Déblocage

Hier soir, ma fille me demandait “Maman, veux encore poulet”. Ce matin, elle s’exclamais “Maman prend la douche”. Et ce n’est que la pointe de l’iceberg. Cocotte parle de plus en plus et le français est très présent dans son vocabulaire, mais surtout, elle fait des phrases complètes en français alors que jusqu’à tout récemment, Ti-Loup se limitait à des mots français de temps en temps.

Lui aussi s’améliore énormément, d’ailleurs. Il avait déjà commencé à me parler en français et son voyage au Québec a renforcé ses acquis. C’est toujours laborieux et moins naturel, il me dit de plus en plus fréquemment des phrases en français, et à son père aussi, et ses phrases sont de plus en plus complexes. L’autre jour je l’ai même entendu parler français à sa soeur.

La partie est loin d’être gagnée, mais ça avance!

SPV

Mon fils souffre du SPV, vous connaissez? C’est le syndrome post-vacances.

Les symptômes : un comportement inadéquat et dérangeant, des crises de larmes mal à propos, des avertissements de la part des éducatrices à la prématernelle.

Les causes? La grande fatigue du voyage, le relâchement de la discipline parentale durant le voyage et l’impression d’avoir tous les droits causée par la fréquentation, pendant deux semaines, de gens qui l’aiment beaucoup et qui ne le voient qu’une fois par année, et le laissent donc aller un peu plus loin, être un peu plus tannant, et en faire un peu plus que ce qu’ils supporteraient s’ils le voyaient régulièrement, en plus de lui offrir des cadeaux et de lui répéter à tout bout de champ combien il est beau et gentil.

Comprenez bien, je n’en veux pas à mes amis et à ma famille qui ont gâté-pourri mon fils. Premièrement, j’ai une bonne part de blâme (voir les deux premières causes), et puis je suis très contente qu’ils gâtent mon fils une fois par année. Je ne voudrais pas leur enlever cette chance ou les empêcher de lui faire des cadeaux.

Sauf que maintenant on paie pour. Vendredi à la prématernelle Ti-Loup s’est fait avertir trois fois, assez pour que les éducatrices en parlent à Papa après la classe. C’était la première fois en deux ans qu’ils nous parlaient comme ça. Apparemment, il traitait les enfants de toutes sortes de noms. En fin de semaine il a poussé Cocotte plusieurs fois et fait toutes sortes d’autres niaiseries.

Ça va lui passer. Mais comme Papa et moi souffrons aussi du SPV (chez les adultes, les symptômes sont surtout la fatigue intense et l’impatience qui l’accompagne), ça nous met à l’épreuve. Vivement le retour à la normale!

Conversation du matin

Moi à Ti-Loup :
- Tu dois avoir hâte de voir tes amis à la prématernelle aujourd’hui, après tout ce temps.

Ti-Loup :
- J’aimerais mieux être à Montréal avec mon cousin.

Je savais que la crise de larmes à l’aéroport avait été empirée par l’état de fatigue extrême de Ti-Loup, mais je confirme, maintenant qu’il est reposé, qu’il avait vraiment beaucoup de peine de partir. Je n’en avais aucun doute. Tout le monde a été tellement gentil avec lui, en particulier son “cousin” (en fait le fils de ma cousine). Évidemment, si on habitait au Québec ce serait différent, le cousin finirait par se tanner d’avoir une petite ombre qui le suit partout. Là, tout le monde est aux petits soins pour nous vu qu’ils ne nous voient pas souvent, on est en vacances toute la famille ensemble et on fait plein d’activités spéciales.

Comme pour moi, les vacances là-bas font prendre conscience à Ti-Loup de tout ce à quoi il n’a pas accès le reste de l’année, chose à laquelle il ne pense pas trop quand il est ici. Sauf que lui est trop petit pour penser rationnellement à tout ce qu’il n’aurait pas s’il habitait là-bas, alors il ne voit que le côté négatif du retour. Ça va passer. Il va se remettre dans son quotidien et poursuivre son chemin. Mais chaque visite va approfondir les liens qui l’unissent à ma famille et chaque année rendra sans doute le départ plus difficile. Évidemment, ces liens vont aussi enrichir sa vie, l’aider à comprendre d’où il vient et donc où il s’en va, à se faire un place dans le monde.

J’ai souvent pensé à cet exil que j’ai choisi, moi, mais que j’impose en quelque sorte à ma famille. J’y ai pensé récemment à la lumière de l’annonce faite par une cousine, elle-même exilée en France, dont la fille, établie au Québec, est maintenant enceinte. Je me suis mise à sa place, à vivre de loin un événement auquel on voudrait participer de plus près, et ça m’a aidé à mieux mesurer ce que je fais “subir” à mes parents.

Mais c’est la première fois que je pense à ce que je fais subir à mes enfants. Eux aussi auraient peut-être voulu être plus proches de leur famille maternelle. Bien sûr, c’est un faux problème, puisque si je n’étais pas venue vivre ici, ils n’existeraient pas. Mais voir les larmes dans les yeux de mon fils à mon départ m’a vraiment fait prendre conscience de cette réalité. Ça m’a causé un mélange de peine profonde et de bonheur intense, causé par cette preuve de l’attachement de mon fils à ma famille. J’ai toujours eu peur qu’il ne s’intéresse pas à ces parents qu’il voit peu, alors je suis heureuse de constater qu’ils ont de l’importance pour lui.

Même si la preuve arrive sous forme de larmes.

Au revoir

Après deux semaines et demie, nous venons de quitter le Québec avec un fils en larmes qui ne voulait pas rentrer chez lui. Je suis tellement contente qu’il aime ma famille, qu’il se plaise à passer du temps à idolâtrer son cousin de onze ans. Mais ça rend les chocs enore plus difficiles quand vient le temps de rentrer à la maison. J’ai pleuré moi aussi en essayant de le consoler. Pas que j’aurais voulu rester – je suis bien heureuse de rentrer chez moi et de dormir dans mon lit. Mais c’est toujours dur de partir. Dur de voir ce que je manque à l’année longue et dont je n’ai qu’un aperçu une fois par année. Je m’ennuie quand je suis chez moi, mais après un moment j’oublie un peu, je me laisse envahir par mon quotidien, je ne pense plus trop à ma famille éloignée. Et puis je les visite et tout est à recommencer.

Je ne peux pas souhaiter ne jamais être venue vivre en Colombie-Britannique parce que j’aime ma vie ici, j’adore Papa et sans cette décision que j’ai prise un jour, il y a douze ans, je n’aurais pas Cocotte et Ti-Loup. Mais il y a des jours où on ne peut pas éviter de se demander “et si?” Que serait-il arrivé si j’avais refusé cette vie-là et que j’avais attendu de m’en trouver une à construire au Québec? Est-ce que tout serait plus simple? Où aurais-je fini seule et amère, accrochée à cet amour que j’aurais refusé? Je ne le saurai jamais, et les plupart du temps j’en suis bien contente. Mais aujourd’hui, en voyant mon fils pleurer comme si je lui avais arraché la moitié de lui-même, c’est dur de ne pas tout remettre en questions.

Au revoir tout le monde. J’ai passe un très beau voyage. Merci de m’accueillir aussi chaleureusement tous les ans. De m’héberger même si ça fait beaucoup, nous quatre. De mettre votre vie sur pause un instant pour nous permettre d’y embarquer une fois par année. De nous faire une place même si vous savez que vous aussi ça va vous arracher le cœur de nous voir partir.

Je vous aime toujours autant!

 

Pourriel

Depuis ce matin, ce site a reçu une vingtaine de commentaires factices. Des pourriels, qui viennent polluer allègrement ma boîte de réception (puisque je reçois un message chaque fois qu’on fait un nouveau commentaire sur le blogue). Heureusement, ils ne sont pas affichés avant modération. Voici un exemple de ce que j’ai reçu:

“Coucou!Pour la bretagne, on y est, mais on canhge pas mal tout le temps de place, alors pour y aller a la nage, tu risques de fatiguer! On vous espere en super forme tous les 3, gros poutous!fann”

Bon, il y a des fautes d’ortographe, mais au moins c’est lisible, et c’est en français, plus qu’on peut en dire pour la plupart des messages du genre que je reçois. Je sais que ce sont des messages envoyés par robot dans l’espoir que je clique sur les liens qui y sont joints. J’ai déjà failli me faire prendre quand c’était des messages vagues, du genre, je suis tombée sur ton blogue, c’est très bien écrit, je vais revenir… La vanité, vous savez! Mais il finit toujours par y avoir quelque chose qui me met la puce à l’oreille, du genre, “Si tu t’intéresses à X vas voir sur le site Y”.

Par contre, des messages aussi précis que ceux que j’ai reçus ce matin, quelles sont les chances que je les croie, même quelques secondes? Certains interpellent quelqu’un “Eh Johanne!”. Combien de Johanne l’auront reçu? Pas trop de risques que les autres cliquent dessus!

Je ne comprends donc pas ce qui pousse les gens à faire ça. Parce qu’il y a des gens derrière ces machines. Ils essayent de générer du trafic, mais est-ce que ça fonctionne vraiment? J’ai du mal à y croire!

L’heure du thé

Tous les matins, ma collègue et moi nous faisons du thé. On jase en attendant que l’eau se mette à bouillir. Ça nous procure un contact humain puisque nous ne travaillons pas vraiment en équipe. Ça nous réchauffe, vu qu’il fait toujours trop froid au bureau. Ça nous donne une petite pause. Ça nous met de bonne humeur. Je lui raconte les déboires de mes enfants et elle en rit aux larmes, elle qui est tombée en amour avec eux (du moins leur personnalité publique) mais trouve quand même que ça ne donne pas le goût d’en avoir quand je lui raconte tous les “problèmes” qu’ils entraînent!

Sous mon influence, ma collègue s’est équipé afin de pouvoir boire du thé en feuilles plutôt qu’en sachet. Et depuis, de temps à autre, on commande du thé par Internet. Je sais, on pourrait en acheter ici, mais le magasin n’est pas à la porte alors on le fait venir. Et puis recevoir un colis de thé nous fait plaisir, c’est un de ces petits bonheurs qui ne coûtent pas très cher et ne sont pas mauvais pour la santé. Ensemble, on a l’air de deux adolescentes, à déballer à la hâte nos nouvelles saveurs et à les humer allègrement.

Avec ma collègue, je retrouve l’insouciance que j’avais avant d’avoir des enfants et un gros char de responsabilités. Je n’oublie pas pour autant mes responsabilités du bureau; après tout, je l’encadre, ce qui aurait pu rendre notre relation complètement différente si ce n’était du fait qu’elle est très bonne, qu’elle est assez humble pour reconnaître le bien-fondé de mes interventions et qu’elle a suffisamment confiance en elle pour me croire quand je lui dis combien elle fait du bon travail. Mais à la fin de la journée, j’ai quand même l’impression d’avoir pu respirer un peu plus librement grâce à l’heure du thé.

Quand je quitte le bureau le soir, je rechausse mes souliers de mère responsable qui doit aller chercher ce qui manque pour le souper, puis faire face à la petite furie en crise qui l’attend à la maison et au fils à maman qui voudrait toute son attention. Mais ça va, je suis prête, et ça ne me pèse plus trop lourd, parce que pendant la journée j’ai bu mon thé, préparé en bonne compagnie. Et ça fait toute la différence.