Des fois, les étoiles sont bien alignées!

Je vous ai sûrement parlé de ma bonne amie qui est partie habiter en Australie… Même si elle et son mari ont choisi de vivre à Vancouver, ils n’y ont pas des racines très profondes : ses parents sont en Écosse, sa belle-famille, en Afrique du Sud et son frère, en Nouvelle-Zélande. Alors quand son employeur lui a offert un contrat de 18 à 24 mois en Australie, elle a sauté sur l’occasion, surtout que les conditions étaient géniales : tous leurs frais étaient payés là-bas, ils peuvent louer leur maison pour un montant supérieur à leur hypothèque ici, son mari était lui aussi embauché par l’entreprise et ça allait lui donner une expérience de gestion pour son CV. Elle est donc partie il y a 6 mois, et on ne s’était pas vraiment donné de nouvelles depuis, si ce n’est quelques bribes sur Facebook.

Et justement, lundi, sur Facebook, son mari lui a souhaité un beau voyage à Vancouver. Je me suis dit qu’occupée comme elle est toujours, elle n’aurait sûrement pas le temps de nous voir. Qu’elle a plein d’autres amis à qui elle accorderait sans doute la priorité. Que si elle voulait me voir, elle m’aurait écrit… Plein d’idées défaitistes inspirées par mon manque de confiance en moi habituel. Mais bon, on s’entend vraiment bien (quand elle est ici), nos enfants s’entendent bien, nos maris s’entendent bien… alors j’ai décidé de prendre la chance de me faire rejeter et je lui ai envoyé un courriel mardi soir en expliquant qu’elle n’aurait sûrement pas le temps de me voir, mais bla bla bla.

Elle a répondu hier : elle venait d’atterrir, le voyage avait été décidé à la dernière minute, elle n’avait pas eu le temps de contacter personne, mais n’avait aucun plan. Elle s’ennuyait des sushis de Vancouver et se demandait si on avait envie d’en commander pour le souper. Ce n’est qu’en lisant son message que je me suis rendu compte à quel point je m’étais vraiment ennuyée d’elle… Je l’ai appelée, on s’est donné rendez-vous pour souper à la maison, et on a passé une soirée géniale! On a pu rattraper le temps perdu, elle nous a montré des photos des enfants, elle a confirmé qu’ils ont toujours l’intention de revenir, et elle a même dit qu’elle essayerait de venir faire la course Terry Fox avec nous dimanche.

Parfois, il faut faire taire les voix négatives qui essayent de nous faire croire qu’on n’en vaut pas la peine, et il faut foncer un peu! Qui ne risque rien n’a rien. Quand on essaie un peu, parfois, les étoiles s’alignent juste comme il faut!

Le monde est petit…

Le “monde” francophone de Vancouver est particulièrement petit…

Il y a un peu plus de six ans, quand j’ai suivi un cours prénatal sur l’allaitement, il y avait une autre francophone dans la classe. Nous avions la même date d’accouchement prévu, alors à la pause nous avons jasé un peu. Elle m’avait donné sa carte de visite. Ti-Loup était finalement arrivé quatre jours avant, et sa fille, six jours après, la date prévue. Nous avions communiqué par courriel quelque fois, nous nous étions croisées à quelques activités parents-bébés, et nous avions même organisé une sortie juste pour nous deux, une fois. J’aurais vraiment voulu devenir son amie, mais ça n’avait juste pas marché. Elle était sympathique, mais nous n’avions peut-être pas assez d’atomes crochus pour faire les efforts nécessaires.

Au fil des ans, nous nous sommes croisées de temps à autre à des activités pour enfants, ou simplement dans la rue, peut-être une ou deux fois l’an. J’ai rencontré sa deuxième fille, qui a un an de plus que Rose. Et puis cette année, Ti-Loup et… appelons-la Karine, Ti-Loup et Karine, donc, se sont retrouvés dans la même classe. Si vous vous souvenez, c’est elle que Ti-Loup avait l’intention de marier quand il sera grand. J’ai croisé les parents de Karine à quelques activités de rencontre organisées pour la classe. On a jasé un peu, mais la mère de Karine a deux autres amies dont les filles sont dans la même classe et avec lesquelles elle a tissé des liens d’amitié depuis la naissance de leurs enfants. Quand j’essayais de me mêler à elles, je me sentais donc toujours un peu de trop, n’étant pas vraiment dans leur cercle. Je n’ai jamais été la meilleure pour me lier d’amitié…

Et puis la semaine dernière, on a invité les trois filles à faire une sortie pour la fête de Ti-Loup. En effet, quand je lui ai demandé qui il voulait inviter pour sa fête, il a répondu sans hésiter: ces trois filles de sa classe (Karine, Léa et Martine) et son meilleur ami à la Coop. Le problème, c’est que son meilleur ami à la Coop ne parle pas français et ne joue jamais avec des filles. On avait donc décidé de faire une fête à la Coop le vrai jour de sa fête (un soir de semaine, donc juste un gâteau et des ballons dans la cour après un souper tôt en invitant tous les enfants de l’immeuble), puis d’inviter les trois filles à faire une sortie avec Ti-Loup.

On a fait notre sortie, et les parents des filles sont venus les chercher après. Comme on était au parc, ils sont restés une bonne heure de plus et on a jasé. C’était le papa de Karine qui était là, puisque sa maman travaillait, et je me suis sentie moins “exclue” de la gang. Puis vendredi, les parents de Karine nous ont invités à un pique-nique à la plage pour fêter les six ans de leur fille. Les mêmes enfants étaient là et ça a été franchement agréable. Le papa de Karine et un autre père ont organisé des jeux pendant que les mamans jasaient… J’en ai bien profité.

Je ne suis certainement toujours pas aussi proche de ces trois mamans qu’elles le sont l’une de l’autre, et je ne pense pas qu’elles vont se mettre à m’appeler pour aller prendre un café. On continue de mener un mode de vie assez différent du leur puisqu’on n’a pas de voiture et qu’elles ont de toute évidence beaucoup plus d’argent que nous (à en croire leurs plans de vacances, l’endroit où ils vivent, etc.). Mais je ne me sens plus autant comme une cinquième roue au carrosse. Nous avons déjà été invités à la fête d’une autre des trois filles, au début de l’année scolaire, et j’ai bien hâte d’y aller. J’espère que Martine sera dans la classe de Ti-Loup encore cette année…

Les chances sont minces qu’il ait les trois filles dans sa classe encore une fois (il y avait l’an dernier trois classes de maternelle et trois classes de première année), mais les chances sont assez bonnes qu’on se recroise au fil des ans. C’est agréable de tisser tranquillement des liens avec certains parents et de savoir que l’an prochain, je serai déjà en terrain partiellement connu lorsque l’année scolaire commencera. Parce que veut, veut pas, il n’y a pas juste pour les enfants que le nouveau de l’école peut être stressant!

Impressionnant

Hier, Ti-Loup avait obtenu la permission d’amener Jérémie à la maison pour jouer après l’école. Jérémie est en première année et habite tout près de chez nous alors il prend l’autobus avec Ti-Loup. Il y a deux semaines, Ti-Loup est allé jouer chez Jérémie après l’école, hier, c’était son tour d’amener son ami chez lui. La maman de Jérémie avait demandé à son autre fils, Léo, un grand de troisième année, s’il voulait lui aussi venir chez nous (auquel cas elle serait venue elle aussi) ou s’il préférait rentrer à la maison. Il avait décidé de venir chez nous. Ti-Loup était aux anges.

Hier après-midi, cependant, la maman de Léo a reçu un appel de l’école pour dire que son aîné était malade. Elle est allée le cherche à l’école, mais c’était déjà la fin de la journée et le temps de prendre l’autobus scolaire. Elle était donc devant un dilemme. Soit elle ramenait les deux enfants, mais Jérémie manquait sa sortie chez Ti-Loup à laquelle il avait très hâte, soit elle demandait à Papa de prendre Jérémie à l’autobus en même temps que Ti-Loup (puisqu’elle n’arriverait probablement pas à temps à l’arrêt pour le ramasser, et puis en plus, Léo étant malade, ça n’aurait pas été agréable pour lui).

Sauf qu’elle n’avait pas notre numéro de téléphone. Elle a demandé à la secrétaire de l’école, qui lui a affirmé n’avoir que mon numéro au travail (il va falloir que je vérifie ça, ce n’est pas normal), et elle n’osait pas me déranger au travail. Elle a donc demandé à Ti-Loup s’il connaissait le numéro de téléphone de Papa. Ti-Loup a réfléchi et lui a demandé s’il pouvait le dire en anglais. Et il lui a donné le bon numéro!

J’avoue que je n’aurais pas pensé qu’il y arriverait. Il y a quelques mois, Papa avait dans la tête une vieille chanson dans laquelle il y a un numéro de téléphone (867-5309). Ti-Loup essayait de chanter avec lui, et Papa lui avait dit que tant qu’à mémoriser un numéro, il devrait en mémoriser un vrai. Il s’était donc mis à chanter la chanson en disant son propre numéro plutôt que celui de Jenny, dans la chanson. Très bon truc mnémonique, mais Ti-Loup se trompait souvent en chantant alors je n’aurais pas pensé qu’il s’en rappelle après plusieurs mois!

Encore une fois, j’avais sous-estimé mon fils… Jérémie et Ti-Loup ont pris l’autobus ensemble et ont joué aux légos jusqu’à l’heure du souper. La maman de Jérémie est venue le chercher avec Léo, qui finalement n’était pas vraiment malade (c’est un enfant extrêmement gêné et je soupçonne fort un mal de ventre d’anxiété). Et nous, on sait que si un jour notre fils est séparé de nous dans une foule, il va pouvoir donner aux policiers le numéro de téléphone de son père, ce qui devrait nous aider à le retrouver!

Une petite fille au nouvel An

Je vous ai déjà parlé de ma meilleure amie, celle qui attend (im)patiemment de devenir mère depuis plus de cinq ans, depuis avant que Ti-Loup soit apparu sans crier gare dans nos vies. Quand je suis tombée enceinte, j’espérais tellement qu’elle tombe enceinte elle aussi sous peu pour qu’on ait des enfants du même âge. Mais non. Je peux seulement imaginer la déception qu’elle a dû vivre, mois après mois alors que moi, je grossissais mois après mois.

Trois ans plus tard, quand je suis tombée enceinte de Cocotte, elle avait entrepris des démarches en clinique de fertilité. Encore une fois, on espérait toutes les deux. Je comptais les mois : si ça fonctionne, nos enfants auraient seulement quelques mois de différence. Mais le nombre de mois augmentait, et ça ne fonctionnait toujours pas. Si moi j’étais déçue, imaginez elle (et son mari aussi, bien sûr, mais bon, c’est elle ma meilleure amie… lui est seulement un de mes meilleurs amis :-) !

Ils ont fini par se tourner vers l’adoption. Un autre paquet de démarches. Une étude psychosociale de leur couple, parce que n’importe quelle idiotte peut avoir une grossesse non planifiée (j’en suis la preuve vivante), mais il faut un diplôme de parent pour se charger d’un orphelin. Je comprends, bien sûr, on a tous mal au coeur quand on apprend qu’un enfant a été maltraité par sa famille adoptive. Les autorités doivent se prémunir contre la recherche de coupables qui s’ensuit toujours. Mais ça reste absurde quand on se retrouve dans cette situation. Ils ont donc franchi toutes les étapes, fait remplir tous les documents, certificat du médecin, vérification du casier judiciaire, lettres de référence d’amis et de parents… Ils sont passé de tracasserie administrative en paperasseries de toutes sortes, à la poursuite de leur rêve.

Ils allaient adopter un enfant chinois. Un enfant ayant des besoins spéciaux, un enfant qui n’était pas « parfait », pour que ça aille plus vite. Parce que quand ça fait six ans qu’on attend un enfant, on commence à trouver la grossesse pas mal longue. On leur a envoyé, un beau matin (ou était-ce un soir?) le dossier d’une petite vietnamienne. Une petite fille parfaite dans ses imperfections. Une petite fille qui n’était pas pour eux puisque ce n’était pas le bon pays et qu’elle avait déjà plus de deux ans. Une petite fille qui avait des problèmes aux yeux, une vision basse, choses qui pourront peut-être être corrigées, peut-être pas. Pile ou face. Une petite fille dont on ne leur disait que du bien, qui parlait déjà, qui interagissait avec ses compagnons et ses nounous, qui semblait en très bonne santé, à part les yeux, bien sûr. Une petite fille qui représentait tout ce qu’ils voulaient et tout ce qu’ils craignaient à la fois. Ils devaient décider tout de suite.

Ils ont dit oui. Les jeux sont faits, rien ne va plus! Ce n’était pas fini pour autant, oh non! Ils ont encore dû attendre pendant des mois. C’était leur fille, elle leur était promise, mais après toutes les déceptions qu’ils avaient vécu, ils ont dû avoir du mal à y croire avant de recevoir les papiers officiels. Ils devaient bien y croire, pourtant, puisqu’il fallait préparer son arrivée. Faire signer d’autres papiers, traverser d’autres épreuves (donne la patte, fais la belle)… Peinturer la chambre. Trouver des vêtements. Choisir un nom. Et, toujours, attendre.

Ils ont finalement obtenu tous les papiers. Ils n’attendent plus que la date de leur voyage, qui devrait avoir lieu à la fin du mois. Leur petite fille les attend, enfin, on lui a même montré leur photo. Et tout ce qu’ils entendent sur elle est positif. L’aventure n’est pas pour autant terminée: elle ne fait que commencer. Quand ils iront la chercher, leur fille viendra d’avoir trois ans. Elle aura déjà développé une bonne partie de sa personnalité, vécu certaines des années les plus formatrices de sa vie loin d’eux, dans un centre pour enfants handicappés, sans savoir qu’ils l’attendaient déjà et qu’ils rêvaient déjà d’elle à l’autre bout du monde. Elle devra tout laisser derrière pour partir avec ces deux personnes qu’elle va venir de rencontrer. Des gens qui ne ressemblent à rien de ce qu’elle a déjà vu. Qui parlent une langue différente, qu’elle ne comprendra pas. Qui ont une odeur différente. Qui ne mangent pas la même chose. Qui vivent dans un endroit tout blanc, elle qui n’aura jamais vu de neige. Qui voudront la couvrir d’amour. Les acceptera-t-elle?

C’est un grand pari qui se joue ici. Le pari d’une vie. Ils auraient pu décider de faire leur chemin sans enfant, de ne pas prendre la chance de se retrouver avec, à leur charge, cette personne dont on ne sait pas si elle arrivera à s’attacher à eux, ou si elle s’avérera aveugle au sens de la loi. Qui aura peut-être des difficultés d’apprentissage ou des problèmes de santé. Ils ont fait le pari que leur vie serait plus pleine avec elle, parfaite ou pas, que sans elle. Ils ont choisi de ne pas courir le risque des regrets.

C’est un peu ce que vivent tous les parents, au fond. Fois cent.

Je n’ai pas de mots pour dire à quel point je suis contente pour mon amie et son mari. Mais si je me permets d’être égocentrique, vous savez ce qui me fait le plus plaisir? Leur fille n’aura que huit mois de plus que Cocotte. Elles seront dans la même année scolaire. Ce ne sera ni de la façon qu’on l’espérait ni au moment où on le souhaitait, mais on aura finalement des enfants du même âge!

Maternelle et modestie

Mon fils qui, il y a un mois, ne disait que quelques mots en français m’a chanté hier pas une, mais bien deux chansons différentes portant sur les formes. Du genre “Je suis un beau bonhomme, ma tête est un carré, mon corps est un rectangle, mes bras sont des triangles”… Combien de fois ils ont dû la répéter, cette chanson, pour la connaître déjà par coeur! D’ailleurs, la conversation avec Ti-Loup a commencé quand il a annoncé que le fromage était un rectangle.

- Vous avez parlé des formes à l’école?
- Oui, on parle tout le temps des formes (avec un petit ton déjà un peu blasé).

Il chiale aussi beaucoup que tel ou tel garçon était “méchant”, mais c’est une étiquette très facile à obtenir de sa part. Il suffit de ne pas toujours écouter le professeur ou de désobéir à une règle, alors imaginez si en plus le garçon fait l’horrible geste de pousser quelqu’un! C’est alors un “pas fin”. Ce qui n’empêche pas Ti-Loup de jouer avec lui. MAis bref, je lui ai demandé s’il y avait aussi des gens gentils dans sa classe avec lesquels il jouait. Il a répondu:

- Oui, je joue toujours avec Léa (nom fictif), c’est la plus gentille de tout le monde… Non, ça c’est moi, mais c’est la deuxième plus gentille.

Ce n’est pas la modestie qui l’étouffe alors ne le croyez pas sur parole! J’ai bien peur qu’il ait hérité de ma phobie de la désobéissance, qui malheuresement va main dans la main avec la phobie de l’échec et de “ne pas être le meilleur”. On va travailler là-dessus!

En passant, contrairement à avant, les conversations citées ci-dessus avec Ti-Loup ont bien eu lieu complètement en français. La différence est à ce point frappante!

Un enfant pour Noël

Pas moi, ne vous inquiétez pas. J’en ai assez de deux!

Pas moi, mais ma meilleure amie, qui désespère depuis plus de cinq ans d’avoir enfin un enfant.

Elle n’est pas enceinte, mais elle et son mari ont choisi une petite fille qui deviendra bientôt la leur. Elle est toute mignonne et se trouve actuellement dans un orphelinat du Vietnam. Elle aura presque trois ans quand ils iront la chercher, sans doute à la fin de l’année. Ça risque de leur faire un sacré beau cadeau de Noël!

Vous ne pouvez pas savoir à quel point je suis contente que ça aboutisse enfin, toutes leurs démarches. Évidemment, c’est loin d’être fini, et même quand ils vont l’avoir ramenée, ils vont avoir bien du travail à faire avant de pouvoir vivre une vie normale avec cette fillette qui aura été arrachée à son milieu. Mais avec un peu de chance, ses blessures ne seront pas trop profondes et leur amour (et leur humour) fera le reste.

Mes amis vont combler leur désir d’avoir un enfant tout en offrant une nouvelle vie à une petite sans parents. Et en plus, leur fillette aura moins d’un an de plus que Cocotte. Qui sait, elles deviendront peut-être bonnes amies (même si on ne se verra pas souvent)!

Mon amie a eu beaucoup de malchance dans sa vie, alors cette fois-ci j’aimerais beaucoup que tout se passe bien. Pour une fois, est-ce que ce serait possible que les démarches se passent bien et qu’ils tombent sur une enfant qui s’adaptera facilement à son nouveau milieu et leur apportera vraiment la joie qu’ils espèrent depuis si longtemps? Je ne crois toujours pas en Dieu alors je ne peux pas prier, mais mettons que j’implore la Providence. C’est leur tour, me semble!

L’heure du thé

Tous les matins, ma collègue et moi nous faisons du thé. On jase en attendant que l’eau se mette à bouillir. Ça nous procure un contact humain puisque nous ne travaillons pas vraiment en équipe. Ça nous réchauffe, vu qu’il fait toujours trop froid au bureau. Ça nous donne une petite pause. Ça nous met de bonne humeur. Je lui raconte les déboires de mes enfants et elle en rit aux larmes, elle qui est tombée en amour avec eux (du moins leur personnalité publique) mais trouve quand même que ça ne donne pas le goût d’en avoir quand je lui raconte tous les “problèmes” qu’ils entraînent!

Sous mon influence, ma collègue s’est équipé afin de pouvoir boire du thé en feuilles plutôt qu’en sachet. Et depuis, de temps à autre, on commande du thé par Internet. Je sais, on pourrait en acheter ici, mais le magasin n’est pas à la porte alors on le fait venir. Et puis recevoir un colis de thé nous fait plaisir, c’est un de ces petits bonheurs qui ne coûtent pas très cher et ne sont pas mauvais pour la santé. Ensemble, on a l’air de deux adolescentes, à déballer à la hâte nos nouvelles saveurs et à les humer allègrement.

Avec ma collègue, je retrouve l’insouciance que j’avais avant d’avoir des enfants et un gros char de responsabilités. Je n’oublie pas pour autant mes responsabilités du bureau; après tout, je l’encadre, ce qui aurait pu rendre notre relation complètement différente si ce n’était du fait qu’elle est très bonne, qu’elle est assez humble pour reconnaître le bien-fondé de mes interventions et qu’elle a suffisamment confiance en elle pour me croire quand je lui dis combien elle fait du bon travail. Mais à la fin de la journée, j’ai quand même l’impression d’avoir pu respirer un peu plus librement grâce à l’heure du thé.

Quand je quitte le bureau le soir, je rechausse mes souliers de mère responsable qui doit aller chercher ce qui manque pour le souper, puis faire face à la petite furie en crise qui l’attend à la maison et au fils à maman qui voudrait toute son attention. Mais ça va, je suis prête, et ça ne me pèse plus trop lourd, parce que pendant la journée j’ai bu mon thé, préparé en bonne compagnie. Et ça fait toute la différence.

Le bisou

Je veux vous raconter cette histoire depuis six mois. Mais je voulais y mettre la photo. Et pour mettre la photo, je devais avoir la permission de ceux qui sont dessus. Et je ne savais pas comment demander à mon amie si je pouvais mettre une photo de sa fille mourante sur mon blogue… Depuis le début, quand je parlais de l’amie de Ti-Loup qui était malade, j’ai tenté d’éviter tout ce qui pourrait aider à l’identifier et j’ai donc laissé croire que c’était un garçon, mais c’était une petite fille. Je peux bien le mentionner maintenant puisque sa mère m’a donné la permission de vous montrer sa photo.

Quand on l’a fêtée au mois d’août, seulement deux semaines après son diagnostic, elle était encore en pleine forme. Ce fut la fête du siècle. Elle avait demandé une surprise pour son anniversaire, et quand elle est arrivée, tous ses amis étaient là, dans une grande salle remplie de ballons, avec une fée qui faisait des maquillages, un clown qui faisait des animaux en ballons, un château gonflable, une machine à popcorn et une machine à barbapapa. Il y avait toute sa famille, aussi, même ceux qui habitent loin. Sur le coup, elle est restée figée. Elle ne pleurait pas, mais elle était sous le choc, elle ne savait pas trop comment réagir. Elle est restée sur le bord de la porte, accrochée à sa mère, qui s’est penchée pour la prendre dans ses bras et lui chuchoter des mots rassurants à l’oreille.

J’ai tourné la tête un moment, probablement distraite par Cocotte, et j’ai entendu tout à coup des murmures de gens qui disaient “Oh, il l’a embrassée, c’est tellement mignon!”. J’ai tout de suite pensé à Ti-Loup, c’est tellement son genre. Et quand j’ai levé la tête, j’avais manqué l’instant. Mais quelqu’un l’avait pris en photo. Voyant son amie figée par la surprise, mon fils avait pris les choses en mains et s’était approché d’elle pour lui faire un gros bisou sur la joue. Ce qui a entraîné tous les autres enfants à faire pareil, et c’est comme ça que la fête a commencé. La glace était brisée, la fêtée riait, la crise était évitée.

C’est un de mes plus beaux souvenirs de ma petite voisine. C’est aussi un des moments où, jusqu’à maintenant, j’ai été la plus fière de mon fils. Fière de l’empathie dont il a fait preuve en trouvant de lui-même une solution pour que son amie se sente mieux.

Et voici la photo. Une de mes préférées.

Ti-Loup fait la bise à son amie

 

Profiter du présent, craindre l’avenir

Juste avant de partir en congé de maternité, une jeune collègue avec laquelle je m’entendais très bien a quitté le bureau où je travaille. À mon retour, j’ai été agréablement surprise de constater qu’on avait engagé, pour la remplacer, une autre jeune femme avec laquelle je m’entends très bien. Nous sommes appelées à travailler en étroite collaboration en ce moment, et c’est un vrai cadeau. C’est une personne d’abord facile, toujours de bonne humeur et, ce qui ne gâche rien à l’affaire, elle est brillante et travaille extrêmement bien.

Le hic, c’est qu’elle n’a aucune attache ici. Elle est déménagée à Vancouver il y a plus d’un an maintenant dans le seul but de gagner de l’expérience à sa sortie de l’université. Au départ, elle s’est liée d’amitié avec certaines personnes, mais a été déçue plus d’une fois et se retrouve maintenant très seule. Et tout porte à croire qu’à moins de changements drastiques d’ici la fin de sa probation, elle va finir par demander un transfert à Ottawa, où se trouvent tous ses amis et où elle sera aussi beaucoup plus proche de sa famille.

C’est l’histoire de ma vie depuis que j’habite ici. Juste au bureau, dans les dix dernières années, je pourrais vous nommer cinq collègues dont j’ai commencé à me rapprocher, à des degrés divers, avant qu’elles s’en aillent éventuellement pour de bon. J’ai fini par me faire une bonne amie parmi mes voisines, et un couple d’amis qui avait déménagé à Calgary a fini par revenir à Vancouver, tout comme un autre couple d’amis qu’on avait perdu de vue pour quelque temps. Je ne suis donc pas seule au monde, loin de là. Sauf que…

Sauf qu’au bureau, la majorité de mes collègues sont très solitaires. Sauf que la jeune femme en question apporte beaucoup de vie et améliore énormément l’atmosphère au travail. Sauf que la situation financière, au gouvernement en général et dans mon organisme en particulier, étant ce qu’elle est, on a décrété un gel de l’embauche pour les cinq prochaines années. Je sais donc que si ma collègue s’en va, non seulement je vais perdre une amie, mais en plus je vais m’emmerder au bureau pendant plusieurs années avec à peu près personne à qui parler. À preuve: elle est en vacances en ce moment et on dirait que la moitié de mes collègues sont absents tellement la différence est flagrante.

Je me trouve une fois de plus devant un choix: je peux éviter de trop me rapprocher d’elle pour ne pas que ça fasse aussi mal quand elle va partir, ce que je considère comme pratiquement inévitable au rythme où vont les choses, ou je peux en profiter à plein, l’inviter à faire des activités avec nous et rendre par la présente son séjour plus agréable, mais risquer d’avoir encore plus de peine au bout du compte. J’aurai beau l’intégrer à fond dans ma vie, je sais très bien que ce n’est pas moi qui vais la retenir ici. La seule façon serait sans doute qu’elle tombe en amour, mais malheureusement, je n’ai pas dans mes connaissances de jeune homme de 25 ans célibataire qui cherche l’âme soeur à Vancouver.

Alors pour l’instant j’essaie de ne pas penser au dénoument sans doute inévitable. Mais j’en ai vraiment marre de perdre une amie tous les deux ans!

Mon petit perroquet – et autres histoires de la fin de semaine

Ma fille est dans une phase de développement intensif du langage. En plus de tous les mots qu’elle dit spontanément, elle s’est mise à répéter, pas systématiquement, mais très souvent, ce qu’on dit. Ce matin, par exemple, je lui montrais des photos prises hier à la fête d’amis de Ti-Loup. Elle connaît la plupart des enfants puisqu’elle va avec Papa reconduire son frère à la prématernelle trois fois par semaine. Elle joue avec les “grands” avant et après la “classe”. Alors que je nommais les enfants qui apparaissaient sur les photos, elle s’est mise à répéter chacun d’entre eux. C’était vraiment mignon.

Son développement social est lui aussi fascinant. Durant la fête, il y avait deux autres petites filles de son âge. Une d’entre elles parlait beaucoup plus que Cocotte. J’ai du mal à évaluer précisément parce qu’elle parlait espagnol, mais elle semblait faire des phrases d’au moins trois mots de suite, ce qui, a 18 mois, est assez impressionnant (et donne un autre exemple du fait que l’exposition à deux langues ne ralentit en rien le développement du langage). Mais quand est venu le temps de s’asseoir en cercle pour jouer au cadeau musical (où un cadeau est emballé de plusieurs couches et quand la musique s’arrête, l’enfant qui a le cadeau peut en enlever une couche avant de continuer à passer le cadeau), ma fille est la seule des trois petites qui est restée assise jusqu’à la fin. Elle ne comprenait pas trop et je devais l’aider à passer le cadeau à son voisin, mais elle voulait jouer avec les grands.

J’ai aussi eu beaucoup de plaisir à voir aller mon fils. Il semble en voie de devenir le bouffon de la classe. Durant le dîner, il était assis avec ses amis et les parents les ont laissés manger sans vraiment intervenir. Ti-Loup était celui qui faisait des niaiseries et tentait de faire rire les autres. Un peu épeurant étant donné qu’il est facilement distrait de ses tâches et que ça risque d’empirer les choses en classe, mais d’un autre côté, il a de l’humour et est apprécié de ses camarades, ce qui est certainement positif! Il a beaucoup d’indépendance, et en comparaison des deux autres garçons qui étaient à la fête, il est nettement en avance sur le plan des interactions sociales. Je comprends mieux, à le voir, pourquoi il se lie facilement d’amitié avec les filles, nettement plus matures (du moins dans son cercle social, je ne veux pas faire de généralisation abusive), ou avec des garçons plus vieux. Vraiment, il avait l’air d’avoir un an de plus que les deux autres garçons.

Autre moment fort de la journée: l’enfant autiste de la classe de Ti-Loup avait été invité. C’est un petit garçon attachant et de toute évidence, les éducatrices font un travail admirable pour l’intégrer puisque tous ses compagnons semblent l’aimer. Il commence à peine à parler malgré ses quatre ans, et il a toujours du mal à interagir, mais il y a eu de beaux moments où il semblait vraiment participer à l’atmosphère de la fête et jouer avec les autres enfants. Je trouve ça vraiment génial que son intégration se fasse aussi bien, et pour lui, et pour les autres enfants qui apprennent de belles leçons de cette façon.

Ce fut donc une fin de semaine très réussie et agréable. Samedi on a fait de la raquette en montagne avec des amis et les enfants ont adoré (Cocotte a dormi dans le sac à dos pendant au moins une heure et Ti-Loup a eu beaucoup de plaisir même si au retour il a eu une crise de “Mes jambes sont trop fatiguées et j’ai trop mal pour continuer” qui s’est terminée dès qu’il a pu jouer dans la neige au lieu de marcher). Il a fait un beau gros soleil et ça a dû monter à près de 10 degrés au milieu de la journée, ça nous a vraiment remis d’aplomb de profiter comme ça du beau temps. Et dimanche, cours de natation suivi de la fête. À la piscine, l’instructeur de Ti-Loup n’était pas là et ça a quand même été très bien avec le remplaçant. Et à la fête il n’y a eu aucune crise, aucuns pleurs (à part la fêtée, mais ça semble être dans sa nature).

Il reste les bibittes, on n’a pas encore eu le temps de leur faire la chasse… quoi que nous avons de plus en plus de doutes sur leur provenance puisqu’ils semblent se concentrer autour du garde-robe qui donne sur le garde-manger des voisins. Il faudrait quand même qu’on vérifier le contenu dudit garde-robe. Mais chaque chose en son temps!