Histoire de toutous

Il y a un peu plus de six ans, quand j’ai appris à ma meilleure amie que j’étais enceinte, elle m’a emmenée dans une de ces boutiques où on se fabrique un toutou. Elle voulait offrir à Ti-Loup son premier toutou. Nous l’avons encore et les enfants jouent toujours avec lui. Et chaque fois que je le vois, il me réchauffe le coeur parce qu’il me fait penser à celle qui me l’a offert.

Cette même amie part demain pour le Vietnam chercher sa fille. Je ne lui avais pas encore fait de cadeau de “naissance”. J’avais tellement peur que quelque chose arrive et que ça ne fonctionne pas. Après toutes les déceptions qu’elle et son mari avaient eues, je n’osais pas imaginer à quel point ça serait dur pour eux, et je ne voulais pas leur donner quoi que ce soit pour leur fillette avant d’être certaine qu’ils l’auraient pour vrai! Et puis il a été question qu’ils passent par chez nous en chemin vers le Vietnam, alors j’ai pensé qu’ils pourraient prendre mon cadeau en passant. Mais finalement, ils ont dû changer d’itinéraire puisque le détour leur aurait coûté 1000 $… chacun!

Quand j’ai su qu’ils ne passeraient pas par ici, j’ai été très déçue : j’étais tellement contente qu’ils viennent me voir! Je comprenais très bien, évidemment. À ce prix là, ce n’est même pas un choix, quand on peut épargner 2 000 $, on le fait! Mais je me trouve tellement loin d’eux alors qu’ils vivent l’évènement le plus important de leur vie (oui, ça me fait comprendre comment mes proches se sont sentis quand MES enfants sont nés), j’aimerais tellement pouvoir les aider et je me sens si impuissante à l’autre bout du pays. J’avais besoin de faire quelque chose, n’importe quoi. J’ai décidé d’aller à la chasse au toutou.

Papa m’a suggéré de trouver un toutou de la même collection que l’écureuil que Cocotte a reçu à Noël et qu’on trouve si mignon. Après quelques heures sur Internet et un appel téléphonique, j’ai réussi à trouver un hérisson de la même collection dans une boutique de Vancouver. Les enfants et moi sommes allés le chercher. Avant de l’emballer, les enfants lui ont donné plein de câlins, pour s’assurer qu’il soit bien plein d’amour à transmettre à sa future destinataire. Et puis Hedgie, comme ils l’ont appelé (de Hedgehog, hérisson en anglais), allait s’ennuyer de Squirrely (mes enfants ont tellement d’imagination!), alors on a pris des photos pour avoir des souvenirs.

 

 

 

 

 

 

 

 

N’est-ce pas qu’ils ont l’air tout sérieux, presque tristes? Et de plus en plus vieux… J’espère que la fille de mon amie (il va falloir que je lui trouve un surnom, à celle-là, si je suis pour continuer de parler d’elle!) l’aimera elle aussi et que bientôt Hedgie et Squirrely seront réunis pour une belle grande visite!

Quand j’ai expliqué à Ti-Loup que mon amie allait chercher une petite fille orpheline dans un autre pays, il a demandé s’ils allaient retourner visiter la maman de la fillette. J’ai répété que la fillette n’avait pas de maman, que sa maman avait dû l’abandonner parce qu’elle ne pouvait pas s’occuper d’elle comme il faut, que maintenant sa maman allait être mon amie, il continuait de demander “Mais, ils vont aller la visiter plus tard?”. Il ne pouvait pas comprendre qu’une enfant puisse vivre sans sa maman, qu’une maman puisse vivre sans son enfant. Et quand j’y pense, je suis bien contente qu’il ne puisse imaginer une telle situation. Ça montre au moins que j’ai réussi une chose: lui faire sentir que je vais toujours être là pour lui et que je ne pourrais jamais choisir de vivre sans lui.

Bonne chance à mes amis pour leur voyage. On va penser très fort à vous. Et on va mettre le téléphone sur la table de chevet, juste au cas où…

Une petite fille au nouvel An

Je vous ai déjà parlé de ma meilleure amie, celle qui attend (im)patiemment de devenir mère depuis plus de cinq ans, depuis avant que Ti-Loup soit apparu sans crier gare dans nos vies. Quand je suis tombée enceinte, j’espérais tellement qu’elle tombe enceinte elle aussi sous peu pour qu’on ait des enfants du même âge. Mais non. Je peux seulement imaginer la déception qu’elle a dû vivre, mois après mois alors que moi, je grossissais mois après mois.

Trois ans plus tard, quand je suis tombée enceinte de Cocotte, elle avait entrepris des démarches en clinique de fertilité. Encore une fois, on espérait toutes les deux. Je comptais les mois : si ça fonctionne, nos enfants auraient seulement quelques mois de différence. Mais le nombre de mois augmentait, et ça ne fonctionnait toujours pas. Si moi j’étais déçue, imaginez elle (et son mari aussi, bien sûr, mais bon, c’est elle ma meilleure amie… lui est seulement un de mes meilleurs amis :-) !

Ils ont fini par se tourner vers l’adoption. Un autre paquet de démarches. Une étude psychosociale de leur couple, parce que n’importe quelle idiotte peut avoir une grossesse non planifiée (j’en suis la preuve vivante), mais il faut un diplôme de parent pour se charger d’un orphelin. Je comprends, bien sûr, on a tous mal au coeur quand on apprend qu’un enfant a été maltraité par sa famille adoptive. Les autorités doivent se prémunir contre la recherche de coupables qui s’ensuit toujours. Mais ça reste absurde quand on se retrouve dans cette situation. Ils ont donc franchi toutes les étapes, fait remplir tous les documents, certificat du médecin, vérification du casier judiciaire, lettres de référence d’amis et de parents… Ils sont passé de tracasserie administrative en paperasseries de toutes sortes, à la poursuite de leur rêve.

Ils allaient adopter un enfant chinois. Un enfant ayant des besoins spéciaux, un enfant qui n’était pas « parfait », pour que ça aille plus vite. Parce que quand ça fait six ans qu’on attend un enfant, on commence à trouver la grossesse pas mal longue. On leur a envoyé, un beau matin (ou était-ce un soir?) le dossier d’une petite vietnamienne. Une petite fille parfaite dans ses imperfections. Une petite fille qui n’était pas pour eux puisque ce n’était pas le bon pays et qu’elle avait déjà plus de deux ans. Une petite fille qui avait des problèmes aux yeux, une vision basse, choses qui pourront peut-être être corrigées, peut-être pas. Pile ou face. Une petite fille dont on ne leur disait que du bien, qui parlait déjà, qui interagissait avec ses compagnons et ses nounous, qui semblait en très bonne santé, à part les yeux, bien sûr. Une petite fille qui représentait tout ce qu’ils voulaient et tout ce qu’ils craignaient à la fois. Ils devaient décider tout de suite.

Ils ont dit oui. Les jeux sont faits, rien ne va plus! Ce n’était pas fini pour autant, oh non! Ils ont encore dû attendre pendant des mois. C’était leur fille, elle leur était promise, mais après toutes les déceptions qu’ils avaient vécu, ils ont dû avoir du mal à y croire avant de recevoir les papiers officiels. Ils devaient bien y croire, pourtant, puisqu’il fallait préparer son arrivée. Faire signer d’autres papiers, traverser d’autres épreuves (donne la patte, fais la belle)… Peinturer la chambre. Trouver des vêtements. Choisir un nom. Et, toujours, attendre.

Ils ont finalement obtenu tous les papiers. Ils n’attendent plus que la date de leur voyage, qui devrait avoir lieu à la fin du mois. Leur petite fille les attend, enfin, on lui a même montré leur photo. Et tout ce qu’ils entendent sur elle est positif. L’aventure n’est pas pour autant terminée: elle ne fait que commencer. Quand ils iront la chercher, leur fille viendra d’avoir trois ans. Elle aura déjà développé une bonne partie de sa personnalité, vécu certaines des années les plus formatrices de sa vie loin d’eux, dans un centre pour enfants handicappés, sans savoir qu’ils l’attendaient déjà et qu’ils rêvaient déjà d’elle à l’autre bout du monde. Elle devra tout laisser derrière pour partir avec ces deux personnes qu’elle va venir de rencontrer. Des gens qui ne ressemblent à rien de ce qu’elle a déjà vu. Qui parlent une langue différente, qu’elle ne comprendra pas. Qui ont une odeur différente. Qui ne mangent pas la même chose. Qui vivent dans un endroit tout blanc, elle qui n’aura jamais vu de neige. Qui voudront la couvrir d’amour. Les acceptera-t-elle?

C’est un grand pari qui se joue ici. Le pari d’une vie. Ils auraient pu décider de faire leur chemin sans enfant, de ne pas prendre la chance de se retrouver avec, à leur charge, cette personne dont on ne sait pas si elle arrivera à s’attacher à eux, ou si elle s’avérera aveugle au sens de la loi. Qui aura peut-être des difficultés d’apprentissage ou des problèmes de santé. Ils ont fait le pari que leur vie serait plus pleine avec elle, parfaite ou pas, que sans elle. Ils ont choisi de ne pas courir le risque des regrets.

C’est un peu ce que vivent tous les parents, au fond. Fois cent.

Je n’ai pas de mots pour dire à quel point je suis contente pour mon amie et son mari. Mais si je me permets d’être égocentrique, vous savez ce qui me fait le plus plaisir? Leur fille n’aura que huit mois de plus que Cocotte. Elles seront dans la même année scolaire. Ce ne sera ni de la façon qu’on l’espérait ni au moment où on le souhaitait, mais on aura finalement des enfants du même âge!

Un enfant pour Noël

Pas moi, ne vous inquiétez pas. J’en ai assez de deux!

Pas moi, mais ma meilleure amie, qui désespère depuis plus de cinq ans d’avoir enfin un enfant.

Elle n’est pas enceinte, mais elle et son mari ont choisi une petite fille qui deviendra bientôt la leur. Elle est toute mignonne et se trouve actuellement dans un orphelinat du Vietnam. Elle aura presque trois ans quand ils iront la chercher, sans doute à la fin de l’année. Ça risque de leur faire un sacré beau cadeau de Noël!

Vous ne pouvez pas savoir à quel point je suis contente que ça aboutisse enfin, toutes leurs démarches. Évidemment, c’est loin d’être fini, et même quand ils vont l’avoir ramenée, ils vont avoir bien du travail à faire avant de pouvoir vivre une vie normale avec cette fillette qui aura été arrachée à son milieu. Mais avec un peu de chance, ses blessures ne seront pas trop profondes et leur amour (et leur humour) fera le reste.

Mes amis vont combler leur désir d’avoir un enfant tout en offrant une nouvelle vie à une petite sans parents. Et en plus, leur fillette aura moins d’un an de plus que Cocotte. Qui sait, elles deviendront peut-être bonnes amies (même si on ne se verra pas souvent)!

Mon amie a eu beaucoup de malchance dans sa vie, alors cette fois-ci j’aimerais beaucoup que tout se passe bien. Pour une fois, est-ce que ce serait possible que les démarches se passent bien et qu’ils tombent sur une enfant qui s’adaptera facilement à son nouveau milieu et leur apportera vraiment la joie qu’ils espèrent depuis si longtemps? Je ne crois toujours pas en Dieu alors je ne peux pas prier, mais mettons que j’implore la Providence. C’est leur tour, me semble!

Juste ça? Vraiment?

Des amis ont donné mon nom comme référence dans un processus d’adoption. Je m’attendais à recevoir un questionnaire de six pages comportant une foule de questions à développement embêtantes. Pas du tout. Une page. Quatre questions (si on ne tient pas compte des questions sur mon identité et sur le nombre d’années depuis lesquelles je connais le couple). Pour chacune des questions, au plus une ligne pour écrire la réponse.

J’essaie de comprendre le pourquoi de la chose. On ne précise pas, sur le questionnaire, si celui-ci est confidentiel. Va-t-on le montrer à mes amis s’ils veulent savoir, par exemple, pourquoi leur dossier n’a pas été accepté? Une chance que je n’ai aucun doute sur leur capacité à s’occuper d’un enfant, parce que ça pourrait me mettre dans une situation embêtante où j’aurais à choisir entre protéger un enfant éventuel ou mes amis. J’imagine que l’organisme qui administre le questionnaire sait très bien que si un couple donne une certaine personne en référence, les chances que cette personne ait d’eux une opinion négative sont assez faibles merci. N’empêche, tant qu’à se donner la peine de consulter des références, il me semble qu’ils pourraient le faire mieux.

Ils auraient pu me passer un coup de fil. Ça ne prendrait pas beaucoup de temps pour poser ces quatre questions, et à l’oral, les chances que de l’information moins avantageuse sur le couple se glisse dans la conversation par erreur sont sans doute beaucoup plus grandes. Et puis il y a une question, toute simple, que j’aurais posée: seriez-vous prêt à leur confier vos propres enfants? Dans le cas présent, j’aurais répondu oui, sans hésiter. Mais la question n’est pas là. La dernière question ressemble à: considérez-vous qu’il y a un empêchement majeur à ce que ces personnes adoptent un enfant. Majeur. Ils ne veulent pas connaître d’empêchements mineurs. Et ils ne veulent pas qu’on fasse de commentaires généraux sur le couple puisqu’il n’y a pas de place pour ça. Je trouve quand même ça étrange. Je m’attendais à davantage de questions ouvertes.

En plus, on me fournit une enveloppe préadressée pour retourner mon questionnaire, mais elle n’est pas préaffranchie. Pas que ça me dérange de payer le timbre. Je trouve juste que ça fait cheap. Je trouve qu’on ne dirait pas qu’ils font vraiment tout ce qui est en leur pouvoir pour s’assurer que les personnes sondées vont vraiment répondre au questionnaire.

Après tout, on parle juste de la vie d’un enfant… et d’un couple.