves difficultés d’apprentissage et ne parlaient pas du tout français, et la mère insistait pour qu’ils fassent leur année à l’école en français. Pour les petits, ça passe encore, mais les deux aînées étaient en train d’accumuler un énorme retard et l’aînée, surtout, était humiliée par son incapacité à participer à la vie de la classe puisqu’elle ne comprenait rien. Je me suis toujours dit que je ne ferais pas là même erreur: si mes enfants étaient incapables d’avoir une scolarité normale dans un milieu où ils seraient heureux en français et que les inscrire à l’école en anglais réglait le problème, je plierais. Même si ce serait difficile.

Heureusement, ça ne semble pas être le cas pour Ti-Loup. Il s’adapte très bien à son milieu scolaire, et je n’ai aucune inquiétude. Ouf!

Grande victoire

Je ne crois pas vous avoir raconté que l’Association des parents d’élèves de l’école de Ti-Loup a lancé une poursuite contre le Conseil scolaire francophone de la Colombie-Britannique et le gouvernement provincial il y a deux ans. Les parents affirmaient qu’il était de leur droit, garanti par la Constitution canadienne, de bénéficier d’un système scolaire comparable au système anglophone puisque le nombre de francophones à Vancouver le justifie. Ils alléguaient que l’école actuelle n’était pas de niveau par comparaison aux écoles anglophones et que le mauvais état des choses décourage d’autres parents francophones d’y inscrire leurs enfants.

Hier, le juge de la Cour suprême de la Colombie-Britannique leur a donné raison. Il a reconnu qu’à l’école de Ti-Loup, les classes sont plus petites, les toilettes, moins nombreuses, le terrain extérieur et la bibliothèque, trop petits, les voyages en autobus scolaire, trop longs. Il restera à faire appliquer le jugement, mais ça veut dire que les chances qu’on obtienne la nouvelle école qui nous a été promise, et qui serait beaucoup plus proche de chez nous, viennent d’augmenter de beaucoup.

Les problèmes soulevés dans la poursuite ne suffisaient pas à m’empêcher d’inscrire mes enfants à cette école, mais ils étaient quand même préoccupants. J’avais remarqué, surtout, à quel point la bibliothèque était petite. Les enfants prennent leur récréation en deux groupes, un après l’autre, parce que la cour n’est pas assez grande. Et certains amis de Ti-Loup doivent prendre l’autobus à 7 h 50 le matin, même si l’école ne commence qu’à 8 h 44. Quand un enfant de cinq ans doit partir pour l’école à 7 h 45, on le réveille à quelle heure? Et quand il revient ensuite à 15 h 30 (parce que les autobus doivent attendre 20 minutes, avant de partir, la fin des cours à l’école secondaire), ça fait vraiment de longues journées!

Une belle victoire, donc, résumée ici:http://www.radio-canada.ca/regions/colombie-britannique/2012/10/31/003-justice-rose-des-vents-victoire.shtml

Reste à savoir ce qu’on va en faire!

Conversation du matin

Moi à Ti-Loup :
- Tu dois avoir hâte de voir tes amis à la prématernelle aujourd’hui, après tout ce temps.

Ti-Loup :
- J’aimerais mieux être à Montréal avec mon cousin.

Je savais que la crise de larmes à l’aéroport avait été empirée par l’état de fatigue extrême de Ti-Loup, mais je confirme, maintenant qu’il est reposé, qu’il avait vraiment beaucoup de peine de partir. Je n’en avais aucun doute. Tout le monde a été tellement gentil avec lui, en particulier son “cousin” (en fait le fils de ma cousine). Évidemment, si on habitait au Québec ce serait différent, le cousin finirait par se tanner d’avoir une petite ombre qui le suit partout. Là, tout le monde est aux petits soins pour nous vu qu’ils ne nous voient pas souvent, on est en vacances toute la famille ensemble et on fait plein d’activités spéciales.

Comme pour moi, les vacances là-bas font prendre conscience à Ti-Loup de tout ce à quoi il n’a pas accès le reste de l’année, chose à laquelle il ne pense pas trop quand il est ici. Sauf que lui est trop petit pour penser rationnellement à tout ce qu’il n’aurait pas s’il habitait là-bas, alors il ne voit que le côté négatif du retour. Ça va passer. Il va se remettre dans son quotidien et poursuivre son chemin. Mais chaque visite va approfondir les liens qui l’unissent à ma famille et chaque année rendra sans doute le départ plus difficile. Évidemment, ces liens vont aussi enrichir sa vie, l’aider à comprendre d’où il vient et donc où il s’en va, à se faire un place dans le monde.

J’ai souvent pensé à cet exil que j’ai choisi, moi, mais que j’impose en quelque sorte à ma famille. J’y ai pensé récemment à la lumière de l’annonce faite par une cousine, elle-même exilée en France, dont la fille, établie au Québec, est maintenant enceinte. Je me suis mise à sa place, à vivre de loin un événement auquel on voudrait participer de plus près, et ça m’a aidé à mieux mesurer ce que je fais “subir” à mes parents.

Mais c’est la première fois que je pense à ce que je fais subir à mes enfants. Eux aussi auraient peut-être voulu être plus proches de leur famille maternelle. Bien sûr, c’est un faux problème, puisque si je n’étais pas venue vivre ici, ils n’existeraient pas. Mais voir les larmes dans les yeux de mon fils à mon départ m’a vraiment fait prendre conscience de cette réalité. Ça m’a causé un mélange de peine profonde et de bonheur intense, causé par cette preuve de l’attachement de mon fils à ma famille. J’ai toujours eu peur qu’il ne s’intéresse pas à ces parents qu’il voit peu, alors je suis heureuse de constater qu’ils ont de l’importance pour lui.

Même si la preuve arrive sous forme de larmes.

Au revoir

Après deux semaines et demie, nous venons de quitter le Québec avec un fils en larmes qui ne voulait pas rentrer chez lui. Je suis tellement contente qu’il aime ma famille, qu’il se plaise à passer du temps à idolâtrer son cousin de onze ans. Mais ça rend les chocs enore plus difficiles quand vient le temps de rentrer à la maison. J’ai pleuré moi aussi en essayant de le consoler. Pas que j’aurais voulu rester – je suis bien heureuse de rentrer chez moi et de dormir dans mon lit. Mais c’est toujours dur de partir. Dur de voir ce que je manque à l’année longue et dont je n’ai qu’un aperçu une fois par année. Je m’ennuie quand je suis chez moi, mais après un moment j’oublie un peu, je me laisse envahir par mon quotidien, je ne pense plus trop à ma famille éloignée. Et puis je les visite et tout est à recommencer.

Je ne peux pas souhaiter ne jamais être venue vivre en Colombie-Britannique parce que j’aime ma vie ici, j’adore Papa et sans cette décision que j’ai prise un jour, il y a douze ans, je n’aurais pas Cocotte et Ti-Loup. Mais il y a des jours où on ne peut pas éviter de se demander “et si?” Que serait-il arrivé si j’avais refusé cette vie-là et que j’avais attendu de m’en trouver une à construire au Québec? Est-ce que tout serait plus simple? Où aurais-je fini seule et amère, accrochée à cet amour que j’aurais refusé? Je ne le saurai jamais, et les plupart du temps j’en suis bien contente. Mais aujourd’hui, en voyant mon fils pleurer comme si je lui avais arraché la moitié de lui-même, c’est dur de ne pas tout remettre en questions.

Au revoir tout le monde. J’ai passe un très beau voyage. Merci de m’accueillir aussi chaleureusement tous les ans. De m’héberger même si ça fait beaucoup, nous quatre. De mettre votre vie sur pause un instant pour nous permettre d’y embarquer une fois par année. De nous faire une place même si vous savez que vous aussi ça va vous arracher le cœur de nous voir partir.

Je vous aime toujours autant!