Les craques du trottoir

Je me promenais avec mes enfants, l’autre jour, quand Ti-Loup m’explique tout à coup qu’il essaye de ne pas piler sur les craques du trottoir.

Flashback. Je me revois toute petite (je ne sais pas quel âge j’avais, mais moins de neuf ans puisque c’était avant notre déménagement), le dimanche matin, en route vers la messe à laquelle ma mère m’amenait chaque semaine. L’église n’était pas très loin (peut-être 500 m), et on marchait toujours, la main dans la main. Ma mère me chicanait souvent parce que je me traînais les pieds ou que je sautillais (je m’excuse maman, maintenant je sais à quel point c’est désagréable quand un enfant sautille en nous tenant par la main, mais à l’époque je ne comprenais pas). Mais je n’avais pas le choix de sautiller, ou de raccourcir mes pas au point d’en trébucher. Je ne pouvais pas piler sur les craques du trottoir! Je ne me souviens pas si je l’ai déjà raconté à ma mère, mais j’imaginais que les craques étaient des serpents qui dormaient, mais que si je pilais dessus, ils allaient se réveiller et me mordre.

J’étais toute heureuse de raconter mon histoire à mon fils, un petit moment de complicité où je lui racontais mes frasques d’enfant et je lui ouvrais la porte de mon imagination. Comme toujours, il avait plein de questions.
- And Grand-Maman Marie didn’t like it?
- Non, c’est vraiment tannant quand tu tiens un enfant pas la main et qu’il fait des niaiseries, ça fait mal au bras (on essaie de passer le message en même temps).
- Were there snakes for real?
- Qu’est-ce que tu en penses?
- No, you’re just joking!

Quelques jours plus tard, lors d’une sortie en famille, il a lancé à son père:
- Papa, Maman thinks that there’s snakes on the sidewalk.

L’art d’expliquer quelque chose tout croche à quelqu’un qui ne possède pas toute l’information pour comprendre une conversation! Papa m’a regardé d’un drôle d’air, mais je lui ai expliqué l’histoire avant qu’il me fasse enfermer.

Et ce matin, en me rendant au travail, je me suis surprise à rallonger ou raccourcir mes pas pour éviter les craques du trottoir.

Rassurez-vous, je suis toujours capable de faire l’adulte et de marcher d’un pas égal quand il le faut. Mais c’est beaucoup moins amusant!

Les petits moments de bonheur

Je lisais récemment un article qui parlait de la difficulté de profiter du moment quand on est parent. L’auteure expliquait queles parents se font tout le temps dire d’en profiter parce que ça passe tellement vite, mais quand on est dedans, ça demande tellement d’énergie et c’est tellement difficile d’élever des enfants (surtout plusieurs en même temps) que c’est parfois dur de voir le positif. Elle terminait en disant que sans s’en vouloir de ne pas trouver chaque moment avec nos enfants merveilleux, il faut tenter de remarquer les petits moments de bonheur qui se produisent au fil du quotidien et en profiter puisque ce sont eux qui créent les beaux souvenirs.

Je suis plutôt d’accord. C’est vrai qu’au quotidien, j’ai tendance à avoir hâte d’aller coucher les enfants. Mais c’est vrai aussi qu’il y a de ces instants de magie qui vous aident à vous rappeller pourquoi vous avez décidé d’en avoir. Et je ne parle pas des moments mémorables comme le premier rire ou les premiers pas. Je parle des moments du quotidien durant lesquels on oublie les mauvais comportements des enfants, on oublie le “travail” que leur éducation représente pour juste s’amuser avec eux. Quand je vois la joie pure dans les yeux de Cocotte qui aperçoit un chat. Quand j’entends les enfants rire ensemble. Quand ma petite locomotive s’arrête une minute et s’abandonne dans mes bras pour un beau câlin qu’elle n’est pas pressée de finir.

L’autre soir, à l’heure du dodo, Ti-Loup a demandé à Papa “On peut jouer au jeu où je protège Cocotte et tu me jettes sur le lit?” Le jeu fonctionne comme ceci: Ti-Loup convainc (de peine et de misère) sa petite soeur d’aller se cacher de l’autre côté de notre lit, dans notre chambre. Pour se rendre jusqu’à elle, il faut faire le tour du lit. Papa prétend être un gros montre qui s’en vient manger Cocotte. Ti-Loup lui défend de passer, en jeune homme chevaleresque qui défend sa soeur. Papa le saist à bras le corps et le projette sur notre lit. Puis il fait aussi monter Cocotte sur le lit et s’ensuit cinq minutes de chatouilles, de cachettes sous les draps et de rires garantis.

J’ai eu le bonheur d’assister à ce rituel, qui était auparavant réservé à la sieste. Et entendre le fou rire de Ti-Loup m’a donné un de ces moments de bonheur qu’on voudrait mettre en bouteille pour pouvoir les ressortir à l’adolescence quand rien n’ira plus.

Mon fils est parfait!

Mais non, mais non, ne vous en faites pas. Ti-Loup a plein de beaux défauts qui le rendent tout à fait normal et encore plus attachant. Mais après ma première rencontre parent-maître avec ses éducatrices de la prématernelle, je ne peux m’empêcher d’être rassurée. Mon fils n’a absolument aucune difficulé et est fin prêt pour la maternelle.

Les éducatrices ont mentionné qu’il interagit bien avec les autres élèves et avec elles, est autonome, écoute bien, se concentre bien sur ses travaux, aime apprendre, pose plein de questions et semble vraiment écouter les réponses et y réfléchir. Il n’est pas trop distrait, il ne fait pas trop le clown (il aime faire rire les autres élèves, mais il ne pousse pas trop loin parce qu’il veut respecter les règlements), son bégaiement semble avoir diminué et n’est en tout cas pas du tout un handicap en classe, bref, tout va bien.

Il y a bien sûr des points à améliorer; par exemple il ne connaît pas encore toutes les lettres, mais elles ne s’inquiètent pas du tout pour lui à la maternelle. Je préfère d’ailleurs que tout aille bien sur le plan du comportement et de la maturité, je ne suis pas une experte, mais j’ai l’impression que c’est beaucoup plus dur à travailler que les apprentissages proprement dits. Autre chose à travailler qui m’inquiète un peu plus: il veut être parfait (!!!) et quand il ne réussit pas quelque chose, ça le frustre. Par exemple, quand les éducatrices font la démonstration d’un bricolage, il tente de faire exactement comme elles plutôt que de faire preuve d’imagination, et il se fâche parce qu’il n’y arrive pas. C’est un peu effrayant de constater à quel point il me ressemble là-dessus… J’étais très bonne dans les matières plus cérébrales, mais en art, j’étais pourrie et surtout, je n’avais jamais d’idées. Pourtant, dans d’autes contextes, je débordais d’imagination.

Ti-Loup aussi… mais il est très bon dans les sports, ce qui le démarque quand même passablement de moi. Et je ne m’en plaindrai pas! Bref, mon fils semble être un petit garçon très équilibré qui s’adapte bien à un environnement plus scolaire. Yé! Je sais qu’il a encore bien le temps de développer des troubles d’apprentissage ou une haine profonde de l’école, mais on va profiter des bonnes nouvelles pendant qu’elles passent.

Gary Carter…

Quand j’ai lu que Gary Carter était décédé, ça m’a fait tout drôle. Comme si c’était quelqu’un d’important dans ma vie. Comme si je l’avais connu. Pourtant, j’avais seulement sept ans quand il a quitté les Expos pour les Mets. Mais malgré tout, il a marqué mon enfance.

J’ai énormément de souvenirs associés au baseball. Mon grand-père avait des billets de saison pour les Expos et il nous amenait parfois au stade. Ma mère adorait aussi le baseball. Elle regardait les parties à la télé et moi je jouais près d’elle, je me chicanais avec mon frère, on finissait pas l’exaspérer, mais le baseball était toujours là, en toile de fond. Pour moi, Pâques, c’était regarder le match d’ouverture des Expos en mangeant du chocolat.

Et Gary Carter, si je me souviens bien, c’était un des joueurs préférés de ma mère qui, elle aussi, a parfois été receveur (receveuse?) avec son équipe de balle molle.. Quand on faisait semblant d’être des joueurs de baseball, on était Gary Carter.

Il est mort à 57 ans à peine, d’un cancer du cerveau diagnostiqué il y a moins d’un an. Ça me rappelle, bien sûr, la fille de mon amie qui est morte en décembre. Au moins, Gary Carter aura vécu une vie bien remplie, même s’il aurait pu avoir encore 30 autres annnées devant lui…

 

Ma grande fille…

Même si elle se désigne encore sous le nom de “Bébé”, Cocotte est rendue une grande fille. Ce matin, elle m’a même laissée, pour la première fois, lui faire une queue de cheval sur le dessus de la tête pour ne pas qu’elle ait le toupet dans les yeux. Elle est pas mal mignonne (désolée, pas de photo pour l’instant). Elle continue d’améliorer son vocabulaire et exprime des idées de plus en plus complexes et abstraites. Sa nouvelle passion est le dessin; elle dit “daw!” pour qu’on lui donne du papier et des crayons, ou des craies dehors.

Et elle grandit physiquement aussi. Quand elle avait environ neuf mois, j’étais allée acheter des sandales pour Ti-Loup. Comme les souliers de bébé étaient en vente et que Cocotte se tenait debout et semblait décidée à marcher bientôt, je lui en avait acheté une paire, de taille 4 selon la recommandation de la vendeuse. Quand elle a vraiment commencé à marcher, à 11 mois et demi, on a dû se rendre à l’évidence : les souliers étaient beaucoup trop grands pour elle. On lui avait donc acheté des 3 (pour donner un élément de comparaison à mes lecteurs, les premiers souliers de Ti-Loup, à 11 mois, étaient des 5). Comme il est difficile de trouver des souliers de cette taille minuscule, on n’avait pas eu de choix et c’étaient des souliers marine (“de gars”). Mais on s’en foutait puisqu’ils lui allaient parfaitement.

Finalement, à plus de 17 mois, Cocotte est rendue trop grande pour ses souliers de taille 3 et porte fièrement ceux de taille 4 achetés il y a presque un an. Et il sont tellement mignons! Ce sont des souliers ouverts, très féminins. C’est Ti-Loup qui les avait choisis au magasin entre deux paires.

 

Et Cocotte est tellement “fifille” que Papa et moi avons un peu peur de l’avenir (lui qui n’aime pas le rose et moi qui ne me suis pas maquillée depuis… mon mariage). L’autre jour, j’ai trouvé des bottes de pluie qui sont à peine trop grandes pour elle (personne ne fait des bottes de taille plus petite que 5 parce que personne n’est supposé marcher quand ils sont plus petits que ça). Ce sont des 5, mais elles sont faites petites. Je n’ai pas choisi la couleur : elles sont roses avec des dessins pastels. Eh bien, Cocotte adore les mettre et se promener avec dans la maison. En plus, si elle voit un chandail traîner, même si c’est à Ti-Loup, elle va essayer de le mettre (parfois les jambes dans les manches, mais peu importe). Elle est vraiment comique.

Sinon, après une tournée générale de gastro la semaine dernière (enfin, pas une grosse gastro, juste un petit virus qui a fait vomir Ti-Loup pendant 24 heures et Cocotte une fois, et a rendu Papa et moi nauséeux), tout le monde est rétabli et la vie est belle.

Papier mâché

Pendant que j’allais magasiner pour trouver des souliers à Cocotte (à qui j’ai plutôt trouvé des bottes de pluie à peine trop grandes… mais il ne s’en fait pas des plus petites, que voulez-vous, elle est trop petite pour savoir marcher, surtout depuis 6 mois), Papa s’est attaqué au ménage de notre chambre pour essayer de trouver la cause de nos bibittes. J’avais peur. Allait-il trouver de la nourriture oubliée dans le fond d’une boîte? Une dizaine de boîtes de livres rongés jusqu’à la moëlle? Un trou menant au garde-manger de la voisine? C’aurait été trop prévisible.

Non, ce que Papa a trouvé au fond de notre garde-robe, c’est la lune en papier mâché que sa soeur a bricolé pour Ti-Loup il y a deux an pour Noël. La tante de mon fils est une artiste. Ce n’était pas un simple petit bricolage. Elle a sûrement passé des heures et des heures à travailler à ce bijou, qui comportait une multitude de cratères, était peint et pouvait être attaché par une ficelle. Le problème, c’est qu’on ne l’avait jamais attachée. Et après le déménagement, elle s’est retrouvée “temporairement” dans le fond du garde-robe. Depuis presque un an.

Mais vous savez avec quoi c’est fait du papier mâché? Du papier… et de la farine. Deux matières végétales. Les bibittes avaient donc creusé une multitude de petits trous sur la surface de la lune et en tombaient quand on secouait le tout. De toute beauté! Je suis bien contente d’avoir manqué ça. Mon rôle s’est limité à aller jeter le sac de poubelle (bien fermé) dans lequel avait échoué la lune.

C’est vraiment dommage d’avoir dû jeter cette oeuvre d’art… et la réplique de Saturne (avec un anneau) faite du même matériau qui ne semblait pas nécessairement atteinte, mais on ne voulait prendre aucune chance. Mais on le saura pour la prochaine fois: le papier mâché, accroché au plafond, ça passe peut-être, mais dans le fond d’un garde-robe, ça attire les bibittes!

Maintenant que le nid est parti, on verra combien de temps ça va prendre pour se débarrasser de toutes les petites bibittes qui demeurent.

L’école et les parents

J’ai visité mardi soir l’école Rose-des-Vents, où Ti-Loup va aller l’an prochain. J’ai été agréablement impressionnée par le personnel, les élèves qui nous ont fait faire une visite guidée de l’école, et à peu près tout le reste. Certaines classes ont des tableaux interactifs, les élèves ont des cours d’informatique dès la maternelle et chaque élève a son Macbook dès la 4e année (ils n’ont pas dit si ça restait à l’école, j’imagine, mais ce n’était pas clair). Grâce à un projet pilote, deux classes ont des iPad cette année. Les élèves ont accès au gymnase flambant neuf et à la salle de théâtre de l’école secondaire attenante. En plus de l’éducation physique, il y a une session de nataion et une de tennis chaque année. Je n’ai pas de doute que mon fils va y être bien.

Il y a, bien sûr, de petits bémols. D’abord, la bibliothèque, minuscule à mon avis, surtout quand on considère qu’il est difficile de trouver des ressources en français dans la communauté. Et puis le français des élèves est tel que je m’y attendais, assez moyen (et ils se parlent anglais entre eux quand les adultes ne les écoutent pas). L’école est assez vieille et dans une des classes ça sentait vraiment le renfermé. Mais au total, je suis plutôt satisfaite. La directrice me semblait sympathique et, surtout, intelligente et facile d’approche, la secrétaire aussi. On n’a pas rencontré les profs en raison de moyens de pression (ils ne participent à aucune activité en dehors des heures de cours), mais je suis sûre que comme partout, il va y en avoir des bons et des moins bons.

J’ai été moins impressionnée par les parents. Hereusement, certains vont sans doute décider de ne pas envoyer leurs enfants à cette école. Mais je trouve que plusieurs semblent surprotéger leurs enfants à outrance. On a demandé à la directrice si tous les enseignants avaient suivi des cours de premiers soins (est-ce que tous les parents ont suivi des cours de premiers soins? Pas moi!). On lui a demandé si les éleves de maternelle sont accompagnés jusqu’au service de garde ou si (horreur!) ils s’y rendent seuls. C’est dans la même bâtisse, ils n’ont pas à sortir! C’est sûr qu’au début on les accompagne le temps qu’ils sachent bien comment s’y rendre, mais après, il ne faut pas exagérer! On a aussi demandé, avec un air dégoûté, si les petits étaient mêlés aux grands dans l’école, dans les corridors, à la récréation. Comme s’ils allaient se flétrir au contact d’élèves de 12 ans. Comme s’ils n’allaient pas entendre de gros mots ailleurs dans la communauté (enfin, s’ils sont gardés dans la ouate, peut-être que non). On a aussi demandé si les élèves avaient des “vrais” casiers ou s’ils devaient vraiment mettre leur manteau sur un crochet dans le corridor. Comme moi et des millions d’autres élèves du primaire l’on toujours fait. Ils ont peur de quoi, que leur enfant se fasse voler son manteau de vison?

Il y a aussi, apparemment, des parents qui s’inquiètent encore de la qualité de l’anglais de leurs enfants s’ils vont à l’école française. Je me demande dans quel monde ils vivent. Les enfants ont des cours d’anglais 4 fois par semaine à partir de la quatrième année. Ils suivent le programme d’anglais langue maternelle que suivent tous les autres élèves de la Colombie-Britannique. Et ils vivent dans un milieu anglophone! Je n’ai absolument aucune inquiétude, et d’ailleurs la directrice non plus: apparemment les élèves de l’école ont une moyenne de 10 % supérieur à la moyenne provinciale aux examens d’anglais. C’est pourtant une école publique qui accepte tout le monde.

J’ai aussi appris que l’école secondaire offre le bacc international en 11e et 12e années, que des enfants de 5e et 6e année vont chercher les petits de maternelle à l’autobus scolaire pour les accompagner jusqu’à leur classe, et qu’une nouvelle école va être construite beaucoup plus près de chez nous d’ici quelques années. Cocotte risque donc de ne jamais fréquenter cette école, qui est surpeuplée. En 2001, quand elle a ouvert, il y avait 60 élèves dans trois classes. Aujourd’hui, il y en a 360 dans 15 classes, dont trois de maternelles et quelques classes à deux niveaux.

Je savais déjà que j’allais envoyer mes enfants à l’école francophone, mais si j’avais eu des doutes, je crois que ma visite les aurait éliminés. J’ai autant (sinon plus) confiance en la capacité de cette école qu’en celle de l’école de mon quartier. Il reste à Ti-Loup à survivre à la demi-heure d’autobus scolaire deux fois par jour… mais il ne sera pas le premier!

Le bisou

Je veux vous raconter cette histoire depuis six mois. Mais je voulais y mettre la photo. Et pour mettre la photo, je devais avoir la permission de ceux qui sont dessus. Et je ne savais pas comment demander à mon amie si je pouvais mettre une photo de sa fille mourante sur mon blogue… Depuis le début, quand je parlais de l’amie de Ti-Loup qui était malade, j’ai tenté d’éviter tout ce qui pourrait aider à l’identifier et j’ai donc laissé croire que c’était un garçon, mais c’était une petite fille. Je peux bien le mentionner maintenant puisque sa mère m’a donné la permission de vous montrer sa photo.

Quand on l’a fêtée au mois d’août, seulement deux semaines après son diagnostic, elle était encore en pleine forme. Ce fut la fête du siècle. Elle avait demandé une surprise pour son anniversaire, et quand elle est arrivée, tous ses amis étaient là, dans une grande salle remplie de ballons, avec une fée qui faisait des maquillages, un clown qui faisait des animaux en ballons, un château gonflable, une machine à popcorn et une machine à barbapapa. Il y avait toute sa famille, aussi, même ceux qui habitent loin. Sur le coup, elle est restée figée. Elle ne pleurait pas, mais elle était sous le choc, elle ne savait pas trop comment réagir. Elle est restée sur le bord de la porte, accrochée à sa mère, qui s’est penchée pour la prendre dans ses bras et lui chuchoter des mots rassurants à l’oreille.

J’ai tourné la tête un moment, probablement distraite par Cocotte, et j’ai entendu tout à coup des murmures de gens qui disaient “Oh, il l’a embrassée, c’est tellement mignon!”. J’ai tout de suite pensé à Ti-Loup, c’est tellement son genre. Et quand j’ai levé la tête, j’avais manqué l’instant. Mais quelqu’un l’avait pris en photo. Voyant son amie figée par la surprise, mon fils avait pris les choses en mains et s’était approché d’elle pour lui faire un gros bisou sur la joue. Ce qui a entraîné tous les autres enfants à faire pareil, et c’est comme ça que la fête a commencé. La glace était brisée, la fêtée riait, la crise était évitée.

C’est un de mes plus beaux souvenirs de ma petite voisine. C’est aussi un des moments où, jusqu’à maintenant, j’ai été la plus fière de mon fils. Fière de l’empathie dont il a fait preuve en trouvant de lui-même une solution pour que son amie se sente mieux.

Et voici la photo. Une de mes préférées.

Ti-Loup fait la bise à son amie

 

Profiter du présent, craindre l’avenir

Juste avant de partir en congé de maternité, une jeune collègue avec laquelle je m’entendais très bien a quitté le bureau où je travaille. À mon retour, j’ai été agréablement surprise de constater qu’on avait engagé, pour la remplacer, une autre jeune femme avec laquelle je m’entends très bien. Nous sommes appelées à travailler en étroite collaboration en ce moment, et c’est un vrai cadeau. C’est une personne d’abord facile, toujours de bonne humeur et, ce qui ne gâche rien à l’affaire, elle est brillante et travaille extrêmement bien.

Le hic, c’est qu’elle n’a aucune attache ici. Elle est déménagée à Vancouver il y a plus d’un an maintenant dans le seul but de gagner de l’expérience à sa sortie de l’université. Au départ, elle s’est liée d’amitié avec certaines personnes, mais a été déçue plus d’une fois et se retrouve maintenant très seule. Et tout porte à croire qu’à moins de changements drastiques d’ici la fin de sa probation, elle va finir par demander un transfert à Ottawa, où se trouvent tous ses amis et où elle sera aussi beaucoup plus proche de sa famille.

C’est l’histoire de ma vie depuis que j’habite ici. Juste au bureau, dans les dix dernières années, je pourrais vous nommer cinq collègues dont j’ai commencé à me rapprocher, à des degrés divers, avant qu’elles s’en aillent éventuellement pour de bon. J’ai fini par me faire une bonne amie parmi mes voisines, et un couple d’amis qui avait déménagé à Calgary a fini par revenir à Vancouver, tout comme un autre couple d’amis qu’on avait perdu de vue pour quelque temps. Je ne suis donc pas seule au monde, loin de là. Sauf que…

Sauf qu’au bureau, la majorité de mes collègues sont très solitaires. Sauf que la jeune femme en question apporte beaucoup de vie et améliore énormément l’atmosphère au travail. Sauf que la situation financière, au gouvernement en général et dans mon organisme en particulier, étant ce qu’elle est, on a décrété un gel de l’embauche pour les cinq prochaines années. Je sais donc que si ma collègue s’en va, non seulement je vais perdre une amie, mais en plus je vais m’emmerder au bureau pendant plusieurs années avec à peu près personne à qui parler. À preuve: elle est en vacances en ce moment et on dirait que la moitié de mes collègues sont absents tellement la différence est flagrante.

Je me trouve une fois de plus devant un choix: je peux éviter de trop me rapprocher d’elle pour ne pas que ça fasse aussi mal quand elle va partir, ce que je considère comme pratiquement inévitable au rythme où vont les choses, ou je peux en profiter à plein, l’inviter à faire des activités avec nous et rendre par la présente son séjour plus agréable, mais risquer d’avoir encore plus de peine au bout du compte. J’aurai beau l’intégrer à fond dans ma vie, je sais très bien que ce n’est pas moi qui vais la retenir ici. La seule façon serait sans doute qu’elle tombe en amour, mais malheureusement, je n’ai pas dans mes connaissances de jeune homme de 25 ans célibataire qui cherche l’âme soeur à Vancouver.

Alors pour l’instant j’essaie de ne pas penser au dénoument sans doute inévitable. Mais j’en ai vraiment marre de perdre une amie tous les deux ans!

Mon petit perroquet – et autres histoires de la fin de semaine

Ma fille est dans une phase de développement intensif du langage. En plus de tous les mots qu’elle dit spontanément, elle s’est mise à répéter, pas systématiquement, mais très souvent, ce qu’on dit. Ce matin, par exemple, je lui montrais des photos prises hier à la fête d’amis de Ti-Loup. Elle connaît la plupart des enfants puisqu’elle va avec Papa reconduire son frère à la prématernelle trois fois par semaine. Elle joue avec les “grands” avant et après la “classe”. Alors que je nommais les enfants qui apparaissaient sur les photos, elle s’est mise à répéter chacun d’entre eux. C’était vraiment mignon.

Son développement social est lui aussi fascinant. Durant la fête, il y avait deux autres petites filles de son âge. Une d’entre elles parlait beaucoup plus que Cocotte. J’ai du mal à évaluer précisément parce qu’elle parlait espagnol, mais elle semblait faire des phrases d’au moins trois mots de suite, ce qui, a 18 mois, est assez impressionnant (et donne un autre exemple du fait que l’exposition à deux langues ne ralentit en rien le développement du langage). Mais quand est venu le temps de s’asseoir en cercle pour jouer au cadeau musical (où un cadeau est emballé de plusieurs couches et quand la musique s’arrête, l’enfant qui a le cadeau peut en enlever une couche avant de continuer à passer le cadeau), ma fille est la seule des trois petites qui est restée assise jusqu’à la fin. Elle ne comprenait pas trop et je devais l’aider à passer le cadeau à son voisin, mais elle voulait jouer avec les grands.

J’ai aussi eu beaucoup de plaisir à voir aller mon fils. Il semble en voie de devenir le bouffon de la classe. Durant le dîner, il était assis avec ses amis et les parents les ont laissés manger sans vraiment intervenir. Ti-Loup était celui qui faisait des niaiseries et tentait de faire rire les autres. Un peu épeurant étant donné qu’il est facilement distrait de ses tâches et que ça risque d’empirer les choses en classe, mais d’un autre côté, il a de l’humour et est apprécié de ses camarades, ce qui est certainement positif! Il a beaucoup d’indépendance, et en comparaison des deux autres garçons qui étaient à la fête, il est nettement en avance sur le plan des interactions sociales. Je comprends mieux, à le voir, pourquoi il se lie facilement d’amitié avec les filles, nettement plus matures (du moins dans son cercle social, je ne veux pas faire de généralisation abusive), ou avec des garçons plus vieux. Vraiment, il avait l’air d’avoir un an de plus que les deux autres garçons.

Autre moment fort de la journée: l’enfant autiste de la classe de Ti-Loup avait été invité. C’est un petit garçon attachant et de toute évidence, les éducatrices font un travail admirable pour l’intégrer puisque tous ses compagnons semblent l’aimer. Il commence à peine à parler malgré ses quatre ans, et il a toujours du mal à interagir, mais il y a eu de beaux moments où il semblait vraiment participer à l’atmosphère de la fête et jouer avec les autres enfants. Je trouve ça vraiment génial que son intégration se fasse aussi bien, et pour lui, et pour les autres enfants qui apprennent de belles leçons de cette façon.

Ce fut donc une fin de semaine très réussie et agréable. Samedi on a fait de la raquette en montagne avec des amis et les enfants ont adoré (Cocotte a dormi dans le sac à dos pendant au moins une heure et Ti-Loup a eu beaucoup de plaisir même si au retour il a eu une crise de “Mes jambes sont trop fatiguées et j’ai trop mal pour continuer” qui s’est terminée dès qu’il a pu jouer dans la neige au lieu de marcher). Il a fait un beau gros soleil et ça a dû monter à près de 10 degrés au milieu de la journée, ça nous a vraiment remis d’aplomb de profiter comme ça du beau temps. Et dimanche, cours de natation suivi de la fête. À la piscine, l’instructeur de Ti-Loup n’était pas là et ça a quand même été très bien avec le remplaçant. Et à la fête il n’y a eu aucune crise, aucuns pleurs (à part la fêtée, mais ça semble être dans sa nature).

Il reste les bibittes, on n’a pas encore eu le temps de leur faire la chasse… quoi que nous avons de plus en plus de doutes sur leur provenance puisqu’ils semblent se concentrer autour du garde-robe qui donne sur le garde-manger des voisins. Il faudrait quand même qu’on vérifier le contenu dudit garde-robe. Mais chaque chose en son temps!