Ti-Loup et la lecture

Je me souviens à peine d’avoir appris à lire. La légende veut que je n’avais pas trois ans. Mes souvenirs se limitent à peu près à ma soeur qui m’apprenait dans un de ses anciens livres d’école qui parlait de Léo et Léa. Je me souviens de m’être fait chicaner par ma soeur après le premier jour parce que j’avais oublié les leçons de la veille. Ma mère m’a dit qu’après ce jour-là, elle a interdit à ma soeur de m’apprendre à lire (elle avait quoi, 10 ou 11 ans, on ne peut pas lui reprocher son impatience!). Puisque je m’obstinais à apprendre, elle m’avait montré elle-même. Je n’ai aucun souvenir de ce bout-là.

Je me souviens par contre de la maternelle. On avait évalué mon niveau de lecture à celui d’une enfant de deuxième année, et l’enseignante devait limiter le temps que j’étais autorisée à passer dans le coin de lecture, parce que c’est la seule chose que j’aurais faite si elle m’avait laissée faire. On pensait donc me faire sauter la première année, et à la fin de l’année je passais une moitié de ma journée dans la classe de maternelle et l’autre, dans une classe de première année. En maternelle, l’enseignante me faisait pratiquer ma calligraphie, déjà déficiente (ça ne s’est pas beaucoup amélioré avec le temps). Et l’année suivante, j’ai appris que je passerais directement en deuxième année. Je n’ai donc pas grand souvenir de l’apprentissage de la lecture comme tel. Il me semble que ça a dû se faire tout seul. Mais je me souviens du rapport privilégié que j’ai toujours entretenu avec les livres.

Je n’ai pas poussé mon fils à apprendre à lire. Je ne regrette pas mon parcours, mais je ne le souhaite pas nécessairement aux autres. Au secondaire, j’ai souffert d’avoir un an de moins que tout le monde et de finir quand même première de classe. J’aurais peut-être profité d’avoir des notes un peu moins bonnes et une vie sociale un peu plus remplie. Ma mère m’a aidée à aprrendre, mais c’est moi qui avais pris la décision : je voulais absolument savoir lire. Si mon fils m’avait dit la même chose, je ne lui aurais pas refusé mon aide. Mais il a toujours été content de jouer aux légos ou au hockey dehors et de me laisser lui lire ses livres de bibliothèque, alors je n’ai pas insisté. En maternelle, je l’ai aidé à lire les petits livres qu’on lui donnait, mais quand il avait du mal à déchiffrer certains mots, je n’insistais pas. Je ne voulais pas le décourager, et il n’était pas prêt à en faire plus.

Cette année, par contre, il apprend vraiment à lire. Les petits livres quotidiens sont un peu plus complexes, et il se débrouille très bien. Il doit dire chaque jour s’il a lu le livre seul ou avec de l’aide, et on s’obstine souvent sur la définition d’aide… J’essaie de lui faire comprendre que c’est normal d’avoir besoin d’aide quand on a six ans et qu’on commence à peine son apprentissage. Mais ce que je trouve le plus formidable, c’est qu’il veut lire! Comme il apprend à lire en français et qu’il habite dans un univers anglophone, il a du mal avec les panneaux, mais à table, il lit les étiquettes des aliments et me demande souvent de quel côté c’est en français. Ses livres préférés, ces temps-ci, ce sont les albums d’Astérix et Obélix. Quand je ne suis pas disponible pour les lui lire, il regarde les images, mais depuis une semaine ou deux, je l’entends lire certains mots, ceux qui sont écrits en très gros, les “Paf”, “Clang”, etc. Et c’est fou comme ça me réjouit!

En habitant ici, j’ai accepté le fait que mes enfants ne partageront pas exactement ma culture. J’essaie de la leur transmettre autant que je peux, mais ici l’anglais domine et je n’y peux pas grand-chose. Quand je vois mon fils essayer de déchiffrer un album d’Astérix, par contre, moi qui ai lu, relu et re-relu des albums d’Astérix, des Shtroumpfs, de Boule et Bill et de Tintin toute mon enfance, ça me fait quand même chaud au coeur. On a d’ailleurs acheté les dessins animés d’Astérix et Obélix durant notre voyage au Québec cet été, et Ti-Loup adore ça, malgré le caractère tellement primitif des dessins par comparaison aux émissions d’aujourd’hui. Comme on n’écoute pas beaucoup de télévision en général et que son “temps d’écran” passe plutôt en jeux vidéo (américains, bien sûr!), ce n’est pas comme ça que je vais lui transmettre ma culture. Je me rends compte que ce sera probablement par la lecture!

Enfin, j’espère…

 

Joyeuse Halloween

C’est fait, c’est terminé! Cette année, Papa a abandonné ses velléités d’homme à tout faire. Avec un gros projet à terminer pour la compagnie qui l’embauche à contrat, il a acheté des bonbons plutôt que de faire des biscuits et on a acheté les costumes des enfants. Après avoir beaucoup joué au jeu Lego Pirate des Caraïbes sur la Wii, Ti-Loup voulait se déguiser en pirate. Cocotte voulait faire comme lui. Costco avait de beaux costumes dans les bonnes grandeurs. Papa se sent coupable de contribuer à la fièvre de la consommation qui caractérise maintenant l’Halloween… mais il va s’en remettre.

Cocotte est revenue de la prématernelle avec deux sacs à surprise remis par les parents d’autres bouts de choux… Une mère avait glissé sa carte de visite dans le sac (une entreprise s’adressant aux parents, quelle coïncidence!) et une autre avait ajouté un beaume pour les lèvres Avon, orné de son nom et de son adresse électronique. Suis-je la seule à trouver ça plutôt insultant? Comme si les enfants avaient besoin qu’on fasse déjà de la publicité sur leur dos à trois et quatre ans? Au moins, ça s’adressait aux parents et non aux enfants eux-mêmes…

La Coop avait fixé à 18 h 30 l’heure de début de la cueillette de bonbons. Quelques minutes avant, les enfants étaient tous dehors, ils n’en pouvaient plus d’attendre, et on a commencé notre tournée. Même si le pourcentage de résidents qui distribue des bonbons n’est pas très élevé, ceux qui le font sont généreux et comme il y a quand même 91 familles, les enfants ont ramassé un gros sac de bonbons en à peine 30 minutes! Après, on a marché jusqu’à un quartier près de chez moi où on trouve des maisons patrimoniales réaménagées en plusieurs appartements. C’est toujours noir de monde puisque partout ailleurs dans le coin, ce sont des blocs à apparements fermés à clé. Là, les maisons sont décorées, les gens qui donnent des bonbons aussi. Ça vaut le coup juste pour l’ambiance.

Au retour, on a trié rapidement les bonbons, j’ai fait un sac de ce que les enfants ont rejeté pour l’apporter au travail (mes collègues sont toujours heureux de me débarrasser des sucreries de trop) et il était déjà 21 h quand les enfants se sont couchés. Je sens que ce soir, on va payer pour leur manque de sommeil! Mais ils vous diraient que ça en a valu la peine… Aujourd’hui, sachant que les enfants auraient du mal à fonctionner, l’école de Ti-Loup les envoie tous au cinéma! Ils vont voir Ernest et Célestine, que nous avons regardé la semaine dernière pour préparer Ti-Loup, lui qui panique en regardant Curious George.

J’espère pouvoir afficher des photos bientôt…

Vive la rentrée!

Quand je suis déménagée à Vancouver, ça faisait 20 ans que je vivais au rythme de l’année scolaire. Tout à coup, j’avais un travail à temps plein, à l’année, et j’allais devoir prendre des vacances, quand bon me semble plutôt que durant les congés scolaires. En plus, je me retrouvais à un endroit où il ne neige pratiquement jamais, où le gazon est toujours vert et où il peut faire 8 degrés Celsius autant en octobre qu’en janvier ou en mars. Il me fallait souvent réfléchir quelque secondes avant de me rappeler la saison ou le moment de l’année en cours. J’étais vraiment dépaysée.

Mais Ti-Loup a commencé l’école l’an dernier, et depuis nous vivons de nouveau au rythme de l’école. Nous devons prendre nos vacances durant les congés scolaires. Nous devons acheter ses fournitures et nous assurer qu’il a des souliers et du linge qui lui font après un été en shorts sport et en sandales. Nous nous sommes remis à préparer des lunchs. Mais après un été mouvementé, je trouve le retour à la routine agréable. Je crois que je deviens vieille: je n’aime plus tellement les surprises et je préfère le train-train quotidien! La vie scolaire, c’est familier.

Mardi, je suis donc allée conduire Ti-Loup à l’école puisqu’il n’y allait que pour une heure trente la première journée.En Colombie-Britannique, les élèves ne sont pas répartis dans les classes avant la fin de la première semaine d’école, qu’ils passent dans leur classe de l’année précédente avec leur ancien professeur. Mais puisque les enseignantes de maternelle doivent accueillir les nouveaux-venus, ceux qui commencent leur première année passent la semaine avec les enseignants spécialistes. Tout le monde se plaint parce qu’ils ne font pas grand-chose, mais apparemment c’est nécessaire pour le classement des élèves. On ne saura donc que demain qui sera dans la classe de Ti-Loup, et en attendant, il a repris la routine et retrouvé ses amis sans problème.

Papa, lui, est allé mardi matin à la prématernelle avec Cocotte. Normalement, c’est sans les parents, mais pour la première semaine, il reste avec elle. Cocotte, qui ne voulait rien savoir, a beaucoup aimé sa première demi-journée (on verra comment ça va aller aujourd’hui pour la deuxième). Notre plus grande crainte demeure le fait qu’elle refuse de faire caca ailleurs que dans sa couche (ou ses culottes), et pour la prématernelle, elle est supposée être propre. Les couches (et culottes d’entraînement) sont interdites, et nous avons décidé de l’envoyer quand même en espérant qu’elle se retiendrait là-bas. On verra!

Voici donc la photo de mes deux grands devant chez nous la première journée d’école… Cocotte ne voulait pas regarder l’appareil alors Papa a utilisé la bonne vieille tactique : “Regarde, Cocotte, du mauve!”. Ça fonctionne à tout coup.

Bonne rentrée!

Le monde est petit…

Le “monde” francophone de Vancouver est particulièrement petit…

Il y a un peu plus de six ans, quand j’ai suivi un cours prénatal sur l’allaitement, il y avait une autre francophone dans la classe. Nous avions la même date d’accouchement prévu, alors à la pause nous avons jasé un peu. Elle m’avait donné sa carte de visite. Ti-Loup était finalement arrivé quatre jours avant, et sa fille, six jours après, la date prévue. Nous avions communiqué par courriel quelque fois, nous nous étions croisées à quelques activités parents-bébés, et nous avions même organisé une sortie juste pour nous deux, une fois. J’aurais vraiment voulu devenir son amie, mais ça n’avait juste pas marché. Elle était sympathique, mais nous n’avions peut-être pas assez d’atomes crochus pour faire les efforts nécessaires.

Au fil des ans, nous nous sommes croisées de temps à autre à des activités pour enfants, ou simplement dans la rue, peut-être une ou deux fois l’an. J’ai rencontré sa deuxième fille, qui a un an de plus que Rose. Et puis cette année, Ti-Loup et… appelons-la Karine, Ti-Loup et Karine, donc, se sont retrouvés dans la même classe. Si vous vous souvenez, c’est elle que Ti-Loup avait l’intention de marier quand il sera grand. J’ai croisé les parents de Karine à quelques activités de rencontre organisées pour la classe. On a jasé un peu, mais la mère de Karine a deux autres amies dont les filles sont dans la même classe et avec lesquelles elle a tissé des liens d’amitié depuis la naissance de leurs enfants. Quand j’essayais de me mêler à elles, je me sentais donc toujours un peu de trop, n’étant pas vraiment dans leur cercle. Je n’ai jamais été la meilleure pour me lier d’amitié…

Et puis la semaine dernière, on a invité les trois filles à faire une sortie pour la fête de Ti-Loup. En effet, quand je lui ai demandé qui il voulait inviter pour sa fête, il a répondu sans hésiter: ces trois filles de sa classe (Karine, Léa et Martine) et son meilleur ami à la Coop. Le problème, c’est que son meilleur ami à la Coop ne parle pas français et ne joue jamais avec des filles. On avait donc décidé de faire une fête à la Coop le vrai jour de sa fête (un soir de semaine, donc juste un gâteau et des ballons dans la cour après un souper tôt en invitant tous les enfants de l’immeuble), puis d’inviter les trois filles à faire une sortie avec Ti-Loup.

On a fait notre sortie, et les parents des filles sont venus les chercher après. Comme on était au parc, ils sont restés une bonne heure de plus et on a jasé. C’était le papa de Karine qui était là, puisque sa maman travaillait, et je me suis sentie moins “exclue” de la gang. Puis vendredi, les parents de Karine nous ont invités à un pique-nique à la plage pour fêter les six ans de leur fille. Les mêmes enfants étaient là et ça a été franchement agréable. Le papa de Karine et un autre père ont organisé des jeux pendant que les mamans jasaient… J’en ai bien profité.

Je ne suis certainement toujours pas aussi proche de ces trois mamans qu’elles le sont l’une de l’autre, et je ne pense pas qu’elles vont se mettre à m’appeler pour aller prendre un café. On continue de mener un mode de vie assez différent du leur puisqu’on n’a pas de voiture et qu’elles ont de toute évidence beaucoup plus d’argent que nous (à en croire leurs plans de vacances, l’endroit où ils vivent, etc.). Mais je ne me sens plus autant comme une cinquième roue au carrosse. Nous avons déjà été invités à la fête d’une autre des trois filles, au début de l’année scolaire, et j’ai bien hâte d’y aller. J’espère que Martine sera dans la classe de Ti-Loup encore cette année…

Les chances sont minces qu’il ait les trois filles dans sa classe encore une fois (il y avait l’an dernier trois classes de maternelle et trois classes de première année), mais les chances sont assez bonnes qu’on se recroise au fil des ans. C’est agréable de tisser tranquillement des liens avec certains parents et de savoir que l’an prochain, je serai déjà en terrain partiellement connu lorsque l’année scolaire commencera. Parce que veut, veut pas, il n’y a pas juste pour les enfants que le nouveau de l’école peut être stressant!

Maman

Mon fils m’a surpris hier soir:

- Maman, on dit maman (prononcé avec le “man” à la française, comme on proncerait “ment” du verbe “mentir”) mais les Québécois, comme Laure (une petite fille de sa classe), ils disent maman (prononcé avec le “man” à la québécoise, un peu nasal, presque plus proche de “mama”).
- Euh… oui… qui est-ce qui t’a parlé de ça?
- Madame A, mon professeur
- …

Je vais donner à Madame A, qui a un accent “français” et est sans doute d’origine nord-africaine, le bénéfice du doute. Elle n’a peut-être pas mentionné ça pour se moquer de la prononciation des Québécois. Peut-être qu’elle parlait juste des différences d’accent en général et que c’est un des exemples qu’elle a donnés. Ou peut-être même que c’est un des enfants “Québécois” de la classe (dont les deux parents sont Québécois et qui ont donc seulement le français comme langue maternelle) qui lui a demandé pourquoi elle prononçait “Maman” de cette façon là. Mon fils semble quand même en avoir retenu que la bonne prononciation était celle à la française, mais il a cinq ans et il ne fait donc pas dans la nuance.

Non, au bout du compte, ce que je trouve triste dans tout ça, c’est que mon fils ne s’inclut pas parmi les Québécois… Pourquoi le ferait-il, vous me direz? Justement, c’est ça qui me fait de la peine.

L’été arrive

Je sais, je sais, je me fais rare. C’est comme ça, ces temps-ci je ne ressens pas le besoin profond d’écrire. Mais bon, je veux quand même vous raconter que l’été est arrivé chez nous et que les enfants ont passé la fin de semaine dehors à jouer avec nos nouvelles voisines. Vraiment, elles sont un cadeau du ciel. Il y a deux jumelles de 5 ans qui entrent en maternelle à l’automne et veulent toujours jouer avec Ti-Loup et qui, même si elles sont loin d’être des anges, sont quand même raisonnablement bien élevées. Et leur aînée, qui aura huit ans cet été, aime jouer à la maman et passe tout son temps à se promener en tenant Cocotte par la main. Elle s’occupe d’elle comme si elle était sa gardienne et je dois maintenant apporter mon livre dehors vu que je n’ai plus vraiment besoin de la surveiller quand son ange gardien est là. En plus, leurs parents sont bien gentils et j’ai beaucoup aimé jaser avec eux. Seul problème: Cocotte se fait trop gâter à avoir de l’attention tout le temps, et dès qu’on est à la maison et que j’essaie de donner de l’attention à Ti-Loup elle se transforme en monstre. Bon, c’était déjà un peu comme ça, mais mettons que ça ne s’améliore pas!

Dimanche, Ti-Loup jouait dehors quand il s’est tout à coup précipité vers moi, les larmes aux yeux. Quand je lui ai demandé ce qu’il y avait, il m’a dit qu’il avait mal et a tenté de se déshabiller pour me montrer sa fesse. Je l’ai amené à l’intérieur pour constater qu’il avait une écharde d’au moins un centimètre de long dans la fesse! Je l’ai enlevée, mais il a fallu son père avec une aiguille pour enlever le petit bout qui restait. Vous auriez dû nous voir, Ti-Loup nu-fesses couché par terre dans le milieu du salon, Papa en train d’essayer d’enlever l’écharde et Cocotte qui tentait de leur marcher dessus pour avoir leur attention. Et moi qui riait comme une folle, bien sûr!

Et je viens de réaliser à quel point l’année scolaire achève. C’est fou, il me semble que Ti-Loup vient d’enter à la maternelle et c’est déjà presque fini. On a suivi notre petite routine quotidienne et les mois ont passé en un clin d’oeil. On a inscrit Ti-Loup à quelques activités pour l’été, dont une semaine de baseball (j’ai hâte de voir s’il va aimer), Cocotte est inscrite à la prématernelle pour l’an prochain (la même où Ti-Loup est allé). On a réservé notre voiture de location pour notre voyage au Québec – j’ai tellement hâte! Bref, le temps passe tellement vite qu’on ne le voit pas faire.

Premier amour

Ti-Loup est revenu de l’école jeudi dernier en disant que lui et… appelons-la Karine… que lui et Karine étaient amoureux et qu’ils allaient se marier. Il m’a aussi demandé si elle pouvait venir chez nous pour jouer, précisant bien que Karine a une petite soeur de l’âge de Cocotte (jamais trop tôt pour organiser une “double date”)! Samedi, il a même passé l’avant-midi prostré sur le divan à pleurer et chiâler, disant qu’il s’ennuyait de Karine et me demandant quand elle allait venir jouer chez lui. Ouf! Ça commence raide!

Évidemment, j’ai trouvé ça mignon tout plein. Je me souviens encore du jour où, alors que j’étais en maternelle, je suis rentrée chez moi en disant que je m’étais fait un chum dans la classe. Je crois qu’il s’appelait Philippe. Je ne me souviens plus de grand chose, sinon que mon frère et ma soeur avaient bien ri de moi. Alors j’ai travaillé très fort pour ne pas rire quand Ti-Loup m’a fait cette annonce. Mais bon, je n’ai pas pu m’empêcher de sourire en lui disant que j’étais bien contente qu’il ait des bons amis comme ça. Quand même, on n’enverra pas les faire-part tout de suite!

Le plus comique, c’est que je connais assez bien la maman de Karine. Je l’ai rencontrée à mes cours prénatals sur l’allaitement. Comme elle est francophone et que nos enfants étaient dus le même jour, on avait jasé et échangé nos adresses de courriel. Je suis devenue son amie sur Facebook. On a organisé une sortie ensemble avec nos nouveaux-nés, mais ça n’a pas cliqué. Elle est bien gentille, mais sans plus, et on n’avait pas grand chose en commun à part le fait d’être francophones. On s’est croisées de temps à autre dans le quartier, chaque fois on jase un peu. Même chose pour les activités scolaires. Sa deuxième fille a en fait un an de plus que Cocotte, elles ne seront pas de la même année scolaire.

Quand j’ai rencontré l’enseignante de Ti-Loup, j’ai mentionné Karine (simplement comme une des amies de Ti-Loup) et l’enseignante a précisé que c’était une bonne petite fille, sérieuse, responsable et parmi les plus matures de la classe. Je ne peux donc que me réjouir de cette amitié. J’ai même relancé sa mère sur Facebook, qui m’a confirmé que Karine avait elle aussi l’intention de marier mon fils. On a proposé de se réunir pendant les vacances pour que les enfants puissent jouer, je ne sais pas si ça va se réaliser, on verra. Apparemment, quand elle va chercher sa fille à l’école, Ti-Loup lui fait le coup de la grande séduction: il a déjà compris l’importance de gagner le coeur de sa future belle-mère!

J’ai repensé cette semaine à quelque chose que m’avait raconté ma cousine. Son fils est très, mais alors là très beau, et aussi très gentil, et déjà à la garderie ça posait des problèmes. Tout le monde (surtout les filles) voulait s’assoir près de lui et ma cousine avait dû demander à l’éducatrice d’intervenir parce que le pauvre garçon avait du mal à gérer la situation, ne voulant pas faire de peine à ses amis, mais ne pouvant pas faire plaisir à tout le monde. J’y ai repensé, surtout quand Ti-Loup m’a expliqué qu’une autre petite fille avec laquelle il joue beaucoup, appelons-là Claudine, avait dit à Karine qu’elle ne jouerait plus jamais avec elle. Je me suis tout de suite demandé si c’était de la jalousie inspirée par mon fils. Et cette semaine, il est revenu avec un dessin que lui a donné une autre petite fille qu’il aime bien et sur lequel on voit une fille (la dessinatrice) vêtue d’une belle robe, Ti-Loup, et un gros coeur dans le milieu.

J’espère qu’il ne se retrouvera pas plongé trop durement dans un conflit amoureux! J’ai toujours dit que l’école servait surtout à apprendre à vivre en société, voilà que la maternelle se transforme en un cours de relations sociales. On verra bien ce que ça va donner!

L’horreur et les enfants

Je n’ai pas parlé à Ti-Loup de la tragédie qui a eu lieu au Connecticut et je n’ai absolument aucune envie de lui en parler. Nous ne regardons pas la télé, enfin très peu, et quand on regarde les nouvelles, c’est le soir après qu’il soit allé se coucher. Je ne les ai pas regardées depuis la tragédie. J’ai lu les articles sur le sujet dans la Presse, mais je ne veux pas voir l’horreur défiler à l’écran, j’ai déjà assez de mal à ne pas trop pleurer quand je lis le journal au travail.

Mais hier, on a reçu des courriels de l’école pour nous prévenir que les enfants ont tendance à parler entre eux, que si notre enfant entend parler de la tragédie il risque d’être confus, anxieux, et qu’il ne nous en parlera peut-être pas s’il pense que c’est un sujet tabou. Alors j’hésite. Je n’ai pas envie d’ouvrir une boîte de Pandore si Ti-Loup n’en a pas entendu parler – et c’est quand même fort possible puisqu’il n’est qu’en maternelle. Mais il prend l’autobus scolaire avec des élèves plus grands, il partage avec eux la cour de récréation, il prépare un spectacle avec des plus grands pour Noël, et je ne veux pas non plus le laisser se débrouiller tout seul avec ce genre d’événement s’il en a entendu parler.

Alors comment on demande à un enfant s’il a entendu parler de quelque chose de bouleversant en gardant la conversation assez floue pour ne pas qu’il se mette à poser trop de questions s’il n’en a pas entendu parler?

L’horreur

La fusillade d’aujourd’hui, au Connecticut, me laisse sans voix.

Ce n’est pas la première fusillade. Ça arrive beaucoup trop souvent. On ne comprend pas ce qui pousse des désespérés à faire ça, et habituellement j’arrive à ne pas trop y penser. Je ne sais pas pourquoi ça me touche autant cette fois-ci. Je crois que c’est parce que j’ai lu (je ne sais pas si c’est vrai, mais bon) que ça aurait eu lieu dans une classe de maternelle. Et parce qu’on parle d’une vingtaine d’enfants morts.

Ti-Loup est en maternelle. Il était à l’école quand j’ai appris la fusillade. Alors c’est dur de ne pas faire le rapprochement. Ne pas m’imaginer comment je réagirais si j’apprenais qu’une chose pareille s’est produite à son école. Me voir me précipiter en panique pour apprendre si je vais ramasser un enfant traumatisé et en larmes, ou rester les bras vides comme une vingtaine d’autres parents.

Il ne faut pas trop que j’y pense, parce qu’évidemment je n’y peux rien. Ce genre de choses ne se prévient pas vraiment. Je ne veux pas me transformer en mère poule qui ne laisse pas son enfant s’éloigner de peur qu’il soit victime d’une improbable tragédie. Alors je vais ravaler ma peine et continuer mon chemin en étant simplement heureuse que ce ne soit pas ici, que ce ne soit pas moi, que ce ne soit pas lui. Mais il reste une partie de mon cerveau qui ne peut s’empêcher d’être touchée, une partie de mon coeur qui ne peut s’empêcher de se serrer.

Je crois qu’aujourd’hui, nous sommes tous un peu les parents de ces enfants abattus par un tireur fou, tout en étant si soulagés de ne pas l’être vraiment.