Un nouveau deuil

Ce soir, je dirai au revoir à ma voisine qui a perdu sa fille il y a un an et demi.

Je n’ai pas beaucoup parlé d’elle depuis la mort de sa fille parce que son histoire est compliquée et que je ne voudrais pas qu’elle (ou d’autres membres de sa famille) se reconnaisse un jour sur mon blogue. En gros, après avoir longtemps hésité, elle a accepté il y a plus d’un an un emploi dans une autre ville, qu’elle doit occuper à partir du mois prochain. Il s’agissait d’un emploi dans la ville où son mari habitait et où il semblait vouloir rester, et malgré son hésitation à quitter l’endroit où sa fille avait passé toute sa vie, elle avait décidé de faire ce sacrifice pour réunir sa famille.

Peu après, son mari a quitté son emploi et est revenu habiter ici en attendant qu’ils retournent là-bas ensemble. Malheureusement, avec cette nouvelle cohabitation, le couple a fini par imploser. Rien de surprenant lorsqu’on sait qu’un couple qui perd son enfant a peu de chances de résister, et encore moins surprenant dans leur cas puisqu’ils semblaient avoir des problèmes bien avant la maladie de leur fille. Après le divorce, mon amie aurait pu décider de renoncer à l’emploi qu’elle avait accepté, mais elle ne l’a pas fait, croyant que son ex-mari allait retourner là-bas et que leur fils pourrait ainsi avoir ses deux parents, même si ce serait séparément. Mais à l’heure actuelle, le père en question semble avoir plutôt décidé de rester ici même après le départ de son fils et de son ex-femme. Disons qu’il a un esprit de contradiction plutôt bien développé!

Ils partent donc demain. Ce soir, nous leur faisons une petite fête. Et même si je me suis éloignée de mon amie dans la dernière année, je sais que je vais quand même trouver ça très dur

Nous n’avons jamais été des amies intimes, plutôt de bonnes connaissances qui jasions en arrière-plan pendant que nous enfants jouaient ensemble. Papa et moi avons essayé de l’appuyer dans son deuil, puis à travers les problèmes de couple qui ont suivis, mais nous avons eu beaucoup de mal à le faire. Nous avions beau tenter régulièrement de communiquer avec elle ou de la relancer, les réponses se faisaient rares. Je ne peux pas lui en vouloir puisque je crois que c’est une des manifestations de son deuil, qu’elle vit très difficilement, mais ça nous a bien sûr éloignées. La difficulté de garder le contact avec elle alors que nous habitons dans le même immeuble m’a convaincue qu’après son déménagement, je ne réussirais sans doute pas à maintenir nos liens. Et un peu par égoïsme pour réduire ma peine lors de l’inévitable séparation, je l’ai laissée s’éloigner. Beaucoup aussi parce que je n’étais pas assez proche d’elle pour lui secouer les puces et lui faire comprendre qu’elle s’isolait exprès.

Peut-être qu’au fond ça va lui faire du bien de s’éloigner de l’endroit où sa fille a vécu et où elle est morte. Peut-être qu’elle a besoin d’une cassure nette pour refaire sa vie avec son fils et un jour, je l’espère, un autre homme. De mon côté, je me prépare à vivre ce deuxième deuil.

J’ai toujours nourri l’espoir qu’elle et moi nous rapprocherions davantage. Elle parle parfaitement français et j’avais toujours pensé que nos enfants seraient des amis proches qui parleraient français ensemble. Ti-Loup avait un an de moins que sa fille, mais Cocotte aurait été dans la même année scolaire que son fils. Son fils si mignon, intelligent et charmeur qui, même s’il grandit dans l’ombre de cette soeur décédée alors qu’il n’avait que deux ans, semble être resté rieur et heureux. Ce garçon bien élevé qui aurait pu faire un si bon ami pour ma fille ou un acolyte avec lequel mon fils aurait pu jouer au soccer et au hockey dans la cour.

Ils partent demain, mais le souvenir de leur fille restera derrière eux. Dans vingt ans, j’en suis persuadée, je parlerai encore de cette petite fille qui aura laissé une si grande impression dans ma vie. Elle dont j’ai encore du mal à parler sans me mettre à pleurer. Est-ce que je serai la seule, ici, qui aura été aussi touchée par sa mort? Une fois sa mère partie, est-ce que je serai la seule à continuer de vivre ce deuil?

Ce soir, je vais leur dire au revoir, mais je sais que même si je ne les revoyais plus, même s’ils m’oublient, moi je ne les oublierai jamais. Je compte continuer à faire deux fois l’an, le jour de la naissance et le jour de la mort de la petite, un don en son nom à l’hospice où elle a été soignée. Et je sais que cette histoire triste sera toujours en moi. J’espère pouvoir garder contact avec mon amie, ne serait-ce que par Facebook. J’espère qu’elle reviendra nous dire bonjour quand elle sera en visite à Vancouver. Et j’espère pouvoir lui faire comprendre que ce deuil, qu’elle porte si lourdement, fera aussi toujours partie de moi. Mais cette histoire finit peut-être comme ça. C’est ça que je dois accepter ce soir, et j’en pleure déjà.

Au revoir à toi!

Ti-Loup, son amie et sa mère à la dernière fête de la petite, pour ses cinq ans.

 

Ouf!

Je suis de retour de vacances. Deux semaines au Québec, une petite semaine de travail (pendant laquelle Ti-Loup avait un camp de baseball qui s’est avérée épuisante et mal organisée), puis une semaine à Kelowna pour ce qui sera sans doute nos dernières vraies vacances au verger de feu la grand-mère de Papa avant qu’il soit vendu. En effet, la mère de Papa n’a pas réussi à s’entendre avec son frère et sa soeur. Elle voudrait garder une partie du verger. Ses frère et soeur veulent vendre au plus vite. La propriété est donc en vente pour la faible somme de 1,2 million de dollars… Ça ne se vendra peut-être pas rapidement, mais on ne sais pas, alors on en a essayé d’en profiter pendant qu’on était là! Papa y passe ses vacances depuis qu’il est né, alors c’est triste pour lui de penser que c’est la fin.

Nous avons eu beaucoup de plaisir, mais physiquement, ça a été dur. Il a fait tellement chaud! Entre 33 et 36 degrés toute la semaine, ce n’est pas propice à l’activité physique! Les enfants ont quand même eu beaucoup de plaisir grâce au seau de ballons d’eau qu’on a acheté, et puis Ti-Loup a profité de la température plus fraîche après le souper pour jouer au baseball sur le grand terrain. Avec Sherpa (notre ancien chien qui vit maintenant avec mes beaux-parents) pour rapporter les balles frappées, ça réduisait l’effort nécessaire. On a cueilli environ 200 livres de cerises, on en a équeuté et fait sécher au moins 100 livres. On a visité plusieurs fois le Village des Valeurs de Kelowna, où on trouve toujours du beau linge pour les enfants, et trouvé pour eux des jouets qui les ont occupés durant les heures creuses. On a trouvé quelques parcs où faire des pique-nique et pateauger dans l’eau. On a visité la famille de Papa à Vernon, où les enfants ont rencontré leur nouveau cousin qui est né en mars. On a joué dans les jeux d’eau. On a bu beaucoup de solution de réhydratation… et on a survécu.

Cocotte est toujours aussi obsédée par le mauve, mais on a découvert une limite à son obsession: les patates mauves, ça reste avant tout des patates, et elle n’y a même pas goûté! Après une semaine à ne pas dormir assez en raison de la chaleur, du soleil qui se lève tôt, de la cohabitation à quatre dans une petite chambre, etc., tout le monde était épuisé hier. Et quand on est revenus, le chat avait fait pipi sur deux de nos carpettes, plus un caca qui s’était répandu un peu partout et dans lequel Cocotte a mis le doigt. En plus Cocotte a fait pipi à travers sa couche pendant que j’essayais de ramasser la merde du chat. Tout un retour! Disons que la journée d’hier est à oublier…

Maintenant il faut préparer la fête de Ti-Loup, qui approche à grands pas. Il aura droit à un gâteau dans la cour de la Coop avec tous les voisins, puis à une sortie en après-midi avec trois de ses amies d’école qu’il reverra pour la première fois depuis un mois. Plein de plaisir en perspective! Il est temps pour Papa de commencer à préparer son célèbre gâteau à la crème glacée maison…