Miracle ou coïncidence?

Cocotte a découvert qu’elle peut déranger tout le monde en allant frapper violemment à la porte de sa chambre en hurlant au meurtre quand elle est supposée dormir. Mardi et mercredi matin, elle nous a réveillés comme ça vers 5 h 15. Mercredi soir, elle s’est dit “Pourquoi réserver au matin ce que je pourrais faire toute la nuit?” Elle a donc hurlé en frappant à la porte de 19 h 30 à 21 h 30, de 1 h à 2 h du matin, de 3 h à 4 h et de 5 h à 6 h. Tout le monde était épuisé. On a donc pris les grands moyens.

Ça faisait déjà un bout de temps qu’on se demandait s’il ne faudrait pas séparer Ti-Loup et Cocotte. Pas que ça nous tentait… La troisième chambre est au rez-de-chaussée alors que la salle de bain est à l’étage avec les chambres, alors on ne peut pas vraiment mettre un des enfants seul en bas, d’autant plus qu’on aurait du mal à ne pas les empêcher de dormir le soir en vaquant à nos tâches ménagères. Il fallait donc faire notre chambre en bas, mais la chambre est si petite qu’il n’y a pas de place pour beaucoup plus que notre lit queen. Et puis j’avais peur de ne pas entendre les enfants s’ils avaient besoin de nous. En plus, ça nécessitait de nous défaire de notre “chambre à débarras”, et donc de trouver une autre place pour tout! Un travail énorme. En plus, on se disait que même si on les séparait, Ti-Loup se ferait peut-être quand même réveiller si Cocotte hurlait. Et tout le travail serait en vain.

Sauf qu’il fallait faire quelque chose, surtout que Ti-Loup commence l’école la semaine prochaine et qu’il faudrait bien qu’il soit un peu plus reposé si on veut qu’il apprenne quelque chose. Alors hier ce fut le branle-bas de combat. Ti-Loup est maintenant dans la chambre des maîtres avec tous les jouets, qui étaient auparavant en bas. Cocotte a sa chambre à elle seule, son lit accoté sur le mur opposé au mur partagé avec Ti-Loup, qui a lui aussi son lit sur le mur opposé. Nous avons à peine de la place à passer entre le lit et le mur de notre nouvelle chambre (et seulement d’un côté), et nous allons devoir acheter une commode plus petite (parce que celle-là n’est plus très commode). Surtout, l’appartement au complet est en bordel total parce qu’on a plein de choses partout qu’il faut trouver où ranger.

Mais hier soir, les enfants ont dormi comme un charme. Cocotte a à peine chialé à l’heure du dodo et s’est endormie en 15 minutes. Elle a pleuré un peu vers 22 h, et on l’a entendue (je vais quand même aller acheter un moniteur ce soir); elle voulait son toutou, qui était tombé en bas du lit. Elle s’est rendormie tout de suite. Elle s’est réveillée vers 5 h 30 et nous a appelés jusqu’à ce qu’on aille la chercher à 6 h, mais calmement, sans crier, sans frapper à sa porte. Et Ti-Loup, que je réveillais souvent en ouvrant la porte pour aller chercher Cocotte, a dormi jusqu’à 7 h.

Miracle ou coïncidence? J’aurais tendance à penser qu’ils étaient surtout épuisés et que c’est venu à bout des résistances. Mais il reste que sans Ti-Loup comme public, Cocotte a beaucoup moins d’intérêt à jaser et à faire des crises. Alors ça a peut-être contribué.

On a encore beaucoup de pain sur la planche pour retrouver un appartement d’allure normale, mais si ça nous permet de dormir mieux, ça aura quand même valu la peine!

Quatre bouts de conversation

Première conversation: Cocotte se promène dehors avec un billet d’autobus, un carton rectangulaire de la taille d’un téléphone cellulaire. Elle me dit:
- That’s my iPad!
Puis elle le colle contre son oreille comme un téléphone (iPad, iPhone, c’est la même chose, non?) et se met à parler:
- Hello! Hum… yeah, but it’s raining. Yeah, it’s raining. Hum.. Bye!

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Deuxième conversation: Je suis en train de ranger un peu avant le souper vu que Papa est occupé, Cocotte joue avec une petite trousse de vétérinaire Ikea qui ressemble un peu à un sac et a des poignées. Elle vient me voir:
- Bye, I’m going to work! Can I have a câlin?
Il faut vraiment faire attention à ce qu’on dit quand on a un petit singe répéteur dans la maison!

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Troisième bout de conversation: Je suis en train de changer Cocotte avant le dodo. Elle a tendance, quand elle est nue, à pointer sa vulve en disant “That’s my bum”, et je lui explique donc ce qui est quoi. Cette fois, elle veut me montrer qu’elle a compris:
- I have a bum and a “vul”. Ti-Loup has a penis, and Papa has a penis, and Maman doesn’t have a penis, and I have a bum and a “vul”.

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La dernière n’est pas de Cocotte, mais elle en a été la récipiendaire. Mon petit voisin, qui a deux ans et demi, vient voir Cocotte parce qu’elle pleure – j’ai rarement vu un enfant ayant autant d’empathie!
- What’s wrong Cocotte? Are you ok? It’s ok Cocotte. You’re ok. There’s nothing nervous!
Je lui explique que Cocotte a donné une tape à son père (au père du petit garçon) et qu’elle ne veut pas s’excuser alors elle pleure.
- It’s ok Cocotte. That’s my Papa. It’s my best friend!
Vraiment, mais vraiment mignon…

Camping et passagers clandestins

Nous revenons de notre dernier séjour de camping de l’année. Contrairement aux deux autres, je me suis beaucoup plus amusée cette fois-ci. Il n’a pas plu, ce qui a rendu les choses plus faciles, nous n’avons pas essayé de faire grand chose, préférant jaser près du feu pendant que les enfants couraient autour et s’amusaient dans la “forêt” (les quelques arbres nous séparant des autres emplacements). Nous étions 15 sur un emplacement double : 8 adultes, 7 enfants, les plus vieux ayant 5 ans. Les nuits ont donc été courtes, se terminant vers 5 h 45, et la première a été interrompue quand un des enfants a fait une grosse crise au milieu de la nuit. Mais dans l’ensemble, les enfants se sont bien comportés, les guimauves étaient bonnes et on s’est bien amusés.

Au retour, nous nous sommes arrêtés pour acheter du maïs sur le bord de la route. En repartant, Papa crie tout à coup “Regarde!” et il me pointe une souris qui sort la tête de dessous le capot. Nous nous sommes arrêtés et avons trouvé un nid de souris sur le moteur. Il était en train de fumer à cause de la chaleur et nous l’avons jeté sur le bord de la route. La souris semblait avoir disparu et nous n’y avons plus pensé jusqu’à ce que la circulation nous ralentisse énormément, environ 1 h 30 plus tard.

Tout à coup, alors que nous sommes pare-choc à pare-choc, nosu avons vu pas une, mais deux souris de sous le capot. Peut-être que sans le vent, c’était tout à coup trop chaud en dessous? En tout cas, il y avait visiblement une mère et son souriceau, et ils se promenaient de bord en bord de la voiture, disparaissant sous le capot pour réapparaître au bout d’une minute. Au bout de quelques minutes de ce manège, le souriceau s’est trop approché du bord de l’auto et est tombé sur la route; Papa le voyait dans le rétroviseur, les pneus des voitures passant à quelques millimètres de lui. La mère le cherchait partout, mais malgré nos encouragements, elle n’a pas sauté pour aller secourir son rejeton. La circulation a fini par reprendre et nous n’avons plus vu la souris…

Jusqu’à ce qu’on arrive à la maison. Elle a ressorti la tête quand nous nous sommes stationnés. C’est triste quand même, un souriceau est sans doute mort écrasé sur l’autoroute et cette souris des bois se retrouve tout à coup en plein milieu de la ville, toute seule. On se croirait en plein film de Disney!

Floorball

Ti-Loup a toujours aimé les sports. Dès qu’il a su se tenir debout il bottait dans un ballon de soccer, et comme les garçons plus vieux jouaient au hockey dans la cour, il a commencé à tenir un bâton et à frapper des balles avant d’avoir deux ans. Il ne semble pas avoir hérité de mon manque de talent pour les sports, et il se débrouille très bien. Son rêve, actuellement, est d’être un joueur de soccer quand il va être grand. Il aimerait aussi jouer au hockey, mais ni Papa, ni moi n’avons envie de nous taper les arénas à 6 h le dimanche matin. Nous n’en avons pas non plus les moyens (le hockey coûte très cher), et nous n’avons pas vraiment envie d’exposer notre fils à la violence et aux commotions cérébrales qui semblent être le lot de ce sport.

Mais par pure coïncidence, un de nos voisins, un jeune homme dans la vingtaine, donne des cours de hockey. On l’a vu au centre communautaire, on l’a vu transporter son équipement, et il a vu Ti-Loup jouer avec des enfants qui ont parfois 6 ou 7 ans de plus que lui (il est même arrivé cet hiver que deux grands viennent demander à Ti-Loup s’il voulait jouer avec eux parce qu’ils avaient besoin d’un troisième joueur, ce qui prouve que malgré la différence d’âge, ils le trouvent suffisamment bon pour l’intégrer au jeu).

Un jour, Papa et le voisin se sont mis à parler de Floorball. Ce sport en émergence est une sorte de hockey en gymnase avec des règles légèrement différentes. Notre gentil voisin a expliqué à Papa que c’est un sport sans violence, où tous les contacts sont strictement défendus. Ça nous a intéressés. Cet été, à la recherche d’une activité pour Ti-Loup, nous avons trouvé les cours de Floorball offerts par ce même voisin au centre communautaire et avons décidé d’y inscrire Ti-Loup. Il y avait deux groupes: 3 à 5 ans et 5 à 8 ans. Ti-Loup se serait emmerdé avec des enfants de 3 ans, alors nous l’avons inscrit dans le groupe des plus vieux (les cours commençaient la semaine de sa fête).

Sauf que bon, il n’y avait pas assez d’inscriptions alors le groupe est maintenant 5 à 10 ans. C’est une énorme différence d’âge! Nous avons demandé à l’instructeur si on devrait le changer de groupe, mais il a confirmé qu’il était quand même mieux là. Il est allé à seulement deux cours jusqu’à maintenant, mais il adore! Il court d’un bord à l’autre du gymnase pendant une heure et demie (!!) avec des enfants deux fois plus vieux que lui, il n’est pas le meilleur (ce qu’il trouve habituellement difficile), mais il adore quand même.

Évidemment, la différence d’âge est quand même marquée. Il n’arrive pas à se concentrer sur le jeu aussi bien que les plus vieux, ce qui est tout à fait normal, mais ça ne semble pas déranger ni Ti-Loup, ni ses compagnons, et l’instructeur semble comprendre ses limites et en tenir compte. Il apprend à gérer sa frustration et il dépense de l’énergie. Que du positif!

Dimanche, nous avons fêté Ti-Loup dans la cour de la Coop. Son instructeur de Floorball est passé pendant l’après-midi et nous lui avons offert du gâteau. Il est rentré chez lui et en est ressorti avec deux bâtons de hockey miniature et une balle en mousse pour jouer dans la maison, sur le tapis. Il m’a demandé si on allait le détester s’il les offrait à Ti-Loup. Je savais que mon fils serait super content alors je l’ai laissé faire, même si ce n’est certainement pas mon premier choix de cadeau. Mais bon, dans la vie il faut faire des compromis. Mon fils fait du sport sans qu’on ait besoin de l’y encourager. C’est le début d’une vie active. Il a trouvé une façon de jouer au hockey dans un groupe organisé sans pour autant risquer d’y perdre la moitié de ses cellules grises. C’est plus que ce que j’osais espérer!

Le floorball est donc devenu son nouveau sport préféré. On verra combien de temps ça va durer!

Le monde de Cocotte

J’ai dit souvent que je suis fascinée par l’apprentissage du langage… Comme ma fille est très précoce sur ce plan, ça nous permet d’avoir une bien meilleure idée de son mode de pense que si elle n’était pas capable de s’exprimer vraiment, ce qui est le cas pour la plupart des enfants de même pas tout à fait deux ans. J’en profite. Hier, par exemple, Cocotte “lisait” un livre, c’est-à-dire qu’elle regardait un livre en jasant. Je n’écoutais pas vraiment ce qu’elle disait, j’étais occupée à faire la vaisselle après un après-midi dehors à fêter Ti-Loup avec tous ses amis. Mais Papa écoutait. Et voici ce qu’il a entendu:

- Papa is making popcorn and Maman is going to work.

En inventant une histoire, elle partait bien sûr de ce qu’elle connaît, dans ce cas-ci les allers et venues des parents. Mais comme chez nous c’est Papa qui cuisine et Maman qui travaille, elle a divisé les tâches comme ça. Ça m’a rappelé quand j’avais dit à Ti-Loup qu’un jour il aurait un travail lui aussi et qu’il m’avait répondu “Non, ce sont juste les femmes qui travaillent”…

Comme quoi quand on essaie de briser les stéréotypes, on ne fait qu’en créer des différents!

Grosse fin de semaine

Il y a plus d’un an que nous travaillons, à ma Coop, à remplacer un petit module de jeu dont le bois était en train de pourrir. Quelques parents ont discuté du problème (il s’agissait de plus en plus d’une question de sécurité) et essayé de trouver des solutions. Les règles de sécurité ayant changé depuis la construction de l’immeuble il y a 27 ans, l’espace occupé ne nous permettait plus d’installer de nouvelles balançoires pour remplacer les anciennes puisque nous n’avions pas assez d’espace autour (en cas de chute). Après s’être fait dire par un entrepreneur qu’il n’y avait rien à faire de cet espace, nous avons trouvé Projects in Place, un organisme sans but lucratif qui aide des groupes communautaires à réaliser des projets améliorant les collectivités.

L’organisme a accepté de nous aider. Pour une somme très minime, un des membres a dessiné trois concepts d’aire de jeu. Nous nous sommes réunis pour en choisir un, en avons discuté avec la conceptrice pour le peaufiner, puis l’avons fait approuvé par l’assemblée générale de la Coop. Une fois le budget voté, il restait à tout réaliser, ce qui s’est avéré difficile. Nous avions besoin de faire couler du béton pour former une petite rivière et un bassin, mais personne ne voulait réaliser le projet pour nous parce que c’était un trop petit projet (qui ne valait pas leur déplacement). Nous avons fini par faire faire le béton et la plomberie nécessaire à notre jeu d’eau. Projects in Place a trouvé les matériaux, certains fournis gratuitement, certains vendus à rabais. L’organisme a aussi trouvé des bénévoles pour aider ceux de la Coop.

Et samedi dernier, c’était la journée de corvée. Sous la direction de Bryce Gauthier, de Projects in Place, les bénévoles ont peinturé, scié, cloué, transporté de la terre et du gravier, coulé du béton dans des moules pour former les socles sur lesquels seront installés des poutres multicolores, etc. J’ai participé en accueillant les bénévoles et en faisant signer les décharges de responsabilité. Un restaurant a fourni le dîner aux travailleurs gratuitement (c’était délicieux, quoi qu’un peu faible en protéines à mon avis).

Dimanche, nous avons aidé nos voisins à déménager pendant que d’autres continuaient de travailler à l’aire de jeux. Des entrepreneurs sont venus poser le gazon artificiel. Il reste à peinturer les poutres, à planter l’aire située derrière la butte, à poser un des pots qui vont entourer les arbres et à fixer les bancs et la colonne par où sortira l’eau. Ce n’est donc pas fini, mais nous avons fait du bon travail et j’étais vraiment contente de voir combien de gens de la Coop (dont plusieurs qui n’ont pas d’enfants) ont participé au projet.

Si ça vous intéresse, visitez le site de Projects in Place. Si vous cherchez le nom de ma Coop sous les projets, vous trouverez des photos des travaux (dont Ti-Loup les mains couvertes de peinture après un travail bien fait) et les plans de l’aire de jeux.

Un gros merci à Projects in Place et surtout à Bryce pour son dévouement à ce travail bénévole. Grâce à eux, nos enfants auront bientôt de nouveaux jeux à explorer. On est presque plus excités qu’eux!

Journée difficile

Deux jours avant la fête de Ti-Loup, c’est celle de ma petite voisine, la fille d’une amie. Elle aurait dû avoir six ans ce jour-là. Elle aurait passé l’été à jouer avec mon fils et avec les autres fillettes du voisinage. Elle se serait préparée à commencer la première année, elle aurait fait la grande qui a l’habitude de l’autobus scolaire et aurait tenu la main de Ti-Loup pour sa première journée afin de le rassurer pendant qu’ils auraient attendu ensemble pour leur première journée d’école. Elle a plutôt rendu l’âme quelques jours avant Noël, emportée par un cancer du cerveau ayant progressé à une vitesse fulgurante.

Sa fête a une signification particulière puisque ce n’est que deux semaines avant cette date, l’an dernier, que la famille a reçu le diagnostic. Il y a un an, donc, la fillette allait toujours assez bien. Elle avait des symptomes, bien sûr, c’est ce qui les avait poussés à consulter. Mais elle était encore “toute là”, elle pouvait encore jouer avec les autres (malgré un ralentissement marqué) et elle avait profité à fond de sa fête, la plus grosse fête que j’aie jamais vue pour un enfant de cet âge, la fête que sa tante lui avait organisée en grande pompe parce que tout le monde (sauf elle, peut-être) savait que ce serait sa dernière.

Ti-Loup, son amie et sa mère à la fête de la fillette l’été dernier.

Il y a un an, donc, la petite était tous sourires, rieuse, entourée de ses amis. À peine quelques jours plus tard, par contre, elle entrait d’urgence à l’hôpital pour se faire opérer afin de soulager la pression accumulée dans son cerveau. Sans cette opération, elle serait morte à peine trois semaines après son diagnostic. Elle aura finalement vécu cinq mois. Cinq mois à profiter encore un peu de cette vie qu’elle allait avoir si courte: on l’a amenée au parc d’attractions, et cueillir des bleuets, elle a fait l’expérience de la maternelle dans sa chaise roulante, elle est allée à DisneyLand avec Rêves d’enfants… Cinq mois de torture pour sa famille qui la voyait disparaîter à petit feu, enfermée dans ce corps qu’elle n’arrivait plus à contrôler. Cinq mois d’amour, par contre, entourée des siens, à tenter de créer des souvenirs pour ses amis, ses parents, sa nounou, son petit frère qui n’avait pas deux ans quand elle est décédée. Cinq mois pour une éternité.

Ma petite voisine au début de sa maladie; c’est la photo qui nous a été remise à son service commémoratif, et elle se trouve toujours encadrée sur le bureau de Ti-Loup.

En fêtant mon fils, je ne peux m’empêcher de me comparer à cette famille pour qui rien n’a plus jamais été pareil depuis un affreux jour de juillet quand leur petite allait avoir cinq ans. J’ai encore mes deux enfants. Ils font des caprices, ils pleurent, ils crient, mais ils sont en vie. Il y a deux jours, ma fille a vomi alors que Papa se trouvait à la bibilothèque. Il y en avait plein la poussette, elle faisait de la fièvre, elle n’allait visiblement pas bien. Mais le lendemain, elle avait retrouvé la forme. Elle a encore beaucoup de lendemains…

Je peux à peine imaginer le supplice que vit ma voisine et amie quand elle me voit serrer mes deux enfants sur moi. Je sens sa rage quand les autres parents se plaignent de la difficulté du quotidien, elle qui a dû changer les couches de sa fillette de cinq ans et la tourner pour éviter les plaies de lit, vers la fin. Je la vois lutter pour se débarrasser de certaines des choses dont sa fillette ne profitera jamais, le vélo de grande fille qu’elle n’a conduit qu’une ou deux fois avant sa maladie, par exemple. Je vois son frère grandir et devenir un enfant heureux et souriant malgré toute cette peine, mlagré ce nuage sombre qui plane au-dessus de sa tête depuis qu’il a un an et demi. Ce frère qui n’aura jamais la chance d’être le petit frère de cette grande fille si aimante qui jouait ce rôle avec tant d’enthousiasme.

Ce n’est pas ma fille et pourtant, plus de six mois après sa mort, je n’arrive toujours pas à en parler sans me mettre à pleurer comme un veau. Je ne me fais pas d’illusions, je ne pleure pas tant pour elle, dont je n’étais au fond pas si proche même si c’était une bien gentille petite fille, et même pas vraiment pour sa mère, même si j’ai bien sûr de la peine pour elle. C’est pour moi que je pleure, en pensant à la peine que j’aurais s’il m’arrivait une telle épreuve, en pensant à notre fin à tous qui est inéluctable, à la mienne qui pourrait arriver n’importe quand et faire deux orphelins. À celle de mes enfants, qui me laisserait orpheline aussi, quoi que différemment.

Et dans tout cela, on fait la fête parce que mon fils a la chance d’être encore là, fort, vivant, et d’avoir cinq ans. Si je croyais en Dieu, je le remercierais.

Merci au destin. Merci à la chance. Merci la vie.

Cinq ans (suite)

Papa et moi ne sommes pas du genre à organiser une grosse fête d’enfants pour tous les amis de la prématernelle. Surtout que cette année, les garçons de la prématernelle ont été plutôt aggressifs, jouant un peu trop à se taper dessus (Ti-Loup compris). Nous avons donc passé un peu trop de temps à nous demander quoi faire. Nous aurions dû fêter Ti-Loup le jour-même de sa fête, puisque c’était férié, mais son meilleur ami (et voisin) était en vacances. Ti-Loup préférait l’attendre. Nous allions donc le fêter la semaine suivante, mais nous avons réalisé que nous devions aller camper (finalement nous avons annulé le camping pour d’autres raisons, mais les invitations avaient déjà été lancées alors il était trop tard pour changer d’idée). Nous avons finalement prévu la fête pour le 19, avec l’accord du principal intéressé qui n’y voyait pas de problème, à condition qu’on lui chante quand même bonne fête lundi, ce qui nous semblait plus que raisonnable.

On voulait quand même que la journée de sa fête soit spéciale, surtout que ses grands-parents étaient de passage chez nous (presque à l’heure, faites une croix sur le calendrier!). On voulait commander des sushis lundi soir pour le souper, mais le restaurant de sushis qu’on aime bien est fermé le lundi alors on a mangé des sushis dimanche soir. Un couple de bons amis dont la fille est une bonne amie de Ti-Loup sera en vacances à l’extérieur dans deux semaines, et nous les avons donc invités à venir passer l’avant-midi avec nous lundi (ils devaient partir sur l’heure du dîner puisqu’ils avaient autre chose de prévu). Ils ont apporté le vélo de leur fille, qui vient elle aussi d’avoir cinq ans, et nos deux cyclistes ont pédalé jusqu’au parc aller-retour (7 km) pendant que leurs pères couraient derrière eux, que les mères poussaient les plus petits dans leur poussette respective et que les grands-parents suivaient en jasant. Le principal intéressé a retrouvé sa confiance, lui qui n’avait pratiquement pas pédalé de l’hiver et s’est retrouvé au début de l’été incapable de garder l’équilibre sur le vélo (on a mis la faute sur notre utilisation de la girafe, ce vélo qu’on attache à celui de Papa et qui n’oblige pas Ti-Loup à garder l’équilibre). Après avoir passé un peu trop de temps à regarder le Tour de France et le cyclisme aux Jeux olympiques, je crois que mon fils se prenait pour Bradley Wiggins. Il y a pire, dans la vie!

Au retour à la maison, nous avons sorti le gâteau, en forme de… vélo, bien sûr (photos à suivre). Ti-Loup était agréablement surpris puisqu’on lui avait dit que le gâteau serait pour sa fête d’amis, mais Papa n’avait pas pu résister à l’envie d’en faire un cette fois-ci aussi. Tout le monde s’est bourré de gâteau à la crème glacée maison juste avant l’heure du dîner (tellement pas dans nos habitudes!), puis nos amis ont dû partir. Le soir, les parents de Papa se sont rendu compte qu’ils avaient oublié à Kelowna le cadeau acheté pour leur petit-fils, mais heureusement nous en avions emballé deux (des ensembles de Légo, bien sûr) alors nous lui en avons donné un et ils lui ont donné l’autre. La boîte étant de la même forme et les cadeaux, déjà emballés, j’ai choisi au hasard lequel serait de qui, et mon fils a beaucoup mieux aimé le nôtre que celui de ses grands-parents. Ce qui, finalement, ne me fait pas trop de peine, puisque franchement, oublier son cadeau, ça fait dur quand même! La tante de Ti-Loup lui a elle aussi donné un cadeau, et il est allé se coucher fatigué mais heureux.

Ça a donc été une belle journée de fête réussie, bien que tranquille. Pour le 19, on prévoit simplement réunir quelques enfants dans la cour (quatre qu’on a invités, plus sans doute des voisins qui ne pourront pas résister à la vue du gâteau) et les laisser s’amuser avec des ballons. Le terrain de jeux de la Coop devrait être construit la semaine prochaine (c’est pour aider à sa construction qu’on a annulé notre voyage de camping) et s’il fait beau, les enfants vont sûrement en profiter. Papa va faire un autre gâteau, mais il n’y aura pas de cadeau. Dans un souci écologique et anti-matérialiste, nous demandons aux amis de ne pas apporter de cadeau et nous n’offrons pas de sacs à surprise. C’est une décision difficile puisque ça prive quand même Ti-Loup de quelque chose, mais en même temps, nous voulons éviter de nous retrouver avec plein de cossins cheaps achetés à la boutique du dollar. Nous n’avons pas de place pour ranger des tonnes de cadeaux dans notre petit appartement. Alors nous essayons de fournir d’autres expériences agréables pour compenser.

Je vous en reparlerai!

Cinq ans

Nous avons fêté hier les cinq ans de Ti-Loup. C’est fou quand même. Déjà cinq ans depuis ce matin de congé où j’ai ressenti les premières contractions qui allaient me précipiter dans cette aventure sans fin, de loin la plus difficile au monde, soit le rôle de parent. Je me souviens très bien de la première nuit, durant laquelle il a assez bien dormi, mais où moi j’avais des flashbacks des douleurs de l’accouchement chaque fois que j’arrivais pour m’endormir. Puis, la deuxième nuit, il n’a presque pas dormi. On est partis de l’hôpital vidés avec notre petit bonhomme qui a crié durant tout le trajet en voiture. Ma mère est arrivée ce soir-là, venue m’aider dans mes relevailles. Je me souviens de l’émotion des grands-parents (des deux côtés) quand ils ont tenu ce petit bout de chou dans leurs bras pour la première fois. Je me souviens de son premier rire, que j’aimais tant que j’aurais tout donné pour le reproduire. De notre premier voyage au Québec. De la première fois où il a rampé jusqu’à moi pour venir me faire un câlin. De ses premiers pas. De son premier “vrai” mot, “ball”, alors qu’il s’élançait (de ses presque premiers pas) pour botter un mini ballon de soccer.

Je me souviens aussi des moins bons moments. Les nuits atroces durant lesquelles il me réveillait aux demi-heures, et où on a dû finir par le laisser pleurer parce que j’en perdais ma santé mentale. Les voyages en voiture durant lesquels il a crié sans s’arrêter. La nuit de gastro passée assise à le bercer parce que dès que je le recouchais il vomissait et qu’on avait peur qu’il se déshydrate. Sa première vraie chute, quand il s’est éclaté la lèvre et a fait une immense tache de sang sur le chandail de papa. Puis le point de suture sur sa lèvre, à trois ans.

Je me souviens de ses gâteaux de fête, le premier aux carottes, le deuxième, un chantier de construction, le troisième, un débarquement sur la lune, le quatrième, un bateau de pirates. Je me souviens de son premier Halloween, déguisé en poulet, alors qu’il se promenait en disant “Cot cot cot”. Je me souviens du Noël de ses quatorze mois, alors qu’on lui avait offer un vélo sans pédales et qu’il avait passé deux semaines à chevaucher le cadeau emballé parce que ça ressemblait quand même vaguement à une monture. Je me souviens de sa première journée de prématernelle, sans aucune larme. Je me souviens à quel point il a été gentil quand sa soeur est née, malgré le fait qu’il avait un gros rhume et qu’il ne pouvait pas l’embrasser sur le visage comme il aurait tant aimé le faire. Je me souviens de ses premiers tours de roue sur un vrai vélo de grand garçon, à seulement trois ans. Je me souviens des centaines d’heures passées dans la cour de notre immeuble à le pousser dans la balançoire, des milliers d’heures de poussette, à lui chanter des chansons, à me creuser les méninges pour penser à des chansons différentes à lui chanter, toujours en français, bien sûr, pour l’aider à connaître ma culture pendant qu’il n’en avait pas encore le choix.

Je n’oublie pas non plus toutes les crises, les coups de poing dans la porte, les larmes, les hurlements. C’est ça, aussi, un enfant. Mais j’essaie de me concentrer sur les câlins et les bisous, les moments de douceur où il est allé spontanément vers quelqu’un qui avait besoin de lui et où j’ai éclaté de fierté. Tout particulièrement le jour de la fête de notre voisine malade, quand elle a figé devant une cinquantaine de personnes venues lui faire une surprise et qu’il l’a dégênée en s’avançant spontanément vers elle pour lui faire un câlin.

Mon fils est un être sensible, anxieux même, qui a beaucoup conscience de ce qui se passe autour de lui. Qui veut tout savoir. Même s’il me fatigue par ses questions incessantes et par sa manie de toujours me pousser à bout pour savoir où exactement se trouvent mes limites, même s’il est particulièrement têtu, il est aussi intelligent, curieux, déterminé, persévérant et, dans l’ensemble, un très gentil petit garçon. Un peu trop obsédé par les sports (vélo, hockey, soccer), mais donc très en forme, et qui aime aussi beaucoup se faire lire des histoires, y compris des bandes dessinées belges.

Il a maintenant cinq ans et s’apprête à commencer la maternelle. C’est dur à croire. Ça passe tellement vite! Toujours, et en particulier depuis un an (autre billet à suivre), je suis consciente de la chance que j’ai d’être la mère de cet enfant, tellement en santé, tellement génial, tellement charmant. La chance, aussi, de partager mon travail de parent avec un Papa joueur, patient, plein d’imagination pour occuper ces deux enfants exigeants, un Papa qui ne croyait pas avoir la vocation mais qui a plongé dans l’aventure (imprévue, dans le cas de Ti-Loup) sans trop regarder en arrière.

En terminant, voici quelques photos reproduites de mon autre blogue (parce que je n’en ai pas d’autres sous la main) pour montrer un peu l’évolution de Ti-Loup au fil des ans.