Premier amour

Ti-Loup est revenu de l’école jeudi dernier en disant que lui et… appelons-la Karine… que lui et Karine étaient amoureux et qu’ils allaient se marier. Il m’a aussi demandé si elle pouvait venir chez nous pour jouer, précisant bien que Karine a une petite soeur de l’âge de Cocotte (jamais trop tôt pour organiser une “double date”)! Samedi, il a même passé l’avant-midi prostré sur le divan à pleurer et chiâler, disant qu’il s’ennuyait de Karine et me demandant quand elle allait venir jouer chez lui. Ouf! Ça commence raide!

Évidemment, j’ai trouvé ça mignon tout plein. Je me souviens encore du jour où, alors que j’étais en maternelle, je suis rentrée chez moi en disant que je m’étais fait un chum dans la classe. Je crois qu’il s’appelait Philippe. Je ne me souviens plus de grand chose, sinon que mon frère et ma soeur avaient bien ri de moi. Alors j’ai travaillé très fort pour ne pas rire quand Ti-Loup m’a fait cette annonce. Mais bon, je n’ai pas pu m’empêcher de sourire en lui disant que j’étais bien contente qu’il ait des bons amis comme ça. Quand même, on n’enverra pas les faire-part tout de suite!

Le plus comique, c’est que je connais assez bien la maman de Karine. Je l’ai rencontrée à mes cours prénatals sur l’allaitement. Comme elle est francophone et que nos enfants étaient dus le même jour, on avait jasé et échangé nos adresses de courriel. Je suis devenue son amie sur Facebook. On a organisé une sortie ensemble avec nos nouveaux-nés, mais ça n’a pas cliqué. Elle est bien gentille, mais sans plus, et on n’avait pas grand chose en commun à part le fait d’être francophones. On s’est croisées de temps à autre dans le quartier, chaque fois on jase un peu. Même chose pour les activités scolaires. Sa deuxième fille a en fait un an de plus que Cocotte, elles ne seront pas de la même année scolaire.

Quand j’ai rencontré l’enseignante de Ti-Loup, j’ai mentionné Karine (simplement comme une des amies de Ti-Loup) et l’enseignante a précisé que c’était une bonne petite fille, sérieuse, responsable et parmi les plus matures de la classe. Je ne peux donc que me réjouir de cette amitié. J’ai même relancé sa mère sur Facebook, qui m’a confirmé que Karine avait elle aussi l’intention de marier mon fils. On a proposé de se réunir pendant les vacances pour que les enfants puissent jouer, je ne sais pas si ça va se réaliser, on verra. Apparemment, quand elle va chercher sa fille à l’école, Ti-Loup lui fait le coup de la grande séduction: il a déjà compris l’importance de gagner le coeur de sa future belle-mère!

J’ai repensé cette semaine à quelque chose que m’avait raconté ma cousine. Son fils est très, mais alors là très beau, et aussi très gentil, et déjà à la garderie ça posait des problèmes. Tout le monde (surtout les filles) voulait s’assoir près de lui et ma cousine avait dû demander à l’éducatrice d’intervenir parce que le pauvre garçon avait du mal à gérer la situation, ne voulant pas faire de peine à ses amis, mais ne pouvant pas faire plaisir à tout le monde. J’y ai repensé, surtout quand Ti-Loup m’a expliqué qu’une autre petite fille avec laquelle il joue beaucoup, appelons-là Claudine, avait dit à Karine qu’elle ne jouerait plus jamais avec elle. Je me suis tout de suite demandé si c’était de la jalousie inspirée par mon fils. Et cette semaine, il est revenu avec un dessin que lui a donné une autre petite fille qu’il aime bien et sur lequel on voit une fille (la dessinatrice) vêtue d’une belle robe, Ti-Loup, et un gros coeur dans le milieu.

J’espère qu’il ne se retrouvera pas plongé trop durement dans un conflit amoureux! J’ai toujours dit que l’école servait surtout à apprendre à vivre en société, voilà que la maternelle se transforme en un cours de relations sociales. On verra bien ce que ça va donner!

L’horreur et les enfants

Je n’ai pas parlé à Ti-Loup de la tragédie qui a eu lieu au Connecticut et je n’ai absolument aucune envie de lui en parler. Nous ne regardons pas la télé, enfin très peu, et quand on regarde les nouvelles, c’est le soir après qu’il soit allé se coucher. Je ne les ai pas regardées depuis la tragédie. J’ai lu les articles sur le sujet dans la Presse, mais je ne veux pas voir l’horreur défiler à l’écran, j’ai déjà assez de mal à ne pas trop pleurer quand je lis le journal au travail.

Mais hier, on a reçu des courriels de l’école pour nous prévenir que les enfants ont tendance à parler entre eux, que si notre enfant entend parler de la tragédie il risque d’être confus, anxieux, et qu’il ne nous en parlera peut-être pas s’il pense que c’est un sujet tabou. Alors j’hésite. Je n’ai pas envie d’ouvrir une boîte de Pandore si Ti-Loup n’en a pas entendu parler – et c’est quand même fort possible puisqu’il n’est qu’en maternelle. Mais il prend l’autobus scolaire avec des élèves plus grands, il partage avec eux la cour de récréation, il prépare un spectacle avec des plus grands pour Noël, et je ne veux pas non plus le laisser se débrouiller tout seul avec ce genre d’événement s’il en a entendu parler.

Alors comment on demande à un enfant s’il a entendu parler de quelque chose de bouleversant en gardant la conversation assez floue pour ne pas qu’il se mette à poser trop de questions s’il n’en a pas entendu parler?

L’horreur

La fusillade d’aujourd’hui, au Connecticut, me laisse sans voix.

Ce n’est pas la première fusillade. Ça arrive beaucoup trop souvent. On ne comprend pas ce qui pousse des désespérés à faire ça, et habituellement j’arrive à ne pas trop y penser. Je ne sais pas pourquoi ça me touche autant cette fois-ci. Je crois que c’est parce que j’ai lu (je ne sais pas si c’est vrai, mais bon) que ça aurait eu lieu dans une classe de maternelle. Et parce qu’on parle d’une vingtaine d’enfants morts.

Ti-Loup est en maternelle. Il était à l’école quand j’ai appris la fusillade. Alors c’est dur de ne pas faire le rapprochement. Ne pas m’imaginer comment je réagirais si j’apprenais qu’une chose pareille s’est produite à son école. Me voir me précipiter en panique pour apprendre si je vais ramasser un enfant traumatisé et en larmes, ou rester les bras vides comme une vingtaine d’autres parents.

Il ne faut pas trop que j’y pense, parce qu’évidemment je n’y peux rien. Ce genre de choses ne se prévient pas vraiment. Je ne veux pas me transformer en mère poule qui ne laisse pas son enfant s’éloigner de peur qu’il soit victime d’une improbable tragédie. Alors je vais ravaler ma peine et continuer mon chemin en étant simplement heureuse que ce ne soit pas ici, que ce ne soit pas moi, que ce ne soit pas lui. Mais il reste une partie de mon cerveau qui ne peut s’empêcher d’être touchée, une partie de mon coeur qui ne peut s’empêcher de se serrer.

Je crois qu’aujourd’hui, nous sommes tous un peu les parents de ces enfants abattus par un tireur fou, tout en étant si soulagés de ne pas l’être vraiment.

Fierté maternelle

Ti-Loup a reçu son premier bulletin officiel lundi. Au total, huit “matières” évaluées, avec pour chacune trois choix: satisfait presque, satisfait ou dépasse les attentes. Autrement dit, il est inacceptable, et donc impossible, de dire à un parent que son enfant ne satisfait pas du tout aux attentes. Au pire, il y satisfait presque. De quoi régler tous les problèmes de l’univers, n’est-ce pas? Avec l’élimination du redoublement scolaire, nos enfants sont assurés de réussir!

Heureusement, pour nous, le problème ne se pose pas. Ti-Loup a obtenu six mentions “satisfait” et deux mentions “dépasse”. Je suis donc pleinement satisfaite de lui et je ne me suis pas gênée pour le lui dire! Surtout que les deux “dépasse” sont en lecture et en mathématiques, qui sont à mon avis les deux matières les plus importantes sur le bulletin. Là où l’enseignante l’invite à faire des progrès, c’est sur le plan de la motricité fine (écriture, découpage). Grosse surprise: Ti-Loup tient vraiment de sa mère, donc il a de bonnes habiletés de pré-lecture, mais écrit mal. Je peux vivre avec ça!

Sur le plan du comportement, que des choses positives. J’ai d’ailleurs rencontré son enseignante hier qui m’a réaffirmé que Ti-Loup est motivé et veut apprendre, qu’il joue bien avec ses ami(e)s, qu’il est calme, responsable, qu’il écoute bien et se concentre bien sur son travail, et qu’il est parmi les enfants les plus matures de la classe. Surtout, ce que je peux évaluer de mon côté c’est qu’il aime l’école! Il veut y aller (même s’il aime aussi les congés), quand on a dû préparer son exposé oral (montre et raconte, comme ils disent ici), il avait envie de le faire et de pratiquer, et depuis qu’il arrive à reconnaître des petits mots il a hâte de lire ses livres de lecture. Alors je suis vraiment très, mais très contente de son début de fréquentation scolaire!

J’ai aussi rencontré l’orthophoniste qui a fait une évaluation éclair de mon fils. Elle n’a pas vu de problème de bégaiement, ce qui m’a fait réaliser que moi non plus, je ne remarque plus de problèmes de ce côté ces temps-ci. Son orthophoniste au préscolaire nous avait prévenus que souvent, quand un enfant apprend une deuxième langue, il ne bégaie pas jusqu’à ce qu’il la maîtrise, alors on verra, mais pour l’instant c’est positif et même en anglais ça semble être à peu près réglé en ce moment. L’orthophoniste a vu des problèmes d’accès lexical, mais mineurs, et Ti-Loup semble avoir développé des stratégies pour parer au problème (remplacer un mot par un autre quand il ne trouve pas le premier) alors ça ne l’empêche pas de s’exprimer, ce qui serait autrement plus problématique. Elle m’a simplement avertie de surveiller les apprentissages du côté des lettres et de la lecture puisque les enfants qui ont des problèmes d’accès lexical ont souvent plus de mal à se rappeler le nom des lettres et les mélangent plus que les autres enfants. Cela dit, comme ça va bien de ce côté, il n’y a pas d’inquiétude à y avoir pour l’instant, et il va être réévalué au printemps. Il a un peu de misère sur le plan de la grammaire en français (à l’oral, bien sûr), mais quand je lui ai dit qu’il ne parlait pas français avant l’automne, elle en a conclu qu’il manquait juste un peu de pratique et que ça allait se placer tout seul.

En terminant, je remarquais hier soir que quand Ti-Loup joue tout seul, il se parle maintenant en français. C’est donc devenu la langue de son choix et il ne parle anglais que quand il parle à des anglophones (et encore, il parle souvent français à son père).

Bref, Ti-Loup me rend bien fière cette semaine. Je vais en profiter, parce que je suis loin d’être certaine que ça va être pareil avec Cocotte!

Le verre à moitié plein

Je trouve qu’il fait noir de bien bonne heure ces temps-ci. J’arrive du travail à 16 h 30 et on ne peut déjà plus vraiment aller jouer dehors. Mais vous savez quoi? Dans moins de trois semaines, les jours vont recommencer à allonger. Alors dans deux mois, les journées seront déjà plus longues que maintenant, alors que ça commence tout juste à me déranger.

Il y a pire dans la vie que deux mois de noirceur, non?