Une autre étape

Je chante toujours une chanson aux enfants avant le dodo. Avec Ti-Loup, pendant longtemps, on alternait entre Au clair de la Lune, La nuit court après le jour et J'allume une étoile. Un jour je me suis mis à chanter autre chose et il y avait maintenant une nouvelle catégorie: les “chansons que je ne connais pas”. Habituellement, il demandait une chanson qu'il ne connaissait pas, ce qui voulait seulement dire une autre chanson que ces trois là.

Je chante toujours en français, un peu de tout. Des chansons des Scouts, des chansons traditionnelles françaises, des chansons que mes parents écoutaient quand j'étais petite, des choses plus contemporaines. Aujourd'hui, pour la première fois, Ti-Loup m'a demandé “Une chanson que je ne connais pas, mais la chanson du monsieur qui brise la terre”. J'ai hésite quelques secondes, mais j'étais pas mal sûre de mon coup quand je lui ai demande “Tu veux dire celle-là?” et que j'ai commencé à chanter. Il voulait Dégénération, de Mes Aïeux. Il n'a pas tout tout compris, de toute évidence, mais j'ai quand même trouvé ça mignon tout plein!

Bonne nuit Ti-Loup!

 

Trop comme moi…

Mon fils me ressemble beaucoup trop. Il ne marche jamais: il court ou il saute. Évidemment, il s’enfarge tout le temps et s’accroche partout. Il renverse son verre et fait revoler sa nourriture. Il oublie d’éteindre la lumière ou de faire partir l’eau, de se laver les mains après avoir mangé du beurre d’arachides le matin (une de ses copines de classe est allergique) ou de vider son sac en rentrant de l’école. On a beau savoir que c’est normal, qu’il ne fait pas exprès, qu’il n’a que cinq ans, c’est dur de garder son calme quand on est en train d’essayer de le mettre au lit, qu’il se fait mal pour la cinquième fois en une heure et qu’il s’effondre en larmes (il a un sens du théâtre plus prononcé que le mien) pendant que sa soeur crie, lui monte dessus ou fait la chipie d’une façon ou d’une autre et qu’on est épuisés de nos journées respectives.

C’est exaspérant et on passe notre temps à lui rappeler de faire attention. Mais chaque fois j’ai un petit pincement au coeur. Jétais tellement comme ça! En fait, je le suis encore, je le contrôle simplement un (tout petit) peu mieux. Je m’accroche et je m’enfarge encore, c’est juste que je ne me mets plus à pleurer quand je me fais mal. J’oublie encore d’éteindre les lumières, même si c’est moins souvent. Et comme je bouge toujours et que je me déplace trop vite, je fais toujours tout tomber. Je me suis juste un peu calmée avec le temps.

Ti-Loup vient de commencer l’école, mais déjà je me reconnais un peu trop en lui. L’autre jour, il m’a expliqué qu’il devait se pratiquer à compter par dix jusqu’à cent. D’accord, que je lui ai répondu, vas-y.

- 10, 20, 30, 40, 50, 60, 70, 80, 90, 100

Il a répondu entre deux respirations, comme si je venais simplement de lui demander son nom. De toute évidence, il n’avait pas trop besoin de s’exercer. Depuis qu’il va à l’école, il est aussi toujours en train de chanter des chansons à voix basse (même l’autre jour dans une toilette publique, et il a un peu fait honte à son père). Et je crois que je sais pourquoi il chante toujours: il veut être sûr de se souvenir des mots. Parce qu’évidemment, il connaît par coeur les chansons que chante sa classe. Mais s’il ne les chante pas assez souvent, il ne s’en souviendra pas la prochaine fois qu’on va les chanter en classe. Alors que s’il les pratique, il va être le seul à s’en souvenir et va impressionner son enseignants. Non, ce n’est pas lui qui m’a dit ça, ce n’est que ma théorie. Mais vous imaginez facilement comment j’en ai déduit tout ça.

Il est comme moi, donc. Sauf qu’il s’est énormément amélioré en dessin. Avant, il ne dessinait presque jamais et quand il le faisait, ce n’étaient que des barbots. Un mois après le début de l’école (où le dessein est très encouragé), il dessine des personnages qui ont l’air de personnages, des sorcières qu’on peut reconnaître avec leurs balais, des tyrannosaures aux dents impressionnates, bref, une amélioration très très marquée! Oh, et puis je vous ai dit qu’il veut apprendre à jouer du violon? Dans son cours de musique, ils ont pu tenir et essayer un violon, alors il voudrait apprendre à en jouer (ce qu’il aime le mieux à l’école? La récréation, l’éducation physique et la musique – toujours). Si on leur avait montré une clarinette, je parie que c’est de cet instrument-là qu’il voudrait jouer… Papa, qui n’a jamais pu jouer d’un instrument, aimerait bien inscrire son fils à des cours, mais de quoi? Personnellement, j’avoue que le violon, ce n’est pas mon fort – c’est tellement laid quand on commence. Mais on n’a pas de place chez nous pour un piano. Alors quoi? Le violon quand même et on se bouche les oreilles au début? La guitare puisqu’on en a déjà une? Mireille, qu’en penses-tu? Enfin, ce ne sera pas pour l’immédiat, il faut d’abord s’habituer au nouvel horaire et s’assurer que Ti-Loup n’es pas trop épuisé pour lui rajouter autre chose.

Dans tout ça, Ti-Loup continue de penser que les élèves qui n’obéissent pas au professeur sont “méchants”. Il pense tout seul à rapporter ses livres de bibliothèque le bon jour (et éclate en sanglots en se rendant compte qu’on a oublié de les lire). Il trouve que certains autres enfants ne sont pas très brillants parce qu’ils ne peuvent pas encore écrire leur nom “même si le professeur leur a montré comment”. il écrit des lettres et me demande quels mots elles forment. Il nomme les formes qu’il voit partout. Il lit les chiffres ou me demande de les lire quand il n’est pas sûr. Il me demande ce que disent les panneaux. Il me déclare à brûle-pourpoint que “deux plus un ça fait trois”.

Je vous le dis, c’est moi tout craché. Un peu trop d’ailleurs. J’espère qu’il ne poussera pas trop, parce qu’il est bien assez angoissé comme ça! On ne peut pas être parfait, j’ai fini par l’apprendre à force de déceptions et d’humiliations. J’aimerais bien qu’il l’apprenne sans que ça lui fasse aussi mal qu’à moi. Sans que ça l’empêche d’essayer certaines choses par peur de l’échec. Sans qu’il subisse le rejet et l’intimidation.

Comment on fait pour aider ses enfants à s’en tirer mieux que nous?

Moment de bonheur

On a eu un mois difficile. J'ai été envoyée travailler pour la commission d'enquête Cohen, sur la disparition du saumon rouge du fleuve Fraser. Puisque le rapport doit être publié très bientôt, nous avons dû travailler deux fins de semaine de suite et je n'avais donc pas eu de congé depuis le début d'octobre. Dimanche dernier, ma belle-mère était chez nous et à reçu un appel de la maison pour personnes âgées ou habite sa mère. Elle a 91 ans et avait eu un infarctus. Nous avons du aider ma belle-mère à préparer ses choses pour prendre l'autobus de nuit. En partant, elle a laissé la porte du congélateur ouverte et on a tout perdu ce qu'il contenait parce qu'on s'en est rendu compte seulement le lendemain matin. J'étais épuisée par les heures supplémentaires, et surtout par le stress lié aux délais à respecter.

Puis jeudi matin, nous avons appris que la grand-mère de Papa était décédée durant la nuit. Nous avons donc tout organisé pour nous rendre à Kelowna pour les funérailles, ce qui voulait dire louer une auto, avertir de mon départ au travail, laisser mes collègues avec une personne en moins pour finir le travail, appeler l'école pour Ti-Loup et la compagnie d'autobus scolaires, demander à la voisine de s'occuper du chat, faire le lavage, préparer les bagages, etc… Tout ça jeudi, pour partir vendredi matin.

À Kelowna, nous sommes les quatre dans la même chambre, sur des matelas par terre. Ue nuit, Cocotte à crié pendant deux heures de suite. Hier soir, Ti-Loup n'arrêterait pas de me réveiller en toussant. Nous devons aider aux préparatifs de l'enterrement et faire avec le stress, le deuil, les conflits familiaux. En plus, il y a la peur que ce soit la dernière fois que nous puissions passer du temps au verger, la propriété de la grand mère décédée, un superbe terrain qui vaut très cher et que ma belle-mère aimerait bien garder dans la famille, mais que son frère et sa sœur voudront sans doute vendre. Papa a plein de beaux souvenirs rattachés au verger, et moi aussi maintenant. Ti-Loup à fait plein de découvertes ici, c'est ici qu'il a conduit un vélo pour la première fois, les enfants ont cueilli des fruits frais, fait des feux, mangé des guimauves…

Je ne peux pas dire que je faisais un très beau voyage. Mis cet après-midi, pendant que Papa cuisinait, j'ai amené les enfants jouer dehors et j'ai eu un flash. Je suis allée chercher un râteau et on a joué dans les feuilles pendant une heure. Ce n'est vraiment pas grand chose, mais chez nous, on ne peut pas faire ça. D'abord, il n'y a pas autant de feuilles qu'au Québec, et puis on n'a pas de cour. On pourrait toujours aller au parc, mais on risquerait de trouver toutes sortes de mauvais surprises dans les feuilles: crotte de chien, seringues… Alors je n'avais jamais eu cette occasion avec les enfants. On a fait un tas de feuilles et sauté dedans, on s'est enterrés dans les feuilles, on en a lancé partout. Il faisait froid, mais on était bien habillés. Ça sentait l'automne. On a ri. On n'était plus stressés. On était bien.

Ce sont des moments comme ça qui renforcent notre attachement a un lieu. Ce sont des moments comme ça qu'on appelle le bonheur.

Maternelle et modestie

Mon fils qui, il y a un mois, ne disait que quelques mots en français m’a chanté hier pas une, mais bien deux chansons différentes portant sur les formes. Du genre “Je suis un beau bonhomme, ma tête est un carré, mon corps est un rectangle, mes bras sont des triangles”… Combien de fois ils ont dû la répéter, cette chanson, pour la connaître déjà par coeur! D’ailleurs, la conversation avec Ti-Loup a commencé quand il a annoncé que le fromage était un rectangle.

- Vous avez parlé des formes à l’école?
- Oui, on parle tout le temps des formes (avec un petit ton déjà un peu blasé).

Il chiale aussi beaucoup que tel ou tel garçon était “méchant”, mais c’est une étiquette très facile à obtenir de sa part. Il suffit de ne pas toujours écouter le professeur ou de désobéir à une règle, alors imaginez si en plus le garçon fait l’horrible geste de pousser quelqu’un! C’est alors un “pas fin”. Ce qui n’empêche pas Ti-Loup de jouer avec lui. MAis bref, je lui ai demandé s’il y avait aussi des gens gentils dans sa classe avec lesquels il jouait. Il a répondu:

- Oui, je joue toujours avec Léa (nom fictif), c’est la plus gentille de tout le monde… Non, ça c’est moi, mais c’est la deuxième plus gentille.

Ce n’est pas la modestie qui l’étouffe alors ne le croyez pas sur parole! J’ai bien peur qu’il ait hérité de ma phobie de la désobéissance, qui malheuresement va main dans la main avec la phobie de l’échec et de “ne pas être le meilleur”. On va travailler là-dessus!

En passant, contrairement à avant, les conversations citées ci-dessus avec Ti-Loup ont bien eu lieu complètement en français. La différence est à ce point frappante!

Mission accomplie

Nous avons fini de construire le terrain de jeux à la Coop. Ça a pris plus d’un an et causé énormément de travail et de maux de tête, mais nous sommes tous extrêmement fiers des résultats. Samedi, nous avons organisé un lancement officiel qui a réuni les membres intéressés de la Coop, les gens de Projects in Place qui ont rendu le projet possible et d’autres bénévoles venus juste parce qu’ils avaient envie de faire du bien dans la communauté.

Je ne veux pas mettre de lien directement vers le dernier billet rédigé sur le blogue de Projects in Place parce que par souci de sécurité, je ne veux pas de lien entre mon blogue et le nom de la coopérative où j’habite. Mais si vous visitez le site de l’organisme, vous n’avez qu’à cliquer sur le lien “All fun and games” dans les billets du blogue pour tout savoir du projet. L’article résume bien le long processus et comprend une photo de l’”avant”, les plans et des photos qui donnent une bonne idée de l’”après”. La dernière photo montre la peinture remarquable qu’une de mes voisines a faites dans le “ruisseau”. Véritable artiste, elle a mélangé elle-même la plupart des couleurs et le résultat est vraiment génial.

L’article comporte même une citation de Cocotte – mais je vous dit tout de suite que l’auteure a un peu traffiqué les résultats puisque quand elle a été “interviewée”, tout ce que ma puce répondait c’est “We’re going to build a playground” et “Yes” quand on lui a posé des questions. Mais comme avec son amour de l’eau et la proximité de notre appartement, c’est probablement elle qui va profiter le plus du terrain de jeux, c’était quand même approprié de l’inclure dans l’article.