Fin de semaine sur le cul

Notre maison est un réservoir de microbes. Tout à commencé jeudi alors que, ironiquement, Ti-Loup devait aller chez le médecin pur un vaccin. Papa n'était pas en forme, mais assez pour que j'aille travailler. Il m'a appelée vers l'heure du dîner pour me dire qu'il ne serait pas capable de sortir et j'ai donc du courir à la maison pour faire dîner Cocotte, puis l'amener chercher Ti-Loup a l'école, puis marcher jusqu'à la clinique, et arrêter à l'épicerie en chemin vers la maison. Grosse journée. Vendredi, Papa pensait aller mieux alors je suis allée au travail, mais il s'est retrouvé avec une vraie grippe: fièvre, douleurs musculaires, maux de tête… Durant la nuit, on a entendu Cocotte tousser à de nombreuses reprises. Et vers 3:45, elle nous a réveillés en pleurant. Elle faisait de toute évidence de la fièvre et on n'a plus beaucoup dormi après ça.

Samedi matin, Cocotte était brûlante et dans un état lamentable. J'ai passe la journée sur le divan avec ma fille sur moi. Elle a vomi trois fois le matin, donc on avait peur quelle se déshydrate et je lui ai offert tout le lait quelle voulait, ce qui ne doit pas être grand chose puisque je n'allaite plus qu'une fois par jour normalement. Elle qui n'est pas colleuse, ne reste jamais en place et ne fait plus la sieste, elle s'est endormie plusieurs fois sur moi et ne m'a pratiquement pas quittée. Je ne suis sortie que pour aller à la pharmacie chercher du Tylenol pour enfants, qu'elle a tenté de recracher. Samedi soir, j'avais moi aussi mal à la tête. Heureusement, on a assez bien dormi.

Aujourd'hui, même scénario que la veille pour Cocotte, les vomissements en moins (c'est déjà ça). Elle a mangé peu, mais quand même mieux que samedi. La fièvre est toujours présente, pas trop inquiétante (102), sauf que maintenant, j'ai le nez qui coule, mal à la tête et l'impression que je vais y passer moi aussi. On a tous fait la sieste sur le divan. Cocotte refuse absolument de prendre des médicaments et ne mange rien dans lequel on pourrait le cacher. Et je ne suis pas sortie de la journée!

Et dans tout ça, Ti-Loup est en pleine forme. Enfin, il tousse, mais c'est tout. On a regardé plus de télé en deux jours que normalement en un mois, mais bon, il fallait l'occuper et quand un des parents allait un peu mieux, il était prix avec Cocotte qui dormait sur lui. Enfin, il n'en mourra pas, c'était un cas extrême. Demain, je suis supposée travailler, mai on verra bien. Ti-Loup est en journée pédagogique, ce qui fait qu'il va falloir s'occuper des deux encore une fois. Heureusement, cocotte semblait un peu mieux après le souper, mais on verra demain ce que ça va donner. Après tout, j'ai plein de congés de maladie à utiliser…

Et pendant ce temps, au Vietnam, ma meilleure amie va recevoir sa fille dans l'heure qui vient. Imaginez, du jour au lendemain, vous retrouver responsable d'une enfant de trois ans qui parle une autre langue et n'a jamais vu de neige (entre autres). Toute une aventure de leur côté!

Quand le rhume frappe

J’ai appris une chose l’année dernière : avec deux enfants, les risques de maladie ne doublent pas, ils quadruplent. Je ne sais pas pourquoi ni comment, mais c’est comme ça. Remarquez, on a été chanceux, c’est notre premier rhume de l’année. Ça a commencé jeudi dernier. Ti-Loup est parti en pleine forme pour l’école, mais en est revenu avec le nez qui coulait. Vendredi, impossible de l’envoyer à l’école, il s’était transformé en robinet de morve. On se doutait bien que nos chances d’échapper à la tournée générale de microbes étaient bien mince. Et Cocotte a accéléré le phénomène en décidant de boire à la bouteille d’eau de Ti-Loup pendant qu’on avait le dos tourné.

Samedi, par contre, Ti-Loup était beaucoup mieux et dimanche, il était de nouveau en pleine forme. Il est donc retourné à l’école lundi, mais ce jour-là, c’est Cocotte qui a été démolie par le rhume. Elle a très mal dormi lundi soir, se réveillant réguilèrement sans doute à cause de son nez en partie bouché. Elle n’est pas encore tout à fait remise, quoi que ça va quand même beaucoup mieux. Mais mardi, j’ai commencé à ressentir les effets de mon combat contre les microbes de mes enfants. Mercredi, comme je n’avais pas grand chose qui m’attendait au bureau, j’ai décidé de prendre une journée de maladie dans l’espoir qu’en me reposant, je réussirais à gagner le combat.

Malheureusement, ma stratégie n’a pas fonctionné. Je continue de combattre, pas vraiment assez malade pour rester à la maison, mais pas complètement en forme non plus. Ma gorge est irritée. Mon nez coule juste un peu. Et puis Papa a commencé à être malade hier. La boucle est bouclée. Il ne resterait plus qu’à ce que Ti-Loup retombe malade juste quand Papa va commencer à aller mieux.

Malgré tout, j’essaye de trouver les beaux côtés… Par exemple, lundi soir, Cocotte se serait endormie au sein si je l’avais laissée faire. Elle était si épuisée qu’elle voulait juste se coller. C’est tellement rare, j’en ai profité (accélérant du même coup le développement de mon rhume, j’imagine, mais bon, c’est le prix à payer). Mon petit bébé est déjà rendu tellement grand, j’en ai profité pour faire le plein de câlins tout chauds. Et puis hier j’ai pu lire, et faire la sieste. C’est rendu tellement rare que je puisse faire la sieste depuis que Cocotte n’en fait pratiquement plus jamais.

Bref, ce n’est qu’un rhume comme les autres, on va passer à travers (et de plusieurs boîtes de Kleenex aussi).

Et comme dimanche, c’est le premier dimanche de l’avant, ça va être le temps de sortir les décorations et la musique de Noël. De quoi se réjouir à l’avance, non? En tout cas, Ti-Loup pense que oui!

Journée difficile

Deux jours avant la fête de Ti-Loup, c’est celle de ma petite voisine, la fille d’une amie. Elle aurait dû avoir six ans ce jour-là. Elle aurait passé l’été à jouer avec mon fils et avec les autres fillettes du voisinage. Elle se serait préparée à commencer la première année, elle aurait fait la grande qui a l’habitude de l’autobus scolaire et aurait tenu la main de Ti-Loup pour sa première journée afin de le rassurer pendant qu’ils auraient attendu ensemble pour leur première journée d’école. Elle a plutôt rendu l’âme quelques jours avant Noël, emportée par un cancer du cerveau ayant progressé à une vitesse fulgurante.

Sa fête a une signification particulière puisque ce n’est que deux semaines avant cette date, l’an dernier, que la famille a reçu le diagnostic. Il y a un an, donc, la fillette allait toujours assez bien. Elle avait des symptomes, bien sûr, c’est ce qui les avait poussés à consulter. Mais elle était encore “toute là”, elle pouvait encore jouer avec les autres (malgré un ralentissement marqué) et elle avait profité à fond de sa fête, la plus grosse fête que j’aie jamais vue pour un enfant de cet âge, la fête que sa tante lui avait organisée en grande pompe parce que tout le monde (sauf elle, peut-être) savait que ce serait sa dernière.

Ti-Loup, son amie et sa mère à la fête de la fillette l’été dernier.

Il y a un an, donc, la petite était tous sourires, rieuse, entourée de ses amis. À peine quelques jours plus tard, par contre, elle entrait d’urgence à l’hôpital pour se faire opérer afin de soulager la pression accumulée dans son cerveau. Sans cette opération, elle serait morte à peine trois semaines après son diagnostic. Elle aura finalement vécu cinq mois. Cinq mois à profiter encore un peu de cette vie qu’elle allait avoir si courte: on l’a amenée au parc d’attractions, et cueillir des bleuets, elle a fait l’expérience de la maternelle dans sa chaise roulante, elle est allée à DisneyLand avec Rêves d’enfants… Cinq mois de torture pour sa famille qui la voyait disparaîter à petit feu, enfermée dans ce corps qu’elle n’arrivait plus à contrôler. Cinq mois d’amour, par contre, entourée des siens, à tenter de créer des souvenirs pour ses amis, ses parents, sa nounou, son petit frère qui n’avait pas deux ans quand elle est décédée. Cinq mois pour une éternité.

Ma petite voisine au début de sa maladie; c’est la photo qui nous a été remise à son service commémoratif, et elle se trouve toujours encadrée sur le bureau de Ti-Loup.

En fêtant mon fils, je ne peux m’empêcher de me comparer à cette famille pour qui rien n’a plus jamais été pareil depuis un affreux jour de juillet quand leur petite allait avoir cinq ans. J’ai encore mes deux enfants. Ils font des caprices, ils pleurent, ils crient, mais ils sont en vie. Il y a deux jours, ma fille a vomi alors que Papa se trouvait à la bibilothèque. Il y en avait plein la poussette, elle faisait de la fièvre, elle n’allait visiblement pas bien. Mais le lendemain, elle avait retrouvé la forme. Elle a encore beaucoup de lendemains…

Je peux à peine imaginer le supplice que vit ma voisine et amie quand elle me voit serrer mes deux enfants sur moi. Je sens sa rage quand les autres parents se plaignent de la difficulté du quotidien, elle qui a dû changer les couches de sa fillette de cinq ans et la tourner pour éviter les plaies de lit, vers la fin. Je la vois lutter pour se débarrasser de certaines des choses dont sa fillette ne profitera jamais, le vélo de grande fille qu’elle n’a conduit qu’une ou deux fois avant sa maladie, par exemple. Je vois son frère grandir et devenir un enfant heureux et souriant malgré toute cette peine, mlagré ce nuage sombre qui plane au-dessus de sa tête depuis qu’il a un an et demi. Ce frère qui n’aura jamais la chance d’être le petit frère de cette grande fille si aimante qui jouait ce rôle avec tant d’enthousiasme.

Ce n’est pas ma fille et pourtant, plus de six mois après sa mort, je n’arrive toujours pas à en parler sans me mettre à pleurer comme un veau. Je ne me fais pas d’illusions, je ne pleure pas tant pour elle, dont je n’étais au fond pas si proche même si c’était une bien gentille petite fille, et même pas vraiment pour sa mère, même si j’ai bien sûr de la peine pour elle. C’est pour moi que je pleure, en pensant à la peine que j’aurais s’il m’arrivait une telle épreuve, en pensant à notre fin à tous qui est inéluctable, à la mienne qui pourrait arriver n’importe quand et faire deux orphelins. À celle de mes enfants, qui me laisserait orpheline aussi, quoi que différemment.

Et dans tout cela, on fait la fête parce que mon fils a la chance d’être encore là, fort, vivant, et d’avoir cinq ans. Si je croyais en Dieu, je le remercierais.

Merci au destin. Merci à la chance. Merci la vie.

Vieillir

Le jour de la célébration de la vie de ma petite voisine, morte à cinq ans, sa mère s’est rendue au salon de coiffure pour se faire mettre belle. Elle a dû raconter son histoire au coiffeur, et elle lui a remis la photo qui a été distribuée à toutes les personnes présentes à la célébration, cette si belle photo de sa fille avec des ailes de fée (ou d’ange, diront certains). Une autre amie fréquente ce même coiffeur, qui a affiché la photo bien en évidence à son poste de travail.

“Quand une de mes clientes se plaint de ses rides, de ses cheveux gris, d’avoir un an de plus, lui a raconté le coiffeur, je lui montre la photo de cette petite fille qui n’a même pas eu la chance de vivre son sixième anniversaire, et je leur dis de se compter chanceuses.” Et de se la fermer, probablement, mais en des mots légèrement plus polis.

Ce matin, quand j’ai remarqué que les fils gris devenaient plus nombreux dans ma chevelure, j’ai donc repensé à mon amie, à sa fillette et à ce coiffeur plein de sagesse. Parce qu’après tout, vieillir, c’est une chance qui n’est pas donnée à tous.

Merci pour cette belle leçon de vie...

Conversation sur l’oreiller

Ti-Loup a encore été malade, de ce genre de maladie qui semble avoir une forte connotation psychosomatique. Les circonstances ressemblaient étrangement à la dernière fois. Il était très fatigué après plusieurs jours où Cocotte l’avait réveillé tôt le matin. Il a passé la journée à chiâler, à dire qu’il ne se sentait pas bien et à vouloir faire pitié. Il n’a presque pas dîné. Au souper, il a pris trois bouchées puis a dit qu’il n’avait plus faim. On l’a envoyé se préparer à se coucher, se disant que c’était la meilleure solution. Il a vomi dans l’évier de la salle de bain. Loin de moi l’idée de douter du fait qu’il ne se sentait pas bien, mais les nombreuses minutes qu’il a passées à s’observer dans le miroir avant de vomir semble avoir contribué au dénouvement.

Il est allé se coucher, s’est réveillé pendant la nuit, a bu de l’eau, en a bu encore à 5 h 30 quand Cocotte l’a réveillé, tout allait bien. Le matin, il s’est levé, a bu une gorgée d’eau puis a vomi. Deux fois. Comme il n’avait pas vomi de la nuit, on a des doutes sur le rôle que joue le fait de penser un peu trop à la façon dont il se sent sur le fait qu’il finit par vomir. J’ai l’impression qu’il avait trop faim rendu au matin et que c’est surtout ça qui l’a fait vomir: son estomac était vide. Enfin, Papa a réussi à le faire manger un peu durant la journée en le distrayant après, et il n’a pas revomi. Il a soupé normalement. Mais je me suis demandé pendant la journée si c’était un problème d’anxiété qui se manifestait ainsi.

Au moment d’aller au lit, Papa a parlé des acariens, conversation qui s’est élargie aux puces, aux poux, etc. Ti-Loup avait 200 questions à poser. J’en ai donc profité pour lui demander si ça l’inquiétait tout ça, s’il sentait parfois de l’anxiété. Tout de suite, les larmes lui ont monté aux yeux quand il a acquiescé. Je lui ai demandé ce qui l’inquiétait. Il m’a répondu “Je pense tout le temps à mon amie qui est morte”.

Il n’en avait pas parlé depuis des semaines. Je l’ai pris tout à fait au sérieux, même si après coup je me demande si c’est vraiment ça le problème ou s’il a répondu ça parce qu’il pensait que c’était ça la bonne réponse. J’ai un doute parce que ça faisait vraiment longtemps qu’on n’en avait pas parlé. Mais je sais qu’il a tendance à faire ça. Quand je lui demande pourquoi il a fait une bâtise, il invente souvent une raison bidon même quand je sais bien que c’est juste parce qu’il n’a pas réfléchi (je sais, je devrais arrêter de poser la question, mais c’est plus fort que moi). Alors je me demande s’il a senti que j’étais sérieuse et voulu donner la “bonne” réponse.

Mais bon, je lui ai demandé à quoi il pensait quand il pensait à son amie, il m’a répondu qu’il aimerait qu’elle soit là pour pouvoir jouer avec elle. J’ai essayé de le faire parler, je lui ai dit que ça l’aiderait à se sentir mieux si il en parlait. Je lui ai même expliqué qu’il existe des gens appelés psychologues qu’on peut aller voir quand on a des inquiétudes et qu’on a besoin d’en parler à quelqu’un. Il m’a dit qu’il ne voulait pas voir un psychologue et qu’il se sentait mieux. Mais encore une fois, je ne sais pas s’il a dit ça juste parce qu’il avait l’impression que c’était la chose à dire.

Ce matin, il va bien. Cocotte a dormi jusqu’à 6 h, je n’ai donc pas eu à la laisser pleurer, et elle n’a donc pas réveillé son frère, qui a dormi jusqu’à 7 h. Il est plus reposé et il est de bonne humeur. Mais ça m’inquiète un peu. Si ses crises de vomissements continuent, on va l’amener chez le médecin, bien sûr, pour vérifier qu’il n’y a rien de physique. Mais j’espère que ce n’est pas de l’angoisse mal placée… à 4 ans! Comment on fait pour aider un enfant à évacuer son stress et à parler de ses inquiétudes? Il se pose tellement de questions que je comprends un peu qu’il fasse de l’angoisse, il se fait toujours une foule de scénarios dans sa tête… Comment lui expliquer qu’on veille sur lui et qu’il n’a pas à s’en faire tant? Peut-être que c’est là que le souvenir de son amie ressort, ses parents n’ont pas pu la protéger alors comment nous faire confiance? Ou peut-être que je m’en fais trop et qu’il était juste trop fatigué.

Hier soir, je l’ai laissé en lui répétant que je l’aimerais toujours, toujours. J’espère qu’il me croit et que si quelque chose le préoccupe, il va savoir qu’il peut m’en parler.

Gary Carter…

Quand j’ai lu que Gary Carter était décédé, ça m’a fait tout drôle. Comme si c’était quelqu’un d’important dans ma vie. Comme si je l’avais connu. Pourtant, j’avais seulement sept ans quand il a quitté les Expos pour les Mets. Mais malgré tout, il a marqué mon enfance.

J’ai énormément de souvenirs associés au baseball. Mon grand-père avait des billets de saison pour les Expos et il nous amenait parfois au stade. Ma mère adorait aussi le baseball. Elle regardait les parties à la télé et moi je jouais près d’elle, je me chicanais avec mon frère, on finissait pas l’exaspérer, mais le baseball était toujours là, en toile de fond. Pour moi, Pâques, c’était regarder le match d’ouverture des Expos en mangeant du chocolat.

Et Gary Carter, si je me souviens bien, c’était un des joueurs préférés de ma mère qui, elle aussi, a parfois été receveur (receveuse?) avec son équipe de balle molle.. Quand on faisait semblant d’être des joueurs de baseball, on était Gary Carter.

Il est mort à 57 ans à peine, d’un cancer du cerveau diagnostiqué il y a moins d’un an. Ça me rappelle, bien sûr, la fille de mon amie qui est morte en décembre. Au moins, Gary Carter aura vécu une vie bien remplie, même s’il aurait pu avoir encore 30 autres annnées devant lui…

 

Le bisou

Je veux vous raconter cette histoire depuis six mois. Mais je voulais y mettre la photo. Et pour mettre la photo, je devais avoir la permission de ceux qui sont dessus. Et je ne savais pas comment demander à mon amie si je pouvais mettre une photo de sa fille mourante sur mon blogue… Depuis le début, quand je parlais de l’amie de Ti-Loup qui était malade, j’ai tenté d’éviter tout ce qui pourrait aider à l’identifier et j’ai donc laissé croire que c’était un garçon, mais c’était une petite fille. Je peux bien le mentionner maintenant puisque sa mère m’a donné la permission de vous montrer sa photo.

Quand on l’a fêtée au mois d’août, seulement deux semaines après son diagnostic, elle était encore en pleine forme. Ce fut la fête du siècle. Elle avait demandé une surprise pour son anniversaire, et quand elle est arrivée, tous ses amis étaient là, dans une grande salle remplie de ballons, avec une fée qui faisait des maquillages, un clown qui faisait des animaux en ballons, un château gonflable, une machine à popcorn et une machine à barbapapa. Il y avait toute sa famille, aussi, même ceux qui habitent loin. Sur le coup, elle est restée figée. Elle ne pleurait pas, mais elle était sous le choc, elle ne savait pas trop comment réagir. Elle est restée sur le bord de la porte, accrochée à sa mère, qui s’est penchée pour la prendre dans ses bras et lui chuchoter des mots rassurants à l’oreille.

J’ai tourné la tête un moment, probablement distraite par Cocotte, et j’ai entendu tout à coup des murmures de gens qui disaient “Oh, il l’a embrassée, c’est tellement mignon!”. J’ai tout de suite pensé à Ti-Loup, c’est tellement son genre. Et quand j’ai levé la tête, j’avais manqué l’instant. Mais quelqu’un l’avait pris en photo. Voyant son amie figée par la surprise, mon fils avait pris les choses en mains et s’était approché d’elle pour lui faire un gros bisou sur la joue. Ce qui a entraîné tous les autres enfants à faire pareil, et c’est comme ça que la fête a commencé. La glace était brisée, la fêtée riait, la crise était évitée.

C’est un de mes plus beaux souvenirs de ma petite voisine. C’est aussi un des moments où, jusqu’à maintenant, j’ai été la plus fière de mon fils. Fière de l’empathie dont il a fait preuve en trouvant de lui-même une solution pour que son amie se sente mieux.

Et voici la photo. Une de mes préférées.

Ti-Loup fait la bise à son amie

 

L’ambulance

Je ne peux pas m’en empêcher: j’imagine toujours le pire. Dès que Papa est en retard de quelques minutes pour un rendez-vous, je l’imagine déjà malade, accidenté ou mort. C’est encore pire s’il est avec les enfants, et encore encore pire s’ils sont à vélo. J’essaie d’imaginer ma vie s’ils disparaissaient tous en même temps et que je me retrouvais seule. Même si je sais qu’ils sont sans doute en retard – Papa n’est pas particulièrement ponctuel, et les enfants n’arrangent rien. C’est plus fort que moi.

Alors imaginez quand je suis rentrée du travail hier soir et qu’en tournant le coin de la rue, j’ai vu une ambulance stationnée devant la porte de notre immeuble. Mon cerveau savait bien qu’il y a 91 appartements dans notre coop et qu’ils abritent de nombreuses personnes âgées ou malades. Mais mon coeur, lui, s’est quand même mis à battre plus vite, et j’ai accéléré le pas.

Heureusement, cette fois-ci, l’attente n’a pas été longue. Dès que j’ai ouvert la porte de la cour, j’ai aperçu toute ma famille qui jouait dans la cour. Toute de suite je me suis mise à respirer un peu mieux. Nous avons quand même vu les ambulanciers emporter une de nos voisines sur une civière, ce qui n’est jamais agréable, mais c’est une femme qui, malgré qu’elle ne soit pas très âgée (elle doit être dans la soixantaine) a de nombreux problèmes de santé. Et elle semblait consciente, alors il y a de l’espoir.

J’espère qu’elle n’avait rien de grave. Et une fois de plus, je réalise ma chance que tous ceux que j’aime soient en santé et, surtout, toujours parmi nous.

Dur à comprendre…

Ce midi nous devions aller à la fête d’une amie de Ti-Loup, appelons-la Lily pour les besoins de la cause. En matinée, je reçois tout-à-coup un courriel pour nous avertir que la fête était annulée puisque Lily a passé la nuit à vomir ses entrailles.

Moi: Oh, Ti-Loup, c’est dommage, il n’y aura pas de fête pour Lily parce qu’elle est trop malade.
Ti-Loup: Est-ce qu’elle a le cancer?

J’ai donc passé la demi-heure suivante à lui expliquer que non, Lily n’avait pas une maladie grave, sans doute juste un virus comme il en a déjà eu et qu’elle allait s’en remettre comme lui s’en est remis. J’ai aussi mentionné que la mère de Lily pensait peut-être refaire la fête à un autre moment mais que ce n’était pas sûr. Je me mets donc à expliquer que la salle qu’ils avaient réservée ne sera peut-être pas libre à un autre moment.

Ti-Loup: Ils pourraient faire la fête à l’endroit où [son ami qui vient de mourir] a fait la sienne, hein, Maman, vu que c’est là que les enfants malades font leur fête.

Et de recommencer les explications sur les grosses maladies, comme le cancer, et les petites maladies, comme les rhumes et les gastros.

Grosse matinée! Heureusement, à 11 h 30, un de nos voisins passait sous notre porte une invitation à aller manger du gâteau pour sa fête à 14 h. Et croyez-le ou non, à moins de 3 heures d’avis, TOUS les enfants de la Coop étaient là. Faut le faire! Alors on a troqué une fête pour une autre, mais on a eu une belle journée quand même. Qui s’est terminée par un souper avec des amis et des enfants couchés une heure en retard. Demain risque donc d’être moins agréable, mais on verra.

Ouache!

Dans la nuit de jeudi à vendredi, Cocotte s’est réveillée à minuit. La veille, elle s’était aussi réveillée à minuit en hurlant. J’avais vérifié sa couche, elle était propre, je l’ai remise au lit et j’ai constaté que ma belle-soeur était dans la douche et c’est probablement le bruit qui avait réveillé ma fille. La nuit suivante, cependant, dès que je suis entrée dans la chambre j’ai senti que quelque chose n’allait pas. Après avoir trouvé la lampe de poche, j’ai éclairé Cocotte: elle était couverte de vomissures.

J’ai enlevé son pyjama et sa couverture-sac et je l’ai amenée dans notre chambre. J’ai réveillé Papa, qui a été mis à contribution pour changer le lit pendant que je mettais un pyjama propre à Cocotte. J’ai trouvé sa couverture-sac de rechange, je l’ai calmée, je l’ai remise au lit. Dix minutes plus tard, elle s’est remise à hurler. Je susi allée voir, par acquit de conscience. Elle s’était de nouveu vomi dessus! Et on recommence: nouveau pyjama, nouveaux draps… mais cette fois-ci, on n’avait plus de couverture-sac. On s’est aussi dit qu’on ne pouvait pas la remettre au lit comme ça.

Papa est donc allé chercher mon oreiller de grossesse dans le garde-robe (moi qui me disais justement qu’il faudrait s’en débarrasser), je me suis installée assise, bien accottée au mur, avec Cocotte sur moi, et j’ai essayé de l’endormir, espérant qu’en n’étant pas couchée ça l’aiderait. Mais ce n’était pas suffisant. Elle a vomi trois autres fois, touts les demi-heures, salissant mon pyjama au passage. Chaque fois qu’elle se remettait à gémir, annonçant une autre vague de vomissements, Papa et moi on sautait sur le bol, la débarbouillette, etc. Elle a finalement dormi de 2 h à 3 h, après quoi elle s’est mise à gigoter. Elle ne voulait plus être sur moi, elle voulait se coucher à l’horizontale. Comme elle n’avait plus vomi depuis une heure, je suis allée la recoucher dans son lit. Et elle a dormi jusqu’à 6 h 30.

Le lendemain, elle n’était pas plus malade que vous et moi. Envolée, la maladie. En fait, elle était en pleine forme. Papa et moi, par contre, on était épuisés! Sans oublier la pile de lavage à faire… Je n’ai aucune idée de ce qui s’est passé, personne d’autre n’a été malade (enfin, personne d’autre n’a vomi). C’est reparti aussi vite que c’est arrivé.