Où est passé mon bébé?

Cocotte vient d’avoir trois ans. Et une semaine plus tard, je peux aussi officiellement annoncer qu’elle est propre!!!!!!!!

Eh oui, il y a longtemps qu’on se doutait bien qu’elle serait capable d’être propre, mais qu’elle s’obstinait à ne pas utiliser le petit pot pour nous défier. Je me rends maintenant compte de l’importance qu’avait la prématernelle dans sa décision. Avant de commencer l’école, elle refusait tout net de faire caca dans le petit pot. Couche ou pas, elle faisait caca dans ses culottes. Depuis son premier jour de prématernelle, elle n’a plus eu un seul accident pour le caca! En effet, elle savait qu’elle devait être propre pour aller à la prématernelle. Alors j’ai l’impression qu’elle se gardait une porte de sortie: si elle n’aimait pas la prématernelle, elle n’aurait qu’à avoir des accidents pour se faire renvoyer. Mais elle a aimé ça, et elle ne porte plus de couche depuis. Je ne dis pas qu’il n’y aura plus d’accidents, mais nous avons officiellement dit au revoir aux couches… et comme il y a longtemps qu’elle ne fait plus pipi la nuit, même si on ne lui avait pas enlevé sa couche encore, elle est vraiment propre à 100 %.

Ce qui veut dire que je n’ai vraiment plus de bébé! Ma fillette est grande, on l’en a enfin convaincue. (Elle voulait toujours jouer à être un bébé quand elle refusait d’être propre. Maintenant, elle ne veut plus qu’on dise qu’elle est un bébé.) Les couches, c’est fini! Pour toujours! Woo hoo! Bon, j’ai quand même une certaine nostalgie de mes tout petits bébés dans leur grosse couche de tissu qui leur faisait un derrière gigantesque, mais je ne m’ennuierai pas des couches qui débordent de partout. Et puis, de toutes petites culottes de toute petite fille, c’est bien mignon aussi!

À trois ans, Cocotte semble avoir un peu rattrapé les autres du côté de la grandeur, même si elle demeure dans les petites. Elle est extrêmement volubile et je passe mon temps à lui demander de baisser le ton (on va finir par l’ammener chez le médecin, j’ai l’impression qu’elle a les oreilles bloquées par la cire!) Elle continue de faire des crises (p. ex., elle refuse de se faire examiner par un médecin), mais moins souvent qu’avant. La plupart des repas se passent maintenant sans larmes (je sais, c’est une drôle de réussite, mais croyez-moi, c’est un véritable changement!). Elle continue de nous défier et de faire le contraire de ce qu’on lui demande, elle continue de provoquer son frère exprès, mais au moins ce n’est pas toujours. Je ne sais pas si c’est le retour à l’école ou une nouvelle maturité, mais il me semble que depuis quelques semaines, on respire un peu mieux…

Oh, et elle a de beaux cheveux! Tout le monde me fait des commentaires sur ses cheveux, même les passants que je ne connais pas. Il faut dire que c’est assez frappant, comparé aux autres filles de son âge, elle a vraiment des cheveux d’adulte, blonds, qui frisent en boudins… Elle est pas mal mignonne, même si ce n’est pas aussi important que son intelligence et son imagination débordante!

Mon moment préféré de la journée avec Ti-Loup, c’était le coucher quand je lui chantais une chanson en lui disant bonne nuit. Avec Cocotte, c’est très différent: le soir, elle est souvent insupportable, sans doute parc qu’elle est brûlée en raison de l’absence de sieste (que je vous ai sûrement déjà expliquée) et je n’ai pas souvent l’occasion de lui chanter une chanson. Non, avec elle, mon moment préféré, c’est au réveil. Elle m’appelle encore la plupart du temps (même si elle est maintenant capable d’ouvrir les portes, elle ne l’a encore jamais fait pour se “sauver” de sa chambre) et quand je vais la chercher, elle est encore toute chaude et elle se blottit contre moi. Je lui fais un gros câlin et on descend ensemble en se tapotant le dos mutuellement. Souvent, elle reste collée contre moi pendant quelques minutes avant que je la dépose sur le divan pour aller prendre ma douche. Mais ces quelques minutes où elle me dit si elle a bien dormi et où on parle de la journée qui commence me font presque oublier tous les coups qu’elle m’a assenés. Presque…

Ma fille, donc, a trois ans. Quelqu’un m’a demandé, le jour de sa fête, “Est-ce que tu as l’impression que ça a passé vite?”, et j’ai répondu “Oh non, ça a été trois longues années!”. C’est vrai que les journées sont dures, mais les années passent quand même vite. Ce que je trouve surtout dur c’est de réaliser qu’elle a l’âge que Ti-Loup avait quand elle est née. Quand Cocotte est née, Ti-Loup, c’était mon grand garçon, raisonnable, mûr, il se levait, s’habillait seul et allait jouer une heure en bas pendant qu’on essayait de se remettre de notre nuit entrecoupée. Cocotte, elle, s’habille seule seulement si on insiste, elle n’est pas du tout aussi raisonnable ni aussi mûre. Elle a tout simplement une personnalité différente, mais c’est aussi mon bébé et on l’a donc peut-être moins poussée vers l’indépendance? Tant pis! J’en profite pendant que j’ai encore le droit de lui faire des câlins et de lui donner des bisous!

Les trois dernières années (et peut-être surtout les deux dernières) n’ont pas été de tout repos. Je ne sais pas combien de fois j’ai eu envie de pleurer le soir, épuisée, devant la pile de vaisselle et de linge à laver. Je regarde mon amie qui n’a qu’un enfant, et parfois je lui envie tout son temps libre, elle dont le garçon est déjà pas mal autonome et n’a pas besoin d’une surveillance de tous les instants. Mais je savais que ça allait être dur. Je ne savais pas à quel point, c’es sûr. Mais un jour, ma Cocotte si têtue va être devenue une adulte (plus ou moins) raisonnable et elle va quitter la maison et je vais pleurer comme une Madeleine. Je sais que je ne regretterai pas de l’avoir eue, même si elle va m’en avoir fait vivre de toutes les couleurs. Et je sais que les qualités qui la rendent si difficile aujourd’hui, son intelligence, sa détermination, son indépendance, vont en faire une adulte intéressante et allumée avec laquelle j’aurai beaucoup de plaisir à rire des frasques de son enfance.

Je lui souhaite quand même d’avoir une petite fille juste comme elle pour que je puisse prendre ma revanche! Après tout, Cocotte est une soie avec sa grand-mère, ce n’est qu’avec nous qu’elle est insupportable!

Bonne fête ma grande… Je t’aime!

Les enfants de la télé

Une fois de temps en temps, quand Papa n’est pas là, je regarde une émission sur tou.tv., et c’est comme ça que j’ai découvert Les enfants de la télé. Comme je suis une grande nostalgique dans l’âme, ça m’a tout de suite accrochée. Je n’ai regardé que quelques émissions, surtout les spéciaux. Et je ne suis pas sûre que ça ait eu un effet positif sur ma santé mentale… Bien sûr, ça me fait m’ennuyer encore plus du Québec et de la culture à laquelle je ne participe plus vraiment. Mais ça me fait aussi me sentir vieille… si vieille!

Quand j’ai regardé l’émission spéciale sur les émissions pour enfants, j’ai trouvé ça tellement triste de constater à quel point tous ces acteurs étaient rendus vieux! Ils étaient pourtant si jeunes quand je regardais leurs émissions, et ce n’était pas il y a si longtemps il me semble! Mais oui, je sais. Vingt-cinq ou trente ans, c’est long. Ça paraît sur le visage de quelqu’un. Mais pour moi, il me semble que c’était hier! Et l’autre jour, j’ai regardé l’épisode sur les grands événements. Ce qui m’a frappée le plus, c’est la mort de Lady Di. J’avais 20 ans. Elle en avait 36. Pour moi, elle était déjà vieille : ses enfants étaient assez grands, elle était divorcée… Les rumeurs voulaient qu’elle soit de nouveau enceinte, mais je trouvais donc qu’elle était vieille pour avoir un autre enfant.

Mais voilà: j’ai 36 ans et je ne me trouve pas vieille. En fait, j’ai parfois du mal à me rappeler que je suis une adulte. J’ai encore l’impression d’avoir 20 ans la plupart du temps, et de ne pas avoir plus de réponses sur la vie que quand j’étais jeune adulte. Mes enfants sont encore jeunes, et même si je n’en veux pas d’autre, si je le voulais, je ne me trouverais pas trop vieille pour recommencer. Il y a 20 ans, je trouvais que 70 ans, c’était donc vieux, mais aujourd’hui mon père a 70 ans, et pourtant il n’est pas si vieux que ça! Je comprends très bien que c’est ma perspective qui change. Mais je sais aussi que quand je vais moi-même avoir 70 ans, je vais encore me trouver jeune.

Ce n’est pas tant que je sois triste de vieillir. Quand on a vu mourir une fillette de 5 ans, chaque année de plus devient en quelque sorte un cadeau précieux. C’est juste (!!!) que je ne veux pas mourir. Je sais que ça va arriver un jour, mais je ne peux pas me faire à l’idée. Quand on ne croit pas qu’il y a autre chose après la mort, comment peut-on se réconcilier avec l’idée qu’un jour, on ne sera plus? Alors même si j’essaye de profiter du temps qui passe, je ne peux pas m’empêcher d’avoir peur de la fin de ma vie. Peur qu’elle arrive prématurément, mais peur aussi d’en avoir aussi peur à 90 ans qu’aujourd’hui.

Qui aurait cru qu’une simple émission de divertissement pourrait entraîner des questionnements aussi profonds?

La fin d’une époque

Je n’ai officiellement plus de bébé : Cocotte est sevrée!

Ça s’est fait naturellement un peu comme pour Ti-Loup, et au même âge (à un mois près). Il y a encore un mois, Cocotte buvait peu, mais régulièrement, le matin en se levant et à mon retour du travail. Puis elle a commencé à sauter des après-midi, et quand elle ne me demandait pas le sein, je ne le lui rappelais pas. Je me suis rendu compte à un moment donné qu’elle sautait aussi certains matins et qu’elle ne buvait presque plus jamais l’après-midi. Et la semaine dernière, lorsqu’elle a tenté de boire le matin, on aurait dit qu’elle n’arrivait plus à prendre le sein comme il faut. Elle hésitait, tétait un peu puis abandonnait. Comme je n’ai pas beaucoup de temps le matin, j’ai dû couper court à ses efforts quand j’ai eu l’impression qu’elle jouait plus qu’autre chose.

Samedi matin, elle m’a demandé du lait. Mais ça faisait déjà trois jours qu’elle n’avait pas bu au sein. Alors je lui ai offert du lait dans un verre, et ça a fait son affaire. Dimanche après-midi, quand elle m’a demandé le sein, j’ai dit qu’elle était rendue trop grande et je lui ai offert de l’eau. Et voilà. Pas de crise, pas de larmes, pas de problème.

C’était le temps, et au fond je suis très fière de moi. Fière d’avoir allaité mes deux enfants jusqu’à un âge où et eux, et moi étaions d’accord sur le fait que c’était assez. Si j’avais essayé plus tôt, si je n’avais pas été aussi convaincue que c’était le temps, ils l’auraient senti et ça aurait été plus difficile. Je m’étais au départ fixé comme objectif d’allaiter jusqu’à deux ans, puisque c’est la recommandation officielle de l’OMS. Je ne juge pas du tout celles qui arrêtent plus tôt ou même qui n’allaitent pas: chaque situation est différente et les circonstances particulières peuvent tout changer. Mais dans mon cas, mes enfants voulaient continuer, mon corps était d’accord, et j’ai donc allaité jusqu’à ce que mes enfants aient deux ans et demi. Et ça s’est terminé tout en douceur.

Bien sûr, je suis un peu nostalgique. Il y a quelque chose de profondément satisfaisant dans le fait d’être la seule source de nourriture de son nouveau-né. Et même quand ils sont plus vieux, l’allaitement est une source de réconfort pour un enfant. C’était quelque chose de spécial que personne d’autre que moi ne pouvait donner à ma fille. Je sais très bien qu’elle n’avait plus besoin de mon lait pour bien grandir physiquement, ce n’était plus une source d’aliments nutritifs importante, mais ça ne lui nuisait pas et sur le plan émotif, c’était une façon de solidifier notre attachement, de nous coller dans les périodes où elle n’était pas toujours facile à vivre. Et puis ça me donnait un petit peu de calme: pendant qu’elle buvait, je pouvais être assise, lire ou naviguer sur Internet, tranquillement, sans qu’elle courre et saute partout en exigeant mon attention.

Mais toute bonne chose a une fin, et je n’allais pas non plus insister pour qu’elle continue. C’était évident qu’on était rendus là, et j’aimais mieux sauter sur l’occasion de la sevrer quand le timing était idéal plutôt que de courir le risque que cette occasion ne se représente plus de sitôt. Et puis si on calcule que je suis tombée enceinte de Ti-Loup en novembre 2006 et que je l’allaitais encore quand je suis tombée enceinte de Cocotte, on peut dire que mon corps n’a pas appartenu qu’à moi depuis plus de six ans. C’est le temps. Même si j’ai un petit pincement au coeur en pensant que je n’allaiterai plus jamais.

Je suis fière de ce que j’ai fait pour mes enfants et j’aurai toujours le souvenir des deux petites boules d’amour toutes chaudes qui ont vécu collées contre moi pendant leurs premiers mois, tout comme le souvenir de petits enfants très verbaux qui, sous l’influence de la toute mignonne erreur propagée par leur papa, m’ont dit: “I want some lait maman”. Ce sont des souvenirs impérissables qui me réchaufferont encore le coeur le jour où, peut-être, je bercerai mes petits-enfants.

Retour des vacances.

J’ai beau avoir travaillé trois jours la semaine dernière, c’est aujourd’hui le vrai retour des vacances. Ti-Loup retourne à l’école (il avait très hâte vu qu’il n’a pas arrêté de chiâler qu’il aime juste aller à l’école pendant toutes les vacances et s’est fâché contre moi parce que je n’ai pas organisé de rencontre avec son amoureuse). Et pour notre dernière fin de semaine, nous avons décidé d’aller à la montagne samedi (photos à suivre).

On pensait aller faire de la raquette, mais on est arrivés trop tard et on était stationnés si loin qu’il nous aurait fallu une demi-heure de marche pour atteindre le début du sentier. On a donc changé nos plans et on a simplement joué dans la neige sur le talus qui borde la route où nous étions stationnés. D’où on était, au bas de la pente, on ne voyait pas les voitures stationnées ni la route. On était dans la forêt. Papa a tapé une glissade de neige sur le talus et on s’en est donné à coeur joie, sur les fesses (Papa et moi étions en pantalons imperméables plutôt qu’en pantalons de neige, c’est fou comme ça glisse vite!). Même Cocotte n’a pas cessé d’en redemander tellement elle s’amusait à glisser, et ce malgré la neige dans le visage et les culbutes.

Je m’ennuie de la neige. C’est une des choses qui me manquent le plus de ma vie au Québec (loin derrière ma famille, mes amis et la vie en français, mais bon, c’est quand même là). Les Québécois installés ici, pour la plupart, sont contents de s’être débarrassés de la neige et des tempêtes. Pas besoin de pelleter, et s’ils veulent jouer dans la neige, la montagne est à 30 minutes de voiture. C’est vrai, et c’est assez impressionnant quant on passe du niveau de la mer à la pluie battante pour monter dans la montagne et que, tout à coup, la pluie se transforme en neige. Mais ce n’est pas comme avoir la neige à la maison.

C’est sûr que je n’ai jamais eu d’auto au Québec. Je suis partie jeune adulte, je n’avais jamais eu de maison, donc rien à pelleter. Mais j’ai dû attendre l’autobus dans les bancs de neige et je me souviens bien de la douleur des extrémités qui dégèlent après avoir passé trop de temps dehors. Mais je me souviens surtout du plaisir de la neige quand j’étais enfant et je trouve ça vraiment triste de ne pas pouvoir faire vivre ça à mes enfants. Les matins de tempête quand on apprend qu’il n’y a pas d’école, ouvrir la porte de peine et de misère parce que la neige s’est accumulée devant, puis sauter dans le banc de neige, emmitouflés des pieds à la tête avec un foulard enroulé sur le front et les joues qui ne laisse dépasser que les yeux. Creuser des tunnels dans la neige. Se jeter en bas des bancs de neige avec ses amis. Rentrer les pieds gelés pour regarder Passe-Partout (comme le disent si bien les Cowboys fringants). Ou pour boire quelque chose de chaud.

Ça me manque, mais samedi au moins j’ai pu jouer dans la neige avec mes enfants. Un piètre remplacement, mais mieux que rien. J’ai montré à Ti-Loup à faire un ange dans la neige. Ça ma tellement ramenée en arrière que j’avais presque envie de pleurer. Et de voir Cocotte qui avait du mal à marcher avec sa grosse salopette de neige et ses bottes… Mais bon, ici, pas besoin d’un gros foulard, il faisait à peine un ou deux degrés sous zéro. Les enfants avaient quand même les joues rouges et les yeux brillants, et on a ri, on a ri!

Maintenant, je suis prête à retourner au travail. Ce qui m’inquiète, cependant, c’est que j’ai l’impression que c’est hier qu’on était allés faire de la raquette la dernière fois. Pourtant, tout un été a passé depuis. Et l’automne. Le temps passe si vite que je ne le vois pas passer. Noël est déjà derrière nous, un autre. Je me souviens de la première glissade de Ti-Loup sur la plage près de chez nous. Maintenant c’est le tour de Cocotte. Chaque fois qu’on vit une nouvelle expérience avec elle, ça me rappelle que mon bébé grandit et que bientôt mes enfants vont devenir grands. Raison de plus pour en profiter pendant que ça passe!

“La meilleure façon de se préparer un beau passé pour l’avenir, c’est de vivre pleinement le présent” Robert Jasmin, Le temps d’Alexandre

Ça grandit vite

Non seulement Cocotte est-elle passée de la bassinette au petit lit la semaine dernière, mais hier, en revenant du travail, j’ai eu du mal à la reconnaître: Papa avait réussi à la convaincre de se laisser attacher les cheveux, et ceux-ci sont maintenant assez longs pour qu’on lui fasse une seule queue de cheval derrière la tête!

J’avais déjà essayé la fontaine sur le dessus de la tête (mignon, mais Papa n’aime pas trop) et les deux lulus pour attacher seulement son toupet de chaque côté de la tête (mais ça prend deux fois plus de temps, et donc de patience, ce que Cocotte n’a pas en trop, et c’est habituellement très asymétrique étant donné le manque de collaboration). Mais j’ai tellement trouvé qu’elle avait l’air grande, ma toute petite puce, avec sa queue de cheval!

C’est officiel, je n’ai vraiment plus de bébé.

Non, en fait elle boit encore au sein le matin (et très rarement en fin d’après-midi) et elle porte encore des couches. Quand elle va avoir franchi ces deux étapes, je pourrai dire que je n’ai vraiment plus de bébé. Mais c’est dur d’y croire avec les phrases qu’elle nous sort ces temps-ci!

Conversation du matin

Moi à Ti-Loup :
- Tu dois avoir hâte de voir tes amis à la prématernelle aujourd’hui, après tout ce temps.

Ti-Loup :
- J’aimerais mieux être à Montréal avec mon cousin.

Je savais que la crise de larmes à l’aéroport avait été empirée par l’état de fatigue extrême de Ti-Loup, mais je confirme, maintenant qu’il est reposé, qu’il avait vraiment beaucoup de peine de partir. Je n’en avais aucun doute. Tout le monde a été tellement gentil avec lui, en particulier son “cousin” (en fait le fils de ma cousine). Évidemment, si on habitait au Québec ce serait différent, le cousin finirait par se tanner d’avoir une petite ombre qui le suit partout. Là, tout le monde est aux petits soins pour nous vu qu’ils ne nous voient pas souvent, on est en vacances toute la famille ensemble et on fait plein d’activités spéciales.

Comme pour moi, les vacances là-bas font prendre conscience à Ti-Loup de tout ce à quoi il n’a pas accès le reste de l’année, chose à laquelle il ne pense pas trop quand il est ici. Sauf que lui est trop petit pour penser rationnellement à tout ce qu’il n’aurait pas s’il habitait là-bas, alors il ne voit que le côté négatif du retour. Ça va passer. Il va se remettre dans son quotidien et poursuivre son chemin. Mais chaque visite va approfondir les liens qui l’unissent à ma famille et chaque année rendra sans doute le départ plus difficile. Évidemment, ces liens vont aussi enrichir sa vie, l’aider à comprendre d’où il vient et donc où il s’en va, à se faire un place dans le monde.

J’ai souvent pensé à cet exil que j’ai choisi, moi, mais que j’impose en quelque sorte à ma famille. J’y ai pensé récemment à la lumière de l’annonce faite par une cousine, elle-même exilée en France, dont la fille, établie au Québec, est maintenant enceinte. Je me suis mise à sa place, à vivre de loin un événement auquel on voudrait participer de plus près, et ça m’a aidé à mieux mesurer ce que je fais “subir” à mes parents.

Mais c’est la première fois que je pense à ce que je fais subir à mes enfants. Eux aussi auraient peut-être voulu être plus proches de leur famille maternelle. Bien sûr, c’est un faux problème, puisque si je n’étais pas venue vivre ici, ils n’existeraient pas. Mais voir les larmes dans les yeux de mon fils à mon départ m’a vraiment fait prendre conscience de cette réalité. Ça m’a causé un mélange de peine profonde et de bonheur intense, causé par cette preuve de l’attachement de mon fils à ma famille. J’ai toujours eu peur qu’il ne s’intéresse pas à ces parents qu’il voit peu, alors je suis heureuse de constater qu’ils ont de l’importance pour lui.

Même si la preuve arrive sous forme de larmes.

Retour en… adolescence

Ma collègue de travail visite Québec pendant le festival d’été et était toute heureuse de m’apprendre qu’elle allait au spectacle de Bon Jovi.

Bon Jovi! J’en suis retombée dans mon adolescence. Je n’ai pas été particulièrement groupie… à part pour Bon Jovi. Je suis surprise de savoir que le groupe est encore assez “hot” pour que les “jeunes” veuillent aller le voir. Mais tant mieux pour eux!

Pour ma part, j’ai connu les anciennes chansons de Bon Jovi quand mon frère les écoutait (Bad Medicine, Dead or Alive). Plus tard, à l’adolescence, des amies ont décidé d’aller voir leur spectacle. C’était à l’époque de Keep the Faith. Je ne connaissais pas vraiment leurs nouvelles chansons, mais je suis allée voir le spectacle au Colisée. On était dans la sixième rangée, je crois (la mère d’une amie d’une amie travaillait pour le réseau Billetech et nous avait acheté des billets). Une de mes amies avait attrapé le pic du bassiste. On avait beau avoir 16 ans, on avait trippé comme des fans de One Direction! Après le spectacle, j’avais écouté leurs albums en boucle pendant… longtemps.

J’avais acheté leur album suivant, mais après, j’ai décroché. J’avais vieilli, j’imagine… et puis j’avais perdu de vue mon amie qui trippait le plus sur Bon Jovi, celle qui m’avait incitée à aller voir le spectacle. Comme je n’écoute à peu près plus de radio commerciale, je n’ai pas vraiment entendu leurs nouveaux albums.

Mais maintenant je suis jalouse de ma collègue (qui, devrais-je l’ajouter, avait 5 ans quand j’ai vu Bon Jovi en spectacle)… C’est dans des moments comme ça que je deviens nostalgique. Je me verrais tellement aller voir ce spectacle avec mon (ancienne) amie pour nous rappeler des souvenirs et faire la fête comme si on était encore en 1993… Peut-être que l’an prochain, vu que Ti-Loup va être à l’école et qu’on ne pourra plus voyager avant juillet, on devrait s’arranger pour y aller pendant le Festival d’été nous aussi!

Jacques Brel

Il y a des chanteurs comme ça qui sont éternels. Ou peut-être que je suis vieux jeu – après tout, ma collègue de 23 ans n’a jamais vraiment écouté Brel. Au fond, je suis surtout chanceuse que ma mère ait aimé Brel, je crois. Mais je le réécoute ces temps-ci, en travaillant, et ses chansons ne me sortent plus de la tête.

Si Brel était encore vivant, il fêterait ses 83 ans la semaine prochaine. Malheureusement, il est mort l’année suivant ma naissance. Qu’aurait-il réalisé dans les vingt à trente années suivantes s’il avait eu la chance de poursuivre sa route? Combien d’autres chansons cultes, de rôles au cinéma? Quel gaspillage, vraiment!

Même s’il avait cessé de chanter il y a longtemps, même s’il était devenu sénile dans son grand âge, s’il était mort récemment ou dans quelques années, toute une nouvelle génération aurait entendu parler de lui. Il y aurait eu des spectacles hommage, des reportages aux nouvelles. Ou peut-être n’aurait-il pas été ce monstre sacré s’il avait eu le temps de vieillir, de sortir des albums moins bons, peut-être même, qui sait, de raconter sa vie privée aux magazines dans l’espoir de faire reparler de lui et de sortir de la misère.

Qui seront les monstres sacrés de ma génération? Dans trente ans, lesquels des chanteurs francophones d’aujourd’hui seront entrés dans la légende? Jean Leloup? Les Colocs? Céline Dion? Mon petit doigt me dit que ce ne sera pas Marie Mai.

Le temps élastique

Je repensais hier soir à la maison de Sainte-Foy où j’ai grandi, celle où j’ai l’impression d’avoir passé mon enfance. En fait, quand j’y réfléchis, j’y ai passé seulement 7 ans, de 9 à 16 ans. Mais ce furent mes années formatrices. Je me souviens de la maison où on a vécu de 2 à 9 ans, mais pas aussi bien. J’y ai eu des amis, mais qui n’ont jamais été aussi importants pour moi que peuvent l’être les amis de l’adolescence. Et mes souvenirs de cette époque baignent dans le flou.

La maison de Sainte-Foy, par contre, je peux encore me l’imaginer dans ses moindres détails. Chaque petit coin est associé à une ou plusieurs anecdotes. La table de la salle à manger, où je faisais mes casse-tête et où ma mère pliait le linge propre. Le salon où on fêtait Noël, où on avait écouté la toute première chanson composée par mon frère, où j’écoutais des disques, où je faisais des jeux de patience sur la table à café. L’entrée, où mon amie s’était cassé quelque chose en tombant un jour où elle faisait la course avec une autre amie pour arriver à la toilette en premier. La chambre de mon frère, où je l’ai regardé jouer à l’ordinateur (et où j’ai fini par aboutir des années plus tard). Ma chambre, avec son lit à deux étages, où ma mère venait parfois se glisser quand elle rentrait tard et qu’elle ne voulait pas réveiller mon père insomniaque. La chambre de mes parents, où j’allais parfois m’étendre pendant que ma mère lisait dans son lit le soir, et où je m’assoyais devant sa coiffeuse pour regarder ses bijoux. Le bureau/chambre d’amis, dont j’oubliais toujours d’éteindre la lumière après avoir parlé au téléphone.

Dans le sous-sol, il y avait la salle de séjour où j’ai fait des chorégraphies et regardé des heures et des heures de télé (dont RBO et beaucoup de baseball et de hockey). La chambre de ma soeur, où je couchais parfois quand elle n’était pas là pour pouvoir être avec les chats; j’ai tellement souvent sauté sur son lit! Pendant les Jeux olympiques, j’imaginais être une gymnaste étoile et j’y faisais des pirouettes. La salle d’ordinateur/salle de jeux, où mon frère et moi avons beaucoup, beaucoup joué aux légos, puis où je l’ai regardé jouer à l’ordinateur sans parler, de peur de me faire renvoyer. C’est là, aussi, qu’on avait brisé une lampe en sautant sur un lit et qu’on avait menti à nos parents sur les circonstances de l’incident. L’atelier, où se trouvait la litière des chats que je devais vider, et où j’ai souvent aiguisé mes patins de vitesse avec ma mère. La salle de lavage, où se trouvait le garde-robe où ma mère cachait mes jouets quand elle trouvait que j’avais trop vieilli pour continuer de m’en servir. Quand j’y avais découvert mon service à thé je lui en avais vraiment voulu (l’espace d’un instant).

Et puis dehors il y avait le foyer où je brûlais mes livres d’école le 24 juin, la table où on faisait des pique-nique et que j’ai peinturée (mal) un été, les bancs de neige où j’ai passé tant d’heures à jouer toute seule, et le cabanon où se cachait mon vélo, mon cheval, ma liberté.

Quand je repense à tout ça, j’ai du mal à croire que ça s’est passé en seulement 7 ans. J’habite à la Coop depuis 7 ans, et ça a passé en un claquement de doigts. 7 ans, ce n’est rien. C’est un soupir dans une vie. Mon fils a déjà presque 5 ans.

Je sais depuis longtemps à quel point le temps est élastique, à quel point il passe lentement quand on est jeune et accélère à l’âge adulte. Mais cette réalisation d’hier, le fait que j’ai passé autant de temps à la Coop que dans ma maison de Sainte-Foy, ça m’a frappée. Bien sûr, j’ai une foule de souvenirs de la Coop. C’est là que mes enfants sont nés, c’est là qu’on a eu un chien, quoi que brièvement. J’y ai accueilli ma mère à la naissance de mes enfants. Mais mes souvenirs de mon appartement ne se comparent en rien à ceux que j’ai gardés de la maison de mon enfance.

Bien sûr, je passais bien plus de temps à la maison quand j’étais enfant que maintenant, en tant qu’adulte qui travaille. Mes plus beaux souvenirs d’ici se sont passés ailleurs, sur des sentiers de randonnée, en vacances sur le bord de la mer. Mais quand même. Ça fait vraiment autant de temps?

Et dans 7 ans? Quels souvenirs est-ce que j’aurai de notre nouvel appartement?

La cassette de chansons

Quand Papa n’est pas là, je fais la vaisselle sur trame sonore de nostalgie: je vais sur Youtube et je fais jouer des chansons francophones, de préférences issues de mon enfance. Parfois, de suggestion en suggestion, je redécouvre des chansons que je n’ai pas entendues depuis des années. Souvent, je comprends pour la première fois des mots que j’ai entendus tant de fois, mais trop jeune pour en saisir le message (Qu’y a-t-il après d’Yves Duteil, par exemple). Ce soir, j’écoutais Nicolas Peyrac. Ma mère avait une cassette de lui que j’écoutais dans le sous-sol de notre maison de Duberger, Je pars, So far away from LA, Il y avait des arbres… Je ne l’avais jamais réentendu avant l’ère d’Internet. Et puis je suis tombée sur une chanson dont le titre ne me disait rien: Sébastien. Mais en l’écoutant, c’est une foule d’autres souvenirs qui me sont revenus.

Ma tante, pour mon anniversaire je crois, m’avait fait une cassette de chansons qu’elle pensait que j’aimerais. Puis elle avait écrit toutes les paroles des chansons à la main, de sa plus belle écriture, sans liquide correcteur, dans un duo-tang vert que j’ai encore, je crois, dans ma boîte à souvenirs. Ça avait dû lui prendre un temps fou! Je me souvenais de certaines de ces chansons, dont de nombreuses de Gérard Lenorman, quelques-unes d’Yves Duteil, de Michel Rivard (Le lion est lousse, Mauvaise mine). Mais les chansons de Nicolas Peyrac m’ont surprise. Sébastien, mais aussi Le boulevard où tu m’attends et Comment t’appelles-tu.

Mais surtout Sébastien. Parce que je n’ai pas dû écouter cette chanson depuis une éternité… probablement 15 ou 20 ans. Et pourtant j’aurais pu en chanter des grands bouts avec Nicolas. Combien de fois il a fallu que j’écoute cette cassette pour connaître la chanson à ce point? C’est comme la chanson Michèle de Gérard Lenorman, qui était sur cette même cassette: j’y ai repensé un jour en cherchant de nouvelles chansons à chanter à Cocotte quand elle était un nouveau-né qu’il fallait promener pendant des heures pour l’endormir. Et les mots me sont revenus. Tous. Lentement, il a fallu que j’y pense longtemps, au fil des pleurs de mon bébé. Mais je n’ai même pas eu besoin de l’Internet. J’ai tout retrouvé au fond de ma mémoire.

Parfois, quand je me promenais sur le bord de l’eau en chantant des chansons pour mon bébé dans sa poussette, j’imaginais que Gérard Lenorman, ou Michel Rivard, peu importe, j’imaginais que le chanteur dont je chantais les chansons passe par hasard au même moment, en vacances à Vancouver, et qu’il m’entende. Il me semble que ça lui aurait fait plaisir de savoir que quelqu’un, dans ce coin reculé et anglophone du Canada, quelqu’un chante encore ses chansons et essaye de les transmettre à une nouvelle génération.

Merci Tantine, je parie que quand tu m’as fait ce cadeau tu ne te doutais pas que je chanterais ces chansons à mes enfants quoi, au moins 25 ans plus tard (je ne me souviens plus quel âge j’avais exactement, mais c’était sur des Franciscains, quelqu’un pourra peut-être m’aider à mettre une date sur mes souvenirs). Comme ils disent en anglais, “it’s the gift that keeps on giving”. L’amour de la musique. Tu n’as pas été la seule à me le transmettre, mais tu y as contribué, c’est certain! Merci encore…