Ti-Loup et la lecture

Je me souviens à peine d’avoir appris à lire. La légende veut que je n’avais pas trois ans. Mes souvenirs se limitent à peu près à ma soeur qui m’apprenait dans un de ses anciens livres d’école qui parlait de Léo et Léa. Je me souviens de m’être fait chicaner par ma soeur après le premier jour parce que j’avais oublié les leçons de la veille. Ma mère m’a dit qu’après ce jour-là, elle a interdit à ma soeur de m’apprendre à lire (elle avait quoi, 10 ou 11 ans, on ne peut pas lui reprocher son impatience!). Puisque je m’obstinais à apprendre, elle m’avait montré elle-même. Je n’ai aucun souvenir de ce bout-là.

Je me souviens par contre de la maternelle. On avait évalué mon niveau de lecture à celui d’une enfant de deuxième année, et l’enseignante devait limiter le temps que j’étais autorisée à passer dans le coin de lecture, parce que c’est la seule chose que j’aurais faite si elle m’avait laissée faire. On pensait donc me faire sauter la première année, et à la fin de l’année je passais une moitié de ma journée dans la classe de maternelle et l’autre, dans une classe de première année. En maternelle, l’enseignante me faisait pratiquer ma calligraphie, déjà déficiente (ça ne s’est pas beaucoup amélioré avec le temps). Et l’année suivante, j’ai appris que je passerais directement en deuxième année. Je n’ai donc pas grand souvenir de l’apprentissage de la lecture comme tel. Il me semble que ça a dû se faire tout seul. Mais je me souviens du rapport privilégié que j’ai toujours entretenu avec les livres.

Je n’ai pas poussé mon fils à apprendre à lire. Je ne regrette pas mon parcours, mais je ne le souhaite pas nécessairement aux autres. Au secondaire, j’ai souffert d’avoir un an de moins que tout le monde et de finir quand même première de classe. J’aurais peut-être profité d’avoir des notes un peu moins bonnes et une vie sociale un peu plus remplie. Ma mère m’a aidée à aprrendre, mais c’est moi qui avais pris la décision : je voulais absolument savoir lire. Si mon fils m’avait dit la même chose, je ne lui aurais pas refusé mon aide. Mais il a toujours été content de jouer aux légos ou au hockey dehors et de me laisser lui lire ses livres de bibliothèque, alors je n’ai pas insisté. En maternelle, je l’ai aidé à lire les petits livres qu’on lui donnait, mais quand il avait du mal à déchiffrer certains mots, je n’insistais pas. Je ne voulais pas le décourager, et il n’était pas prêt à en faire plus.

Cette année, par contre, il apprend vraiment à lire. Les petits livres quotidiens sont un peu plus complexes, et il se débrouille très bien. Il doit dire chaque jour s’il a lu le livre seul ou avec de l’aide, et on s’obstine souvent sur la définition d’aide… J’essaie de lui faire comprendre que c’est normal d’avoir besoin d’aide quand on a six ans et qu’on commence à peine son apprentissage. Mais ce que je trouve le plus formidable, c’est qu’il veut lire! Comme il apprend à lire en français et qu’il habite dans un univers anglophone, il a du mal avec les panneaux, mais à table, il lit les étiquettes des aliments et me demande souvent de quel côté c’est en français. Ses livres préférés, ces temps-ci, ce sont les albums d’Astérix et Obélix. Quand je ne suis pas disponible pour les lui lire, il regarde les images, mais depuis une semaine ou deux, je l’entends lire certains mots, ceux qui sont écrits en très gros, les “Paf”, “Clang”, etc. Et c’est fou comme ça me réjouit!

En habitant ici, j’ai accepté le fait que mes enfants ne partageront pas exactement ma culture. J’essaie de la leur transmettre autant que je peux, mais ici l’anglais domine et je n’y peux pas grand-chose. Quand je vois mon fils essayer de déchiffrer un album d’Astérix, par contre, moi qui ai lu, relu et re-relu des albums d’Astérix, des Shtroumpfs, de Boule et Bill et de Tintin toute mon enfance, ça me fait quand même chaud au coeur. On a d’ailleurs acheté les dessins animés d’Astérix et Obélix durant notre voyage au Québec cet été, et Ti-Loup adore ça, malgré le caractère tellement primitif des dessins par comparaison aux émissions d’aujourd’hui. Comme on n’écoute pas beaucoup de télévision en général et que son “temps d’écran” passe plutôt en jeux vidéo (américains, bien sûr!), ce n’est pas comme ça que je vais lui transmettre ma culture. Je me rends compte que ce sera probablement par la lecture!

Enfin, j’espère…

 

Le monde est petit…

Le “monde” francophone de Vancouver est particulièrement petit…

Il y a un peu plus de six ans, quand j’ai suivi un cours prénatal sur l’allaitement, il y avait une autre francophone dans la classe. Nous avions la même date d’accouchement prévu, alors à la pause nous avons jasé un peu. Elle m’avait donné sa carte de visite. Ti-Loup était finalement arrivé quatre jours avant, et sa fille, six jours après, la date prévue. Nous avions communiqué par courriel quelque fois, nous nous étions croisées à quelques activités parents-bébés, et nous avions même organisé une sortie juste pour nous deux, une fois. J’aurais vraiment voulu devenir son amie, mais ça n’avait juste pas marché. Elle était sympathique, mais nous n’avions peut-être pas assez d’atomes crochus pour faire les efforts nécessaires.

Au fil des ans, nous nous sommes croisées de temps à autre à des activités pour enfants, ou simplement dans la rue, peut-être une ou deux fois l’an. J’ai rencontré sa deuxième fille, qui a un an de plus que Rose. Et puis cette année, Ti-Loup et… appelons-la Karine, Ti-Loup et Karine, donc, se sont retrouvés dans la même classe. Si vous vous souvenez, c’est elle que Ti-Loup avait l’intention de marier quand il sera grand. J’ai croisé les parents de Karine à quelques activités de rencontre organisées pour la classe. On a jasé un peu, mais la mère de Karine a deux autres amies dont les filles sont dans la même classe et avec lesquelles elle a tissé des liens d’amitié depuis la naissance de leurs enfants. Quand j’essayais de me mêler à elles, je me sentais donc toujours un peu de trop, n’étant pas vraiment dans leur cercle. Je n’ai jamais été la meilleure pour me lier d’amitié…

Et puis la semaine dernière, on a invité les trois filles à faire une sortie pour la fête de Ti-Loup. En effet, quand je lui ai demandé qui il voulait inviter pour sa fête, il a répondu sans hésiter: ces trois filles de sa classe (Karine, Léa et Martine) et son meilleur ami à la Coop. Le problème, c’est que son meilleur ami à la Coop ne parle pas français et ne joue jamais avec des filles. On avait donc décidé de faire une fête à la Coop le vrai jour de sa fête (un soir de semaine, donc juste un gâteau et des ballons dans la cour après un souper tôt en invitant tous les enfants de l’immeuble), puis d’inviter les trois filles à faire une sortie avec Ti-Loup.

On a fait notre sortie, et les parents des filles sont venus les chercher après. Comme on était au parc, ils sont restés une bonne heure de plus et on a jasé. C’était le papa de Karine qui était là, puisque sa maman travaillait, et je me suis sentie moins “exclue” de la gang. Puis vendredi, les parents de Karine nous ont invités à un pique-nique à la plage pour fêter les six ans de leur fille. Les mêmes enfants étaient là et ça a été franchement agréable. Le papa de Karine et un autre père ont organisé des jeux pendant que les mamans jasaient… J’en ai bien profité.

Je ne suis certainement toujours pas aussi proche de ces trois mamans qu’elles le sont l’une de l’autre, et je ne pense pas qu’elles vont se mettre à m’appeler pour aller prendre un café. On continue de mener un mode de vie assez différent du leur puisqu’on n’a pas de voiture et qu’elles ont de toute évidence beaucoup plus d’argent que nous (à en croire leurs plans de vacances, l’endroit où ils vivent, etc.). Mais je ne me sens plus autant comme une cinquième roue au carrosse. Nous avons déjà été invités à la fête d’une autre des trois filles, au début de l’année scolaire, et j’ai bien hâte d’y aller. J’espère que Martine sera dans la classe de Ti-Loup encore cette année…

Les chances sont minces qu’il ait les trois filles dans sa classe encore une fois (il y avait l’an dernier trois classes de maternelle et trois classes de première année), mais les chances sont assez bonnes qu’on se recroise au fil des ans. C’est agréable de tisser tranquillement des liens avec certains parents et de savoir que l’an prochain, je serai déjà en terrain partiellement connu lorsque l’année scolaire commencera. Parce que veut, veut pas, il n’y a pas juste pour les enfants que le nouveau de l’école peut être stressant!

Joyeuses Pâques

Bon, je suis un peu en retard, mais ces temps-ci je n’ai ni le temps, ni une grosse envie d’écrire sur mon blogue. Je n’ai aucune bonne raison… Ça reviendra sûrement. Cela dit, j’ai quand même une petite histoire à vous raconter.

Jeudi dernier, en partant pour le travail, je lance comme toujours aux enfants “Je m’en vais, qui veut un câlin?”. Ils se précipitent tous les deux, mais Ti-Loup arrive en bondissant.

- Tu es un lapin ce matin?
- Non, je suis un lièvre.
- Ah… (Il sait ce qu’est un lièvre? Étonnant, me dis-je.) Et c’est quoi un lièvre?
- C’est… euh… un lapin… sauvage?

Ben coudonc! Apparemment, il sait vraiment ce que c’est! Bon, ce ne serait pas si surprenant pour un enfant québécois, mais avec les miens, c’est dur de savoir qu’est-ce qu’ils ont intégré en français. Je n’aurais pas pensé que lièvre faisait partie du lot, mais ça a l’air que oui.

Joyeuses Pâques!

Lost in translation

Dimanche matin, je demande à Cocotte si elle veut choisir un chandail et un pantalon pour s’habiller:
- Maman, can I wear my stickers and a jupe?

Ça ne m’a pris que quelques secondes à comprendre parce que j’étais en contexte. Si elle m’avait sorti ça ailleurs, je n’aurais jamais compris. Mais elle venait de saisir une paire de collants. Pas d’autocollants, bien sûr! Des collants de laine, qui se portent et qu’on met avec une robe ou une jupe.

Les collants et les jupes, ça fait partie des choses dont son père ne discute jamais, alors elle ne connait pas vraiment les mots anglais, ou en tout cas ils lui viennent plus facilement en français. Mais apparemment, les deux sens de “collants” se sont court-circuités dans sa tête. Pas bête, en fait!

Fierté maternelle

Ti-Loup a reçu son premier bulletin officiel lundi. Au total, huit “matières” évaluées, avec pour chacune trois choix: satisfait presque, satisfait ou dépasse les attentes. Autrement dit, il est inacceptable, et donc impossible, de dire à un parent que son enfant ne satisfait pas du tout aux attentes. Au pire, il y satisfait presque. De quoi régler tous les problèmes de l’univers, n’est-ce pas? Avec l’élimination du redoublement scolaire, nos enfants sont assurés de réussir!

Heureusement, pour nous, le problème ne se pose pas. Ti-Loup a obtenu six mentions “satisfait” et deux mentions “dépasse”. Je suis donc pleinement satisfaite de lui et je ne me suis pas gênée pour le lui dire! Surtout que les deux “dépasse” sont en lecture et en mathématiques, qui sont à mon avis les deux matières les plus importantes sur le bulletin. Là où l’enseignante l’invite à faire des progrès, c’est sur le plan de la motricité fine (écriture, découpage). Grosse surprise: Ti-Loup tient vraiment de sa mère, donc il a de bonnes habiletés de pré-lecture, mais écrit mal. Je peux vivre avec ça!

Sur le plan du comportement, que des choses positives. J’ai d’ailleurs rencontré son enseignante hier qui m’a réaffirmé que Ti-Loup est motivé et veut apprendre, qu’il joue bien avec ses ami(e)s, qu’il est calme, responsable, qu’il écoute bien et se concentre bien sur son travail, et qu’il est parmi les enfants les plus matures de la classe. Surtout, ce que je peux évaluer de mon côté c’est qu’il aime l’école! Il veut y aller (même s’il aime aussi les congés), quand on a dû préparer son exposé oral (montre et raconte, comme ils disent ici), il avait envie de le faire et de pratiquer, et depuis qu’il arrive à reconnaître des petits mots il a hâte de lire ses livres de lecture. Alors je suis vraiment très, mais très contente de son début de fréquentation scolaire!

J’ai aussi rencontré l’orthophoniste qui a fait une évaluation éclair de mon fils. Elle n’a pas vu de problème de bégaiement, ce qui m’a fait réaliser que moi non plus, je ne remarque plus de problèmes de ce côté ces temps-ci. Son orthophoniste au préscolaire nous avait prévenus que souvent, quand un enfant apprend une deuxième langue, il ne bégaie pas jusqu’à ce qu’il la maîtrise, alors on verra, mais pour l’instant c’est positif et même en anglais ça semble être à peu près réglé en ce moment. L’orthophoniste a vu des problèmes d’accès lexical, mais mineurs, et Ti-Loup semble avoir développé des stratégies pour parer au problème (remplacer un mot par un autre quand il ne trouve pas le premier) alors ça ne l’empêche pas de s’exprimer, ce qui serait autrement plus problématique. Elle m’a simplement avertie de surveiller les apprentissages du côté des lettres et de la lecture puisque les enfants qui ont des problèmes d’accès lexical ont souvent plus de mal à se rappeler le nom des lettres et les mélangent plus que les autres enfants. Cela dit, comme ça va bien de ce côté, il n’y a pas d’inquiétude à y avoir pour l’instant, et il va être réévalué au printemps. Il a un peu de misère sur le plan de la grammaire en français (à l’oral, bien sûr), mais quand je lui ai dit qu’il ne parlait pas français avant l’automne, elle en a conclu qu’il manquait juste un peu de pratique et que ça allait se placer tout seul.

En terminant, je remarquais hier soir que quand Ti-Loup joue tout seul, il se parle maintenant en français. C’est donc devenu la langue de son choix et il ne parle anglais que quand il parle à des anglophones (et encore, il parle souvent français à son père).

Bref, Ti-Loup me rend bien fière cette semaine. Je vais en profiter, parce que je suis loin d’être certaine que ça va être pareil avec Cocotte!

Cocotte en crise

Je n’ai pas beaucoup parlé de Cocotte dernièrement. Elle s’améliore lentement. Au quotidien, je trouve que c’est encore une enfant très difficile, mais si je fais un retour en arrière, c’est vrai que c’était encore pire il y a quelques mois. Nous avons malheureusement dû abandonner la sieste. Environ quatre fois sur cinq, quand Papa la mettait au lit, elle ne dormait pas (mais parlait à son toutou ou criait pendant une heure), alors il s’est tanné de bâtir l’horaire de sa journée sur une hypothétique sieste qui ne se produisait presque jamais. D’autant plus que quand elle fait la sieste, elle prend ensuite une éternité à s’endormir le soir et empêche Ti-Loup de le faire. Alors on a décidé de ne plus faire d’efforts spéciaux pour lui faire faire la sieste: si on sort, elle ne dort pas et tant pis.

Elle s’endort parfois dans la remorque de vélo, et quand elle est vraiment trop fatiguée on la met quand même au lit, mais en fin de compte, elle fait peut-être une ou deux siestes par semaine maximum. Ce n’est pas assez. Elle a souvent l’air épuisée et est parfois insupportable en fin de journée, mais au moins elle s’endort rapidement vers 18 h 30 ou 19 h quand on met les deux enfants au lit. C’est très tôt, mais comme ils sont tous deux debout vers 6 h presque tous les matins et que Ti-Loup, surtout, a besoin de beaucoup de sommeil (et encore plus depuis qu’il va à l’école), c’est nécessaire. Et au bout du compte, ça fonctionne mieux que de faire faire la sieste à Cocotte et la coucher à 19 h 30 ou 20 h alors que Ti-Loup, lui, doit aller au lit à 19 h. Il n’aimerait pas ça du tout! Comme les pires crises de Cocotte étaient habituellement au lever après la sieste, on s’évite ça en plus. Revers de la médaille: Papa n’a plus de repos l’après-midi. Mais comme elle est capable de jouer un peu toute seule (plus que son frère au même âge, étonamment), il arrive quand même à souffler un peu.

Cocotte fait moins souvent la crise à table, même si ça arrive encore. Je ne me souviens plus de la dernière fois où elle nous a lancé son verre ou ses ustensiles par la tête, ce qui est une nette amélioration puisque pendant un certain temps ça arrivait à tous les repas. Elle continue d’adorer jouer avec de la pâte à modeler et dessiner (quoi qu’elle aime surtout nous demander de faire des dessins ou de fabriquer des choses en pâte à modeler pour elle). Elle adore se faire lire des livres et peut passer des heures à nous écouter. Comme tous les enfants de son âge, elle demande toujours les mêmes livres, et quand on se tanne et qu’on lui demane une trêve, elle “lit” le livre à son chien en lui racontant l’histoire dans tous ses détails les plus marquants.

Et elle continue de parler franglais. Hier, elle m’a vraiment fait rire. Elle a fait une crise à table, alors après avoir essayé (en vain) de l’aider à se calmer, on a, comme on fait souvent, retourné sa chaise, lui disant qu’elle pourrait nous rejoindre à table quand elle aurait fini sa crise. Quand Papa a sorti un fruit à la fin du repas, elle s’est tout à coup calmée et a demandé, très poliment, “Maman, can I please come back to the table, I’m done crise-ing”. Elle est extrêmement volubile pour une enfant de son âge, mais les gens qui ne la connaissent pas assez ont parfois du mal à la comprendre parce qu’en plus de la difficulté normale à comprendre un enfant de deux ans, il faut connaître les mots français qu’elle utilise pour comprendre ses phrases (comme “Can I please have some de l’eau in my mauve glass?”).

Malgré ses petits côtés ultrasensibles et désagréables, elle peut aussi nous surprendre par des comportements calmes et étonamment rationnels de temps à autre; par exemple, la semaine dernière chez le dentiste, elle a été une vraie star et s’est laissée examiner, brosser les dents, passer la soie dentaire et même faire un traitement de fluorure, sans même se plaindre. Ce genre d’événements et son langage très développés me donnent parfois le faux sentiment que je peux raisonner avec elle, mais je dois constamment me rappeler qu’elle n’a que deux ans et n’a simplement pas la maturité pour comprendre certaines choses. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas essayer.

Ça reste ma petite Cocotte et quand elle est de bonne humeur, elle donne les plus beaux câlins au monde!

L’inquiétude injustifiée

Quand j’explique à d’autres parents, souvent des francophones dont les enfants sont plus jeunes que les miens, que mon fils va à l’école en français, on s’inquiète souvent de la qualité de l’enseignement qu’il peut recevoir. Plusieurs parents francophones, d’ailleurs, hésitent à y envoyer leurs enfants. Ils ont peur que leur enfant ne parle pas bien anglais s’il va à l’école en français, ou que les autres matières soient négligées parce que l’enseignement est donné en français. Mon avis? C’est de la grosse bullshit – ou, pour être polie, un manque d’information et une inquiétude injustifiée.

D’abord, les enfants qui vont à l’école en français en Colombie-Britannique suivent des cours d’anglais à partie de la troisième année. Pas les cours d’anglais langue seconde qu’on a suivis au Québec! Il s’agit de cours d’anglais langue maternelle. Et puis ces enfants vivent dans un milieu anglophone, même ceux qui ont deux parents francophones. À moins de n’avoir dans son cercle social que des francophones (sans aucun couple mixte) et de ne faire aucune activité autre que dans la communauté francophone, les enfants vont baigner dans un milieu anglais. À l’épicerie, au restaurant, chez leurs amis, au hockey, dans les Scouts, peu importe : c’est l’anglais qui sera la langue dominante hors de chez eux. Et on sait tous que dans une soirée, même s’il n’y a qu’un anglophone et que tous les autres sont francophones, la conversation risque de se dérouler surtout en anglais au profit dudit anglophone. Je connais une famille de francophones ayant déménagé à Vancouver; leurs enfants ne parlaient pas anglais avant d’arriver ici, ils vont à l’école en français, et pourtant les enfants ont appris l’anglais. En deux ans. Parce qu’ils vivent ici. On dit dans le milieu scolaire que le français, ça s’apprend; l’anglais, ça s’attrape.

Mon opinion a été confortée la semaine dernière quand j’ai reçu ce communiqué de la Commission scolaire francophone. Encore une fois l’an dernier, les élèves des écoles francophones de la Colombie-Britannique ont obtenu des résultats supérieurs à ceux des élèves des autres écoles de la province. C’est pourtant une école publique, ouverte à tous, sans examen d’entrée. Je suis consciente qu’elle profite de certains avantages : il y a un peu plus d’argent grâce aux subventions fédérales, certaines classes sont plus petites que dans le système anglophone. Surtout, les parents s’impliquent beaucoup plus, à ce que j’ai pu voir : inscrire son enfant à l’école en français à Vancouver, c’est déjà un geste lourd de sens, un signe que l’éducation est importante pour nous, qu’on s’est informé, qu’on a fait les efforts nécessaires pour que l’enfant aille ailleurs qu’à l’école du quartier. Je ne pense donc pas que ça veuille nécessairement dire que l’enseignement y est meilleur où que les enfants bilingues sont plus brillants.

Mais c’est rassurant pour les parents qui hésitent. Surtout, les résultats montrent que les élèves ayant fréquenté l’école en français ont de meilleurs résultats que les anglophones aux examens d’anglais normalisés en 10e année (secondaire 4). Il n’y a donc pas de quoi s’inquiéter: la maîtrise de deux langues est avantageuse sur le plan de l’apprentissage des langues – des deux langues. Je l’avais toujours su, mais j’aime bien me le voir confirmer.

Il existe des exceptions. J’ai déjà vu une famille où la mère était anglophone, le père francophone ne jouait plus aucun rôle dans la vie des enfants, les enfants (5e, 4e, 2e et 1re années) avaient tous de graves difficultés d’apprentissage et ne parlaient pas du tout français, et la mère insistait pour qu’ils fassent leur année à l’école en français. Pour les petits, ça passe encore, mais les deux aînées étaient en train d’accumuler un énorme retard et l’aînée, surtout, était humiliée par son incapacité à participer à la vie de la classe puisqu’elle ne comprenait rien. Je me suis toujours dit que je ne ferais pas là même erreur: si mes enfants étaient incapables d’avoir une scolarité normale dans un milieu où ils seraient heureux en français et que les inscrire à l’école en anglais réglait le problème, je plierais. Même si ce serait difficile.

Heureusement, ça ne semble pas être le cas pour Ti-Loup. Il s’adapte très bien à son milieu scolaire, et je n’ai aucune inquiétude. Ouf!

Grande victoire

Je ne crois pas vous avoir raconté que l’Association des parents d’élèves de l’école de Ti-Loup a lancé une poursuite contre le Conseil scolaire francophone de la Colombie-Britannique et le gouvernement provincial il y a deux ans. Les parents affirmaient qu’il était de leur droit, garanti par la Constitution canadienne, de bénéficier d’un système scolaire comparable au système anglophone puisque le nombre de francophones à Vancouver le justifie. Ils alléguaient que l’école actuelle n’était pas de niveau par comparaison aux écoles anglophones et que le mauvais état des choses décourage d’autres parents francophones d’y inscrire leurs enfants.

Hier, le juge de la Cour suprême de la Colombie-Britannique leur a donné raison. Il a reconnu qu’à l’école de Ti-Loup, les classes sont plus petites, les toilettes, moins nombreuses, le terrain extérieur et la bibliothèque, trop petits, les voyages en autobus scolaire, trop longs. Il restera à faire appliquer le jugement, mais ça veut dire que les chances qu’on obtienne la nouvelle école qui nous a été promise, et qui serait beaucoup plus proche de chez nous, viennent d’augmenter de beaucoup.

Les problèmes soulevés dans la poursuite ne suffisaient pas à m’empêcher d’inscrire mes enfants à cette école, mais ils étaient quand même préoccupants. J’avais remarqué, surtout, à quel point la bibliothèque était petite. Les enfants prennent leur récréation en deux groupes, un après l’autre, parce que la cour n’est pas assez grande. Et certains amis de Ti-Loup doivent prendre l’autobus à 7 h 50 le matin, même si l’école ne commence qu’à 8 h 44. Quand un enfant de cinq ans doit partir pour l’école à 7 h 45, on le réveille à quelle heure? Et quand il revient ensuite à 15 h 30 (parce que les autobus doivent attendre 20 minutes, avant de partir, la fin des cours à l’école secondaire), ça fait vraiment de longues journées!

Une belle victoire, donc, résumée ici:http://www.radio-canada.ca/regions/colombie-britannique/2012/10/31/003-justice-rose-des-vents-victoire.shtml

Reste à savoir ce qu’on va en faire!

Une autre étape

Je chante toujours une chanson aux enfants avant le dodo. Avec Ti-Loup, pendant longtemps, on alternait entre Au clair de la Lune, La nuit court après le jour et J'allume une étoile. Un jour je me suis mis à chanter autre chose et il y avait maintenant une nouvelle catégorie: les “chansons que je ne connais pas”. Habituellement, il demandait une chanson qu'il ne connaissait pas, ce qui voulait seulement dire une autre chanson que ces trois là.

Je chante toujours en français, un peu de tout. Des chansons des Scouts, des chansons traditionnelles françaises, des chansons que mes parents écoutaient quand j'étais petite, des choses plus contemporaines. Aujourd'hui, pour la première fois, Ti-Loup m'a demandé “Une chanson que je ne connais pas, mais la chanson du monsieur qui brise la terre”. J'ai hésite quelques secondes, mais j'étais pas mal sûre de mon coup quand je lui ai demande “Tu veux dire celle-là?” et que j'ai commencé à chanter. Il voulait Dégénération, de Mes Aïeux. Il n'a pas tout tout compris, de toute évidence, mais j'ai quand même trouvé ça mignon tout plein!

Bonne nuit Ti-Loup!