Quand on se compare…

Il y a quelques mois, un appartement pour personnes handicapées s’est libéré à la Coop. Nos appartements adaptés pour les personnes en fauteuil roulant sont de petits 3 1/2, qui conviennent donc mieux à une personne seule, et ils sont pratiquement tous occupés par des gens d’âge mûr ou âgés ayant une maladie dégénérative. Leurs occupants reçoivent tous une aide gouvernementale parce qu’ils ne peuvent pas travailler, et la majorité d’entre eux ne déménagent que s’ils doivent aller habiter dans un endroit où ils pourront recevoir davantage de soins… sinon, c’est les pieds devant.

La plupart des personnes que nous avons rencontrées en entrevue pour occuper l’appartement se libérant étaient du même acabit. C’est probablement le contraste qui a tant fait ressortir Karine du lot. Karine est une jeune femme brillante, dans la jeune vingtaine, qui s’est endormie au volant il y a plusieurs années (probablement pas longtemps après avoir obtenu son permis de conduire) et a eu un accident qui l’a laissée paraplégique. Elle a encore l’usage de ses bras, mais la mobilité de ses mains est limitée. De toute évidence, elle n’a pas perdu ses facultés de raisonnement et a été admise en droit à l’université cet automne. Elle devait donc déménager à Vancouver au moment même où nous cherchions un nouveau membre. Nous sommes tous tombés sous son charme.

Karine prend l’autobus à peu près à l’heure à laquelle je pars travailler. Parfois, je la salue à l’arrêt. Parfois, nous sortons en même temps et faisons un bout de chemin ensemble. Ce matin, quand je suis sortie, elle était arrêtée au beau milieu de la ruelle. Je me suis approchée d’elle pour voir ce qu’elle faisait là. Son fauteuil roulant électrique était tombé en panne! Elle était impuissante, incapable de faire quoi que ce soit d’autre que peser sur le bouton “On”, pour simplement constater que le fauteuil s’éteignait immédiatement. J’ai offert de l’aider. Je l’ai poussée sur le côté de la ruelle et elle a appelé l’aide-soignante qui était chez elle. Mais ces fichus fauteuils roulants sont si lourds que même à deux, nous n’arrivions pas à monter la pente du trottoir pour que Karine puisse rentrer chez elle.

Nous avons finalement obtenu l’aide d’un autre voisin qui passait par là et avons réussi à ramener Karine à la maison, sous la pluie qui commençait à tomber dru. Mais Karine ne voulait pas rentrer chez elle: elle a cinq cours le mardi! Elle voulait aller à l’université, comme tant d’autres jeunes adultes. Et je suis persuadée qu’elle n’avait pas envie que deux voisins qu’elle connaît plus ou moins soient obligés de la pousser de peine et de misère. Je suis certaine qu’elle aurait tout donné pour ne pas être à la merci de bons samaritains pour pouvoir simplement rentrer chez elle, désespérée de ne pas pouvoir se rendre à l’école. Elle a déjà dû manquer un cours il y a deux semaines lorsqu’une panne d’électricité survenue à l’heure du déjeune a cloué l’ascensceur au sol – et son appartement est au sixième étage! Ça m’a fait plaisir d’aider Karine, mais pour elle, ça a sans doute été une expérience humiliante qui lui prouve encore une fois à quel point elle est à la merci des autres.

Aujourd’hui, je suis donc particulièrement contente d’avoir mes deux jambes et mes deux mains, et de pouvoir sauter sur le trottoir sans effort. Quand on se compare…

Chat errant

Je ne vous ai pas raconté les mésaventures estivales de notre chat…

Un beau jour, alors que Papa était en conférence téléphonique, ça a cogné à la porte. Il a répondu et s’est trouvé face à notre voisin, son chat dans les bras. Le voisin, silencieux, semblait s’attendre à une réaction de la part de Papa, qui, distrait par l’appel en cours, ne savait pas trop quoi dire… jusqu’à ce qu’il se rende compte que ce n’était pas le chat du voisin qu’il avait dans les bras. C’était notre chat! Ils se ressemblent, mais le nôtre a des pattes blanches, et le chat du voisin est en fait une chatte. Papa a récupéré le chat, croyant qu’il s’était simplement sauvé dehors comme ça lui arrive parfois et miaulait à la porte, a remercié le voisin et est retourné à son appel.

Le soir venu, le voisin a cogné à la porte et m’a raconté avoir trouvé notre chat… sur son lit, dans sa chambre! Il était donc sorti par notre porte patio, avait escaladé le mur de brique d’au moins 5 pieds de haut (alors qu’il semble maintenant avoir du mal à sauter sur notre congélateur où on mettait auparavant sa nourriture), était passé sous la porte de leur patio, entré par leur porte patio et avait monté les escaliers avant d’aller se coucher sur leur lit, où dormait déjà leur chatte. J’en suis restée bouche bée! Notre chat tolère assez bien la chatte du voisin, mais celle-ci feule quand il vient trop proche. Mais appremment, ça ne lui dérangeait pas de partager avec lui un grand lit, en autant qu’ils soient chacun tourné du côté opposé.

Notre chat s’est depuis glissé dans leur appartement au moins quatre ou cinq fois, et a pris l’habitude de vider le plat de nourriture de leur chatte, ce qui rend la chose un peu moins drôle parce que c’est tannant pour eux et que ça le rend malade. On a commandé une porte moustiquaire (notre porte patio n’étant pas d’un format habituel) parce que si on ne peut pas ouvrir la porte patio l’été prochain, on va mourir de chaleur! En attendant, on ne laisse qu’une petite ouverture par laquelle le chat ne peut pas se faufiler… mais encore hier, Cocotte a ouvert la porte un peu plus et le voisin nous a ramené notre chat.

Heureusement, notre voisin trouve la chose très amusante. Il est très sympathique, et c’est tout un énergumène : il a des tatouages partout et, malgré ses 50 ans, de multiples piercings. Il porte souvent un kilt noir avec des chaînes partout… et il nous rapporte notre chat en lui faisant des guiili-guili, en lui parlant comme un bébé et en disant qu’il trouve ça trop mignon qu’il ait encore voulu aller voir sa blonde. Je pense que sa conjointe, par contre, trouve ça moins amusant, alors on fait très attention… Mais c’est peine perdue: notre chat finit toujours par se sauver.

À suivre!