La fin d’une époque

Je n’ai officiellement plus de bébé : Cocotte est sevrée!

Ça s’est fait naturellement un peu comme pour Ti-Loup, et au même âge (à un mois près). Il y a encore un mois, Cocotte buvait peu, mais régulièrement, le matin en se levant et à mon retour du travail. Puis elle a commencé à sauter des après-midi, et quand elle ne me demandait pas le sein, je ne le lui rappelais pas. Je me suis rendu compte à un moment donné qu’elle sautait aussi certains matins et qu’elle ne buvait presque plus jamais l’après-midi. Et la semaine dernière, lorsqu’elle a tenté de boire le matin, on aurait dit qu’elle n’arrivait plus à prendre le sein comme il faut. Elle hésitait, tétait un peu puis abandonnait. Comme je n’ai pas beaucoup de temps le matin, j’ai dû couper court à ses efforts quand j’ai eu l’impression qu’elle jouait plus qu’autre chose.

Samedi matin, elle m’a demandé du lait. Mais ça faisait déjà trois jours qu’elle n’avait pas bu au sein. Alors je lui ai offert du lait dans un verre, et ça a fait son affaire. Dimanche après-midi, quand elle m’a demandé le sein, j’ai dit qu’elle était rendue trop grande et je lui ai offert de l’eau. Et voilà. Pas de crise, pas de larmes, pas de problème.

C’était le temps, et au fond je suis très fière de moi. Fière d’avoir allaité mes deux enfants jusqu’à un âge où et eux, et moi étaions d’accord sur le fait que c’était assez. Si j’avais essayé plus tôt, si je n’avais pas été aussi convaincue que c’était le temps, ils l’auraient senti et ça aurait été plus difficile. Je m’étais au départ fixé comme objectif d’allaiter jusqu’à deux ans, puisque c’est la recommandation officielle de l’OMS. Je ne juge pas du tout celles qui arrêtent plus tôt ou même qui n’allaitent pas: chaque situation est différente et les circonstances particulières peuvent tout changer. Mais dans mon cas, mes enfants voulaient continuer, mon corps était d’accord, et j’ai donc allaité jusqu’à ce que mes enfants aient deux ans et demi. Et ça s’est terminé tout en douceur.

Bien sûr, je suis un peu nostalgique. Il y a quelque chose de profondément satisfaisant dans le fait d’être la seule source de nourriture de son nouveau-né. Et même quand ils sont plus vieux, l’allaitement est une source de réconfort pour un enfant. C’était quelque chose de spécial que personne d’autre que moi ne pouvait donner à ma fille. Je sais très bien qu’elle n’avait plus besoin de mon lait pour bien grandir physiquement, ce n’était plus une source d’aliments nutritifs importante, mais ça ne lui nuisait pas et sur le plan émotif, c’était une façon de solidifier notre attachement, de nous coller dans les périodes où elle n’était pas toujours facile à vivre. Et puis ça me donnait un petit peu de calme: pendant qu’elle buvait, je pouvais être assise, lire ou naviguer sur Internet, tranquillement, sans qu’elle courre et saute partout en exigeant mon attention.

Mais toute bonne chose a une fin, et je n’allais pas non plus insister pour qu’elle continue. C’était évident qu’on était rendus là, et j’aimais mieux sauter sur l’occasion de la sevrer quand le timing était idéal plutôt que de courir le risque que cette occasion ne se représente plus de sitôt. Et puis si on calcule que je suis tombée enceinte de Ti-Loup en novembre 2006 et que je l’allaitais encore quand je suis tombée enceinte de Cocotte, on peut dire que mon corps n’a pas appartenu qu’à moi depuis plus de six ans. C’est le temps. Même si j’ai un petit pincement au coeur en pensant que je n’allaiterai plus jamais.

Je suis fière de ce que j’ai fait pour mes enfants et j’aurai toujours le souvenir des deux petites boules d’amour toutes chaudes qui ont vécu collées contre moi pendant leurs premiers mois, tout comme le souvenir de petits enfants très verbaux qui, sous l’influence de la toute mignonne erreur propagée par leur papa, m’ont dit: “I want some lait maman”. Ce sont des souvenirs impérissables qui me réchaufferont encore le coeur le jour où, peut-être, je bercerai mes petits-enfants.

Impressionnant

Hier, Ti-Loup avait obtenu la permission d’amener Jérémie à la maison pour jouer après l’école. Jérémie est en première année et habite tout près de chez nous alors il prend l’autobus avec Ti-Loup. Il y a deux semaines, Ti-Loup est allé jouer chez Jérémie après l’école, hier, c’était son tour d’amener son ami chez lui. La maman de Jérémie avait demandé à son autre fils, Léo, un grand de troisième année, s’il voulait lui aussi venir chez nous (auquel cas elle serait venue elle aussi) ou s’il préférait rentrer à la maison. Il avait décidé de venir chez nous. Ti-Loup était aux anges.

Hier après-midi, cependant, la maman de Léo a reçu un appel de l’école pour dire que son aîné était malade. Elle est allée le cherche à l’école, mais c’était déjà la fin de la journée et le temps de prendre l’autobus scolaire. Elle était donc devant un dilemme. Soit elle ramenait les deux enfants, mais Jérémie manquait sa sortie chez Ti-Loup à laquelle il avait très hâte, soit elle demandait à Papa de prendre Jérémie à l’autobus en même temps que Ti-Loup (puisqu’elle n’arriverait probablement pas à temps à l’arrêt pour le ramasser, et puis en plus, Léo étant malade, ça n’aurait pas été agréable pour lui).

Sauf qu’elle n’avait pas notre numéro de téléphone. Elle a demandé à la secrétaire de l’école, qui lui a affirmé n’avoir que mon numéro au travail (il va falloir que je vérifie ça, ce n’est pas normal), et elle n’osait pas me déranger au travail. Elle a donc demandé à Ti-Loup s’il connaissait le numéro de téléphone de Papa. Ti-Loup a réfléchi et lui a demandé s’il pouvait le dire en anglais. Et il lui a donné le bon numéro!

J’avoue que je n’aurais pas pensé qu’il y arriverait. Il y a quelques mois, Papa avait dans la tête une vieille chanson dans laquelle il y a un numéro de téléphone (867-5309). Ti-Loup essayait de chanter avec lui, et Papa lui avait dit que tant qu’à mémoriser un numéro, il devrait en mémoriser un vrai. Il s’était donc mis à chanter la chanson en disant son propre numéro plutôt que celui de Jenny, dans la chanson. Très bon truc mnémonique, mais Ti-Loup se trompait souvent en chantant alors je n’aurais pas pensé qu’il s’en rappelle après plusieurs mois!

Encore une fois, j’avais sous-estimé mon fils… Jérémie et Ti-Loup ont pris l’autobus ensemble et ont joué aux légos jusqu’à l’heure du souper. La maman de Jérémie est venue le chercher avec Léo, qui finalement n’était pas vraiment malade (c’est un enfant extrêmement gêné et je soupçonne fort un mal de ventre d’anxiété). Et nous, on sait que si un jour notre fils est séparé de nous dans une foule, il va pouvoir donner aux policiers le numéro de téléphone de son père, ce qui devrait nous aider à le retrouver!

Ah, l’amour!

Samedi, Ti-Loup était invité à la fête d’une de ses amoureuses… C’est-à-dire une des deux filles de sa classe qu’il a l’intention de marier plus tard. Il était le seul garçon invité à la fête, où il y avait sept ou huit filles en comptant la soeur aînée de la fêtée, avec laquelle Ti-Loup a d’ailleurs beaucoup joué. Pourtant, il a joué avec elles sans aucun problème et je n’ai pas du tout eu l’impression qu’il était la cinquième roue du carrosse, même qu’à son arrivée les filles se sont précipitées sur lui tellement elles étaient heureuses de l’accueillir. Moi, j’ai jasé avec les parents de la fillette et appris qu’apparemment, la rumeur court dans la classe que quand on embrasse un garçon on se marie avec lui.

Au retour, Ti-Loup s’est d’ailleurs remis à me poser des questions sur le mariage, mais cette fois-ci la conversation a pris un tour différent :
- Maman, la prochaine personne qui va déménager dans notre Coop, c’est Daniel?
- Oui.
- Et l’autre qui va habiter avec lui, c’est Antoine?
- Oui.
- Est-ce que ce sont des frères?

Je l’attendais, cette conversation-là. En fait, je suis surprise qu’elle n’ait pas eu lieu avant. Il y a de nombreux couples gais dans notre Coop, des hommes comme des femmes, mais en fait, il y en a un seul avec lequel nous sommes suffisamment amis et qu’on croise assez souvent pour que Ti-Loup ait pu remarquer que ce sont deux hommes qui habitent ensemble. Il ne nous a pourtant jamais posé de questions sur le sujet. Et ça m’a toujours rendu heureuse de voir que pour un enfant qui n’est pas exposé aux préjugés auxquels ma génération l’était encore dans notre enfance, la situation n’était même pas digne d’intérêt. Mais je crois que maintenant qu’il est exposé à des filles qui lui parlent de mariage (et je sais très bien que c’est tout à fait innocent, mais en même temps, je crois qu’il est déjà pas mal confiant dans ses convictions qu’un jour il va se marier avec une fille), tout à coup il s’est mis à se poser des questions. Alors voilà, c’était le moment de répondre en m’assurant de ne pas faire tout un plat de la situation pour ne pas qu’il ait l’impression que c’était anormal.

- Non, Daniel et Antoine ne sont pas des frères.
- Alors pourquoi ils habitent ensemble?
- Parce que ce sont des amoureux.
- Ah… Est-ce que deux hommes ou deux femmes ont le droit de se marier ensemble?
- Oui. Dans certains pays ce n’est pas permis, mais ici on a le droit de marier qui on veut.
- Ah…

Et la conversation a changé de sujet. Ti-Loup était curieux, il a eu la réponse à sa question et est passé à autre chose. Honnêtement, il a eu l’air moins surpris d’apprendre que deux hommes ou deux femmes pouvaient se marier que d’apprendre qu’on ne peut pas marier plus d’une personne. Et moi, je suis bien contente de voir que ça ne le préoccupe pas plus que ça. Peut-être que les élèves homosexuels ou bisexuels de sa génération auront la vie plus facile que ceux de la mienne!

Ti-Loup et les mots

Mon fils ne sait pas lire, mais il s’intéresse de plus en plus aux mots. Dans les petits livres qu’il rapporte de l’école, il déchiffre de plus en plus de mots (même si malheureusement il a plutôt tendance à deviner ce qui est écrit en regardant les images et en oubliant de regarder les letrtes). Il me demande souvent ce qui est écrit ici ou là, ou encore il regarde des emballages et me demande “où est-ce que c’est écrit concombre, maman?” Il vient de faire des cartes de Saint-Valentin pour les 16 autres élèves de sa classe et pour son enseignante, et il a copié leurs noms dans chaque carte en ne faisant qu’une seule erreur (il a oublié une lettre dans un des noms). Ses lettres sont loin d’être parfaites, mais pas une seule n’était à l’envers!

L’autre jour, dans le magazine auquel l’a abonné Grand-Maman, il y avait un mot-caché. Pas un mot-caché d’adulte, mais pas un jeu pour les enfants qui ne savent pas lire non plus: il contenait des mots comme reptile, serpent et anaconda, pour n’en nommer que quelques-uns. Sans écouter sa mère indigne qui lui disait que c’était un jeu trop difficile pour lui, il a repéré un premier mot dans la grille (écrit de gauche à droite et donc relativement facile à trouver). Il m’a demandé quoi faire. Je l’ai entouré pour lui et je l’ai rayé dans la liste. Il s’est mis à chercher les autres. Il a fini par tous les trouver, même ceux qui étaient écrits à l’envers. Il y en avait peut-être dix ou quinze. Il les a entourés lui-même sous ma supervision, parce que sinon il aurait probablement oublié quelques lettres ici et là ou oublié de rayer les mots. Mais sa persévérance m’a ébahie, et il a réussi à trouver la solution!

Il m’a aussi ramenée plus de trente ans en arrière, quand ma gardienne m’avait appris à faire des mots-mystères. Il faut dire que Mommy Ann, comme je l’appelais sans savoir ce que veut dire Mommy, aimait faire les mots croisés dans son journal. Elle aimait aussi regarder des “soaps” américains à la télé une bonne partie de la journée. Alors, probablement pour que j’aie quelque chose de tranquille à faire et que je ne la dérange pas, ou peut-être simplement parce que je le lui avais demandé, elle m’avait appris à faire des mots-mystères. Je ne sais pas quel âge j’avais, mais je ne pense pas que j’avais commencé l’école. Et c’étaient les mots-mystères du journal. Enfin, passons.

Hier soir, Ti-Loup m’a encore plus surprise. Il a reçu un autre magazine à l’école, dans lequel il y avait un petit mot-croisé d’enfant : une dizaine de dessins portant chacun un numéro, chaque numéro renvoyant aux cases où l’on doit écrire le mot, qui s’entrecroise avec un ou deux autres mots au plus. Il m’a demandé comment ça fonctionnait.

- Tu vois, le numéro ici? Ça veut dire qu’il faut que tu trouves quel est le mot, et tu l’écris dans les cases où il y a le même numéro. Alors ici, ce serait quel mot?
- Blocs?
- Je pense que c’est plutôt Légos…
(Je vérifie dans ma tête le mot qui croise, sans pointer du doigt ni dire quoi que ce soit qui puisse lui donner un indice.)
- Non, tu as raison, c’est bien “blocs”.
Et c’est là qu’il m’a jeté par terre. Il a pointé le mot qui croise, le numéro 5 (donc pas le mot suivant). Il a regardé l’image numéro 5, et il a déclaré:
- Oui, parce que le mot ici c’est “poupée” alors il faut qu’il y ait un “o” ici.

Je n’aurais même pas pensé qu’il puisse savoir qu’il y a un “o” dans “poupée” (je pense qu’il sait lire le son “on”, mais à part ça, les sons combinés qui ne font pas le même son que les lettres qui les composent, d’habitude il ne sait pas comment les lire). J’ai été extrêmement impressionnée. Je lui ai trouvé un crayon pour qu’il puisse écrire le mot, je lui ai demandé par quelle lettre “blocs” commençait, il a dit “l”, je lui ai donné une autre chance en prononçant le mot comme il faut, il a dit “bl”, et j’ai été déconcentrée par Cocotte qui voulait de l’attention. Quand je suis retournée voir Ti-Loup pour l’aider à trouver les lettre suivantes, il avait écrit “b-l-a-k”. C’était la première fois qu’il essayait d’écrire un mot tout seul en décodant les sons qui le composent. Pas tout à fait ça, mais un très, très bel effort!

Ben oui, je sais, il a de qui tenir… Mais la tête de cochon, ça, il la prend où?

Spécial Saint-Valentin

Pour vous mettre de bonne humeur, voici ma conversation d’hier avec Ti-Loup :

- Quand je vais être grand, je vais me marier avec Karine et avec Léa (noms fictifs).

(Ne pas rire… Surtout ne pas rire! Mon fils me parle de quelque chose d’important pour lui. Je ne veux pas qu’il pense que je ris de lui! Grande respiration, on réfléchit à une réponse intelligente…)

- Mmm… Malheureusement, mon homme, on ne peut pas se marier à deux personnes en même temps.
- Est-ce que je peux me marier avec une et plus tard me marier avec l’autre?
- Certaines personnes se marient, et plus tard ils décident qu’ils ne veulent plus être mariés avec cette personne-là et ils divorcent, et après ils peuvent se marier avec quelqu’un d’autre. Mais il faut arrêter d’être marié avec la première personne. On n’a pas le droit d’être marié avec plusieurs personnes en même temps.

Mon fils me regarde comme si je venais de lui dire quelque chose de vraiment bizarre.
- Pourquoi on ne peut pas?
- C’est comme ça, c’est la loi. Dans certains pays on peut, mais pas au Canada.

Est-ce que je suis en train de brimer mon fils d’un mode de vie alternatif? Rectifions :
- Certaines personnes ont plus qu’une blonde ou un chum en même temps. Mais ils ne peuvent pas être mariés à plus qu’une personne en même temps.
- La mama de Karine lui a dit qu’elle pouvait être mariée à plus qu’une personne en même temps.

Mon fils est naïf. Il croit tout ce qu’on lui dit. Marie, à l’école, lui a dit qu’elle sait plus de choses que la maîtresse et quand j’ai dit à Ti-Loup que ce n’était pas possible pour une petite fille de 5 ans (sa maîtresse écrit quand même des lettres aux parents sans fautes), il a répondu “Mais Marie me l’a dit!”, comme s’il ne pouvait pas imaginer que quelqu’un puisse mentir. Même si lui, il ne se gêne pas pour détourner la vérité avec nous. Mais je m’éloigne du sujet. Karine est LA préférée de Ti-Loup dans sa classe alors je ne veux (peux?) pas trop la dénigrer devant lui.

- Je pense que Karine a dû mal comprendre ce que sa mère lui a dit, parce que je suis absolument certaine qu’on n’a pas le droit d’être marié à plusieurs personnes en même temps et je suis sûre que sa maman le sait elle aussi.

Plus tard, avant le dodo:
- Maman, est-ce que quand on est adulte on peut être avec quelqu’un et… (il cherche ses mots) vivre avec quelqu’un sans être marié?
- Oh oui! Plein de gens ont un amoureux sans être mariés.
- Est-ce qu’ils portent un anneau?
- Certaines personnes portent un anneau même s’ils ne sont pas mariés. Habituellement, ceux qui ont un anneau sur ce doigt-là en particulier, c’est pour montrer aux autres qu’ils sont mariés ou qu’ils ont déjà un amoureux qu’ils aiment beaucoup et donc qu’ils ne veulent pas en avoir d’autre. Mais n’importe qui peut porter un anneau juste parce qu’il trouve ça beau si il veut.
- Oh…
- Mais tu sais, la plupart des gens VEULENT être mariés seulement avec une personne ou avoir seulement un amoureux à la fois (J’aurais peut-être été plus honnête en disant que la plupart des gens VEULENT que leur conjoint ait seulement eux comme amoureux, mais bon, il a cinq ans et la monogamie demeure la norme dans notre société.)
- Oh…

On a laissé ça là pour hier soir. Mais je me demande si ça va revenir sur le sujet… Que voulez-vous, mon fils a DEUX meilleures amies dans sa classe. Une classe de 17 dont seulement 5 garçons, donc il a l’embarras du choix. Disons que je ne m’inquiète pas encore! Je suis sûre que les filles vont se faire un devoir de lui expliquer, un jour, qu’elles ne veulent pas qu’il soit marié avec elles deux. En attendant, j’ai assez pété sa baloune!

Joyeuse Saint-Valentin pour demain!

Ouf!

Est-ce que c’est normal de penser que mon enfant de deux ans a besoin d’un psychologue ou d’un psychiatre? D’avoir fait des recherches et trouvé le numéro des services de counseling psychologiques pour enfants de la région? Et de m’être dit que si ce n’est pas elle, c’est moi qui va avoir besoin de services professionnels?

Samedi, la journée a été infernale. C’est dur à expliquer, mais Cocotte s’oppose à absolument tout ce qu’on lui dit. Même quand elle nous demande quelque chose et qu’on le lui donne, elle fait quand même une crise, quand elle ne nous lance pas tout simplement l’objet par la tête! Je ne sais pas combien de fois je l’ai mise en punition dans sa chambre parce qu’elle m’avait donné un coup exprès et qu’elle refusait de s’excuser. Ça peut durer dix ou quinze minutes avant qu’elle se tanne et s’excuse, puis elle recommence quelques minutes plus tard. Aux repas, c’est infernal. J’en avais les larmes aux yeux samedi soir. J’ai essayé de comprendre ce qu’on fait qui ne marchait pas, et je me suis dit, notamment, que j’accordais trop d’attention à ma fille quand elle fait des mauvais coups. J’ai essayé de l’ignorer davantage plutôt que de la chicaner ou de la mettre en punition dans sa chambre. Et dimanche, la journée s’est étonnamment bien passée.

Mais ce matin, le démon était de retour. Mademoiselle a refusé de mettre sa bavette pour déjeuner, a fait une énorme crise. Papa lui a dit que si elle ne mettait pas sa bavette, elle n’aurait pas de déjeuner. Elle a jeté sa bavette par terre et a continué de hurler en réclamant son muffin. Ce n’est que quand je suis revenue de prendre ma douche qu’elle s’est un peu calmée et a demandé gentiment qu’on lui redonne sa bavette, comme elle le fait souvent. Mais ce matin, plutôt que de lui donner une dernière chance en se battant avec elle pour qu’elle se dépêche de manger et qu’on ne soit pas en retard (elle attend toujours à la toute dernière minute pour faire amende honorable), on lui a a expliqué que malheureusement, il n’y avait plus de temps! Papa devait partir (avec Cocotte) mener Ti-Loup à l’arrêt d’autobus. Alors Cocotte s’est passée de déjeuner. Évidemment, elle pourra manger au retour à la maison 20 minutes plus tard, on ne la laissera pas mourir de faim. Mais comme elle nous fait ce genre de crises tous les matins, à un moment donné, il faut qu’elle comprenne, non? Ça l’a mise dans une énorme rage et il a fallu qu’on l’habille de force. Ils sont partis avec Cocotte qui criait encore. Et il n’était que huit heures!

Je sais qu’elle est dans la période la pire, je sais qu’elle a beau parler très bien, elle n’a pas la maturité émotionnelle pour savoir gérer sa frustration, je comprends ça, mais en attendant, on fait quoi, nous? Est-ce que c’est normal qu’elle se tire les cheveux quand elle est fâchée, ou qu’elle se morde les doigts à y laisser des traces? Évidemment, comme ce genre de comportement autodestructif nous fait réagir, elle continue. Après avoir passé deux semaines lui dire d’arrêter de se tirer les cheveux, je viens de réaliser que je devrais plutôt l’ignorer parce que ça ne fait qu’empirer et je n’ai aucun moyen de l’empêcher. Si je lui attache les cheveux (ce qu’elle déteste alors il faut que je la tienne et que je le fasse de force) elle enlève l’élastique tout de suite après.

Je ne sais plus comment la prendre et je suis dangereusement près du bout du rouleau. Mais j’ai la ferme impression que si j’essaie d’obtenir de l’aide, on va simplement me répondre que ce sont les “terrible twos”, que ça va s’arranger avec le temps. D’un côté, j’ai l’impression qu’il faut que je serre la vis à ma fille pour qu’elle comprenne que ses comportements de crise ne lui apportent rien et qu’elle ne peut pas continuer d’attendre à la toute dernière chance pour s’excuser ou se calmer. Mais de l’autre, j’ai l’impression d’être toujours en train de la chicaner et je veux lui donner la chance de réussir. Dimanche, j’ai passé ma journée à essayer de faire du renforcement positif, mais quand je lui faisais des compliments elle se mettait à faire le contraire de ce que je complimentais (crier, donner des coups, etc.).

Je ne suis pourtant pas stupide, mais elle a le don de faire ce qui nous dérange le plus. J’aurais besoin qu’un spécialiste nous suive pour la journée et me pointe les comportements que j’ai qui empirent les choses, parce que c’est comme rien, on doit, sans le vouloir, renforcer certains comportements négatifs. Je sais que la distraction est un outil très précieux, mais parfois, quand elle en est rendue à sa enième crise, je n’ai pas l’énergie pour essayer de la faire rire et de la sortir de sa crise. Oui, parfois ça marche. Mais des fois, j’ai trop envie de lui sacrer une claque pour arriver à lui faire un prout sur le bedon. Je n’arrive pas à faire de l’humour quand elle m’a déjà poussée à bout.

Ne vous en faites pas, je ne suis pas rendue à la claque…

Une chance que d’autres fois, elle vient se coller contre moi et me dire qu’elle m’aime et me donner des bisous. Ça aide quand même à l’endurer sans lui envoyer une baffe.

Et après ça, on se demande pourquoi les récits sur ma vie de famille a sur mes collègues de travail l’effet d’un très, très bon contraceptif…